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Le déficit vertueux !

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En 1929 survint le krach boursier qui entraîna la plus sévère crise économique de l’histoire. Puis, surgit en 1933 Franklin D. Roosevelt, un homme providentiel, qui eut la lumineuse idée de lancer une politique de grands travaux baptisée New-deal, traduire «nouvelle donne», le Keynésianisme triomphant avant l’heure. Le résultat a été spectaculaire, avec une reprise forte et non erratique qui remit l’appareil de production américaine sur les rails en moins de deux ans.

Près d’un siècle plus tard, l’histoire semble bégayer. Une crise sanitaire partie de Wuhan en Chine, sous la forme d’un ( ) virus a mis à terre l’économie mondiale. Dans l’histoire économique et sociale des nations, jamais, autant de pays à travers le monde n’ont été en récession simultanément et avec une telle sévérité.

Aux Etats-Unis, le Président Biden ne prétend pas réinventer la roue. Mais, « aux mêmes maux les mêmes remèdes », lui ont susurré à l’oreille ses conseillers économiques. Du coup, il a sorti le chéquier à l’ordre du «Plan de sauvetage américain», d’un montant de 1900 milliards de dollars pour venir en aide aux familles et aux petites entreprises et 2000 autres milliards de dollars dans les infrastructures, l’éducation, la santé…


Ces chiffres qui donnent le tournis occasionneront certes un énorme déficit budgétaire, mais l’administration Biden sait que le pays gagnera au change. En effet, cette politique économique comporte ainsi un premier volet, consistant à renforcer la demande effective. Appuyant le plan de relance par la demande effective (anticipée) du Président Biden, le prix Nobel d’économie 2001 et professeur à Columbia, Josef E. Stiglitz, a déclaré récemment dans la presse économique américaine : « nous avons été pendant les deux dernières décennies dans un environnement anormal, nous avons été dans un mauvais piège d’équilibre ». Et d’expliciter sa philosophie économique : «nous allons investir, dépenser de l’argent pour l’éducation, la garde d’enfants, toute une gamme de dépenses à travers un large spectre et non seulement donner de l’argent aux très riches, mais aussi donner de l’argent aux gens qui le dépensent réellement. Cela créera plus de demande et cela devrait donner aux gens plus de confiance pour investir. » Cet investissement devrait également signifier que la Fed peut réduire sa politique monétaire exceptionnelle pour permettre aux marchés de fonctionner plus normalement.

Le déficit budgétaire au cœur de ce plan d’inspiration néo-keynésienne permettra de renforcer la consommation des ménages et des petites et moyennes entreprises. En effet, tout Américain faisant partie d’un ménage gagnant moins de 150.000 dollars par an ou d’un seul chef de famille ayant moins 75.000 dollars, percevra 1400 dollars, y compris s’il s’agit d’une personne à charge. Jusqu’à 400 milliards de dollars seront ainsi distribués pour doper la consommation. Les autres crédits d’impôt, allocation chômage, aides aux collectivités locales, divers autres soutiens, tout ce pactole servira à dynamiser la machine économique par le maintien d’un haut niveau de consommation. Avant même que les 1900 milliards de dollars ne soient dépensés, la relance par la consommation sera confirmée. La simple promesse de lendemains meilleurs suffit à faire en sorte que l’économie aille mieux.

La consommation ainsi financée par le plan de relance permet d’enclencher la machine du cercle vertueux de la croissance, avec une offre redynamisée pour répondre à la demande. Evidemment, cette offre sera avant tout domestique pour contrecarrer les exportations chinoises vers les USA.

Quant au second volet de la relance, quelque 2000 milliards de dollars qui seront injectés dans les infrastructures, la santé, l’éducation… devraient permettre la création de millions d’emplois locaux compétitifs face à la Chine. Cela aura également pour conséquence de doper l’investissement des grandes entreprises et par-dessus tout, de rétablir la confiance.

La « nouvelle donne » avait marché en 1933, il n’y a pas de raison que le nouveau «Plan de sauvetage» ne fonctionne pas et à coup sûr, elle permettra non seulement à l’économie américaine de sortir la tête hors de l’eau mais de tirer également l’économie mondiale vers le haut. L’embellie attendue de ce plan n’échappera pas à l’Afrique, continent si doté en matières premières. Mais pas que ! Car, les pays bénéficiaires du programme «Prosper Africa», remplaçant l’Agoa, sont à l’affût pour profiter de la hausse de la consommation américaine. Et cela, au-delà des matières premières, passe par l’artisanat, plus de touristes américains en Afrique, l’agribusiness, l’industrie, la tech africaine (ce n’est plus une vue de l’esprit ; voir notre dossier consacré aux startups africaines qui montent), les transferts de la diaspora africaine (44 milliards de dollars US en 2019, soit près de 9% des transferts mondiaux) … Evidemment, il ne suffit pas de rester spectateur pour ramasser les fruits d’une politique de relance faite par Biden pour ses compatriotes. Les pays du continent doivent s’inspirer de ce new-deal. Mais, encore faut-il que le socle existe pour que les investissements injectés ici et là ne soient pas à fonds perdu. Car, s’il faut injecter des dizaines de milliards de dollars dans des économies qui ne produisent ni aiguille, ni fil et qui importent tout, la relance n’est pas pour demain.

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