Les GDS (Global distribution Systems) ne sont pas récents dans l’univers du transport aérien. Créés par les grandes compagnies aériennes entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, suite à la dérégulation du transport aérien américain décidée par le Président Carter en 1978, ils se sont imposés comme l’outil incontournable de la distribution en reliant les agents de voyages aux systèmes d’inventaires des transporteurs

Cela a tellement bien marché, que les compagnies aériennes traditionnelles, en grande difficulté suite aux aléas politiques et aux arrivées des concurrents «low costs,» ont progressivement revendu leurs participations pour très cher afin de compenser la dérive de leurs comptes. Or, ces sociétés qui étaient devenues des pépites économiques ont été achetées par des fonds d’investissement qui se sont empressés d’augmenter fortement les redevances lesquelles sont payées par les transporteurs. C’est ainsi que, croyant faire une bonne affaire, les créateurs des GDS se sont trouvés pris dans un engrenage dont ils cherchent à sortir. Pour ce faire, sur demande de ses membres, IATA, qui rappelons-le, est une association de compagnies aériennes, a développé un nouveau protocole appelé NDC (New Distribution Capability) afin de parler directement aux agents de voyages sans passer par les GDS. Seulement la généralisation de l’utilisation du NDC prend du temps, beaucoup de temps. Un tout petit nombre de compagnies l’a installé. Bref, il est loin d’être complètement opérationnel.
Trois acteurs dominent le marché des GDS
Pendant ce temps les GDS ont opéré une grande concentration. A ce jour seuls 3 acteurs majeurs dominent le marché : Amadeus, Sabre et Travelport. Ils ont progressivement absorbé les GDS d’origine tels que Galileo ou Système One et sont devenus la propriété des fonds d’investissement. Amadeus, par exemple est détenu à plus de 50% par 10 fonds, le reste étant en bourse. Dès lors il convient de maintenir un cours de bourse élevé pour assurer la rentabilité des gros montants déboursés. Il est dès lors impensable pour les GDS de perdre la main sur un secteur d’activité, le transport aérien, en croissance régulière de 5% par an et qui va passer cette année ou l’année prochaine le chiffre d’affaires de 1.000 milliards de dollars avec 5 milliards de passagers. Pensons que si la croissance continue et il n’y a pas de raison qu’elle s’arrête, il y aura en 2035 de l’ordre de 9 milliards de passagers qui génèreront un chiffre d’affaires proche de 2 trillons de dollars.
L’apport de l’IA
Alors, pour ne pas perdre cette manne, les GDS se sont eux aussi lancés dans le protocole NDC et ils en sont devenus des acteurs piliers. Bon gré mal gré, les transporteurs devront encore utiliser leurs services. Mais il serait surprenant que cela s’arrête à la gamme traditionnelle des produits fournis par les GDS. L’arrivée de l’IA (Intelligence artificielle) va leur ouvrir des opportunités dont on peut penser qu’ils vont tenter d’en profiter. Je veux parler de la fameuse Data, en fait les informations qui passent entre leurs mains. Car sauf pour les ventes directes effectuées par les compagnies aériennes, essentiellement via Internet, toutes les autres transactions passent par les GDS. Même les «low costs» totalement réticents à ce mode de distribution, sont en train d’y venir. C’est ainsi que les GDS vont faire transiter par leurs tuyaux une colossale quantité d’informations sur les clients du transport aérien, mais également sur les services annexes inclus dans le protocole NDC. Contrairement aux compagnies aériennes qui ne connaitront que leurs propres utilisateurs, les GDS auront une vision globale et détaillée du marché.
Les capacités de l’Intelligence artificielle, leur permettront certainement de mettre en forme cette masse d’informations et alors pourquoi ne les revendraient-ils pas aux acteurs, les compagnies, qui pourraient ainsi avoir une information pratique et efficace non pas sur leurs propres clients, mais sur les concurrents ? Certes les données personnelles seront encore protégées et resteront confidentielles, tout au moins c’est ce que l’on peut souhaiter, mais les statistiques et leur traitement resteront la propriété des opérateurs qui les collectent. Ces informations auront une valeur considérable car elles concernent la partie de population la plus à même de consommer. Imaginons qu’un monstre comme Amazone mette la main sur un très gros GDS, compte tenu de sa puissance de calcul et de la qualité de ses ingénieurs ils pourront en tirer un profit considérable. Finalement s’ils utilisent les possibilités offertes par l’IA, les GDS restants vont devenir non seulement incontournables dans la distribution du transport aérien, mais un outil clef pour la prise de décision des opérateurs. Ces derniers vont se trouver dans l’obligation de les acheter s’ils ne veulent pas être en infériorité vis-à-vis de leurs concurrents.
Le transport aérien va forcément évoluer à la fois sous la contrainte environnementale, mais également avec les nouvelles capacités techniques et le traitement intelligent des données contenues dans les PNR autrement dit pas les dossiers de réservation qui enregistrent les marchés d’origine, les destinations, et les comportements d’achat. On n’a pas fini d’en reparler.




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