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Entretien avec Francis Perrin, Chercheur associé au Policy Center for the New South

Pour sa 8e édition, tenue du 12 au 14 décembre dernier à Marrakech, The Atlantic Dialogue, organisé par le Think thank, Policy Center for the new south du groupe marocain OCP, a tenu toutes ses promesses. Des experts de haut niveau, venus des quatre coins de la planète, ont débattu des sujets aussi vastes que variés, allant de l’agriculture à la migration en passant par la financiarisation de l’économie mondiale, du Brexit,… des matières premières notamment pétrole et gaz. D’ailleurs sur ce dernier sujet, l’un des panélistes Francis Perrin, spécialiste des questions énergétiques a accepté de nous éclairer sur les enjeux d’exploitation, de gestion et de gouvernance des découvertes des champs pétrolifères et gaziers sur le continent, en partant de la dernière découverte en eau profonde entre le Sénégal et la Mauritanie. Explications.

 

«Le Sénégal deviendra un pays pétro-gazier et la Mauritanie produira et exportera du gaz»

francis perrinAFRIMAG : Pourquoi certains pays africains réussissent leur transition énergétique et d’autres n’arrivent pas à trouver leur voie ?

Francis Perrin : La transition énergétique, ce n’est pas quelque chose de simple même pour des pays riches. Pour des pays en développement, le défi est donc considérable, ce qui ne veut pas dire que ce soit Mission impossible. Il faut d’abord une forte volonté politique en faveur de cette transition et, ce, au plus haut niveau, ce qui n’est pas toujours le cas. Il faut aussi une stabilité politique dans la durée car la transition énergétique nécessite un engagement dans le long terme. Il faut également une mobilisation de ressources fortes importantes, à la fois internes et externes, ce qui suppose notamment de créer un climat favorable à l’investissement national et étranger. Outre ces points clés, il y a d’autres éléments de différenciation entre les pays sur ce sujet : l’un d’entre eux, et non le moindre, est la disponibilité en réserves de combustibles fossiles. Un pays qui contrôle des réserves significatives de pétrole, de gaz naturel ou de charbon ne ressent pas la même urgence face à la transition énergétique qu’un autre pays qui est pauvre en combustibles fossiles. La comparaison entre le Maroc et des Etats africains qui sont des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures est tout à fait éclairante en la matière.

 

La Mauritanie et le Sénégal viennent de mettre la main sur un jackpot énorme de gaz et de pétrole. Qu’est-ce que ces deux pays frontaliers devraient-ils entreprendre pour le contenu local ?

Le Sénégal va devenir dans les prochaines années un pays producteur et exportateur de pétrole et de gaz naturel alors que la Mauritanie produira et exportera du gaz. Dans les deux cas, il s’agit de réserves et de ressources d’hydrocarbures en mer (offshore) et, pour le gaz, elles sont partagées entre ces deux pays. Les réserves sont significatives pour le pétrole et fort importantes pour le gaz.

L’un des points clés est la formation des hommes et des femmes en vue de disposer des compétences professionnelles requises. Cela ne se fait pas en un jour mais il faut commencer le plus rapidement possible. Il faut aussi identifier les secteurs d’activité liés aux hydrocarbures dans lesquels les deux pays concernés peuvent monter en puissance dans une perspective de moyen terme. Il faut mobiliser des ressources industrielles, universitaires et de recherche.

 

Quel genre de spécialistes ces deux pays voisins devraient-ils former pour répondre aux besoins des producteurs ?

L’industrie pétrolière et gazière requiert divers types de compétences : géologiques, techniques, économiques, industrielles, juridiques, sociales et environnementales. Il faut des géologues et des géophysiciens, des ingénieurs et des techniciens qualifiés, des économistes et des juristes et des personnes qui travaillent sur les impacts sociaux et environnementaux des activités pétrolières et gazières. Tous ces aspects sont importants car la maîtrise du secteur des hydrocarbures nécessite à la fois des compétences très pointues et une vision globale. Là encore, il faut du temps.

 

Faut-il liquéfier le gaz sur place ou le transporter par pipeline sans liquéfaction ?

Le gaz qui sera produit au large du Sénégal et de la Mauritanie sera pour partie utilisé sur les marchés nationaux de ces deux pays et, pour une grande partie, exporté. Pour exporter du gaz, on peut soit le transporter sous forme gazeuse dans un gazoduc, soit le liquéfier (gaz naturel liquéfié – GNL) et l’acheminer par bateau (méthanier). Chacune de ces deux options a des avantages et des inconvénients. La filière gazoduc est moins coûteuse et convient très bien pour des exportations vers des marchés pas très éloignés. La filière GNL est beaucoup plus lourde en termes de coûts d’investissement mais elle permet des exportations vers des marchés lointains et offre plus de flexibilité pour les vendeurs et pour les acheteurs. Dans le cas du projet gazier Sénégal/Mauritanie, le groupe britannique BP, qui est l’opérateur de ce projet, a déjà lancé une première phase de développement articulée autour de l’exportation de GNL à partir de 2022. BP vise les marchés européens, sud-américains et asiatiques. Cela dit, au vu de l’importance des ressources de gaz (les trois derniers forages réalisés par BP en 2019 ont encore débouché sur des résultats très positifs), le choix d’un projet GNL n’exclut pas totalement l’option gazoduc. Mais les décisions en ce sens restent à prendre.

 

Bio-expres

Francis Perrin est chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat, www.policycenter.ma ). Il est Directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS, Paris, www.iris-france.org)

Il donne des cours au Policy Center for the New South, à l’IRIS et à l’Institut National des Sciences et Techniques Nucléaires (INSTN, Saclay) sur l’énergie et la géopolitique et la Sécurité énergétique.

Il dispense également des conférences sur les questions énergétiques pour des dirigeants et cadres d’entreprises et collabore à l’hebdomadaire spécialisé Petrostrategies (Paris).

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