Plus d’un an après avoir soutenu Donald Trump pour l’élection présidentielle de 2024, le podcasteur le plus écouté au monde dénonce publiquement les méthodes de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Dans son émission, Joe Rogan s’inquiète d’une dérive autoritaire et pose une question lourde de sens : «en sommes-nous arrivés là ?»

Invité du sénateur républicain Rand Paul dans l’épisode du 13 janvier de «The Joe Rogan Experience,» Joe Rogan a surpris son audience en s’en prenant frontalement aux pratiques de l’ICE. L’animateur de 58 ans, pourtant soutien assumé de Donald Trump quelques mois plus tôt, a exprimé ses inquiétudes face à ce qu’il décrit comme une militarisation inquiétante du contrôle de l’immigration. Comme la Gestapo aux heures sombres du National socialisme d’Hitler des années 30-40.
S’il reconnaît que «la plupart des gens» estiment nécessaire l’existence de forces de l’ordre pour lutter contre la criminalité, Rogan affirme qu’un malaise profond traverse l’opinion publique. Selon lui, beaucoup considèrent que l’ICE «opère illégalement» et dépasse largement son mandat.
«Où sont vos papiers ?»
Une comparaison explosive. Le podcasteur a franchi un cap en comparant les contrôles d’identité menés par l’ICE aux méthodes de la Gestapo, la police politique du régime nazi. «Nous ne devrions pas avoir des groupes militarisés patrouillant dans les rues, masqués, arrêtant des gens — dont certains sont des citoyens américains — et les expédiant vers des pays qui ne sont même pas les leurs,» a-t-il déclaré.
Rogan s’interroge ouvertement sur la trajectoire prise par les États-Unis : «allons-nous vraiment devenir la Gestapo ? “Où sont vos papiers ?” En sommes-nous arrivés là ?»
Des pratiques de plus en plus contestées
Les méthodes de l’administration Trump en matière d’immigration sont sous le feu des critiques depuis plusieurs mois. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des agents fédéraux masqués procédant à des arrestations musclées en pleine rue. Plusieurs enquêtes ont également révélé l’interpellation de résidents légaux et de citoyens américains.
À cela s’ajoutent des incidents violents, dont des fusillades mortelles impliquant des agents fédéraux, comme le meurtre de Renee Good à Minneapolis, qui ont ravivé la colère et alimenté des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays.
Des chiffres qui interrogent
Selon les données du ´Deportation Data Project’ de l’Université de Californie à Berkeley, près de 75 000 personnes arrêtées par l’ICE durant les neuf premiers mois de la présidence Trump ne présentaient aucun casier judiciaire. Ces chiffres, issus de documents internes de l’agence rendus publics à la suite d’une action en justice, indiquent qu’environ un tiers des personnes interpellées n’avaient jamais été condamnées.
Pour celles disposant d’antécédents judiciaires, aucune distinction n’est faite entre délits mineurs et crimes violents, alimentant les critiques sur le caractère indiscriminé des arrestations.
Une relation ambivalente avec Trump
La sortie de Rogan illustre l’évolution complexe de sa position politique. Longtemps perçu comme une figure influente auprès des jeunes électeurs masculins, le podcasteur avait pourtant affirmé en 2022 ne pas être un partisan de Donald Trump, révélant même avoir refusé de l’aider politiquement.
Mais en octobre 2024, Trump était l’invité de ‘The Joe Rogan Experience´pour un entretien fleuve de près de trois heures. Quelques jours plus tard, Rogan officialisait son soutien au candidat républicain sur X, après un échange avec Elon Musk.
«Le grand et puissant Elon Musk. Sans lui, on serait foutus. Il présente l’argumentaire le plus convaincant en faveur de Trump que vous entendrez, et je suis entièrement d’accord,» écrivait-il alors, assumant clairement son ralliement.
Une voix influente qui sème le doute
Aujourd’hui, en dénonçant les méthodes de l’ICE, Joe Rogan brouille les lignes et met en lumière les tensions internes du camp trumpiste. Son revirement partiel illustre un malaise plus large autour de la politique migratoire américaine — et pose une question qui dépasse largement le cadre de son podcast : jusqu’où les États-Unis sont-ils prêts à aller au nom de la sécurité ?
Avec différents médias américains et traduit de l’anglais par la rédaction





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