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Face à Pékin, Antony Blinken expose les ambitions africaines de Washington qui promet de « faire les choses différemment »

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Le secrétaire d’Etat américain, qui effectue un voyage de cinq jours sur le continent, a annoncé la tenue prochaine d’un sommet avec les dirigeants africains. 

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a entamé le 15 novembre 2021 sa première tournée sur le continent africain, où il entend porter les priorités du président Joe Biden : promouvoir la démocratie, la lutte contre le changement climatique et la pandémie de Covid-19. Aux premières heures de son déplacement, dont le Kenya a été la première étape, le responsable américain a notamment souligné que son pays avait donné 50 millions de doses de vaccins contre la maladie au continent. « Nous avons fait cela sans conditions politiques », a déclaré Antony Blinken. « Il s’agit de sauver des vies. »

Traiter l’Afrique « comme l’acteur géopolitique majeur qu’elle est devenue »

Cette tournée africaine est surtout l’occasion pour Washington de s’affirmer de nouveau comme un allié stratégique du continent, notamment face à la Chine. Dans un discours sur la politique africaine des Etats-Unis prononcé au siège de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) à Abuja, la capitale politique du Nigeria, Antony Blinken n’a fait aucune mention explicite de la Chine mais Pékin, avec qui les sujets de tension sont multiples, était au cœur de son propos.
Je veux être clair : les Etats-Unis ne veulent pas limiter vos partenariats avec d’autres pays », a déclaré le secrétaire d’Etat américain le 19 novembre. « Nous voulons renforcer davantage nos partenariats. Nous ne voulons pas que vous fassiez un choix. Nous voulons vous donner des choix. » Et le diplomate américain d’ajouter : « Notre approche sera durable, transparente, et conduite par des valeurs. »

Le président américain Joe Biden a promis des actions pour promouvoir mondialement les valeurs américaines face à l’influence croissante de la Chine qui multiplie les investissements sur le continent et se montre moins regardante sur les pratiques politiques. Toutefois, l’Afrique est le dernier continent visité par le chef de la diplomatie américaine, bien que le président Biden se soit engagé à prêter une attention particulière à l’Afrique, se démarquant de son prédécesseur Donald Trump dont l’administration avait néanmoins fait les mêmes mises en garde concernant la Chine.

« Nous ferons les choses différemment », a encore promis le secrétaire d’Etat qui a également annoncé à Abuja la tenue d’un sommet avec les dirigeants africains. « Le président Biden à l’intention d’accueillir un sommet avec les responsables américains et africains pour mener une politique diplomatique de haut-niveau (…) qui permettra de transformer les relations et de rendre une coopération efficace possible », a affirmé Antony Blinken. Selon lui, l’administration Biden « croit fermement qu’il est temps de cesser de traiter l’Afrique comme un sujet de géopolitique, et de commencer à la traiter comme l’acteur géopolitique majeur qu’elle est devenue ».

Les alliés des Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Japon organisent régulièrement des sommets avec les dirigeants africains. Cette initiative américaine intervient alors que la Chine tiendra en novembre son sommet avec l’Afrique au Sénégal, pays ouest-africain où Antony Blinken achèvera sa tournée le 20 novembre 2021. 

Au Kenya, l’Ethiopie en ligne de mire

A Nairobi, au début de son périple, Antony Blinken a appelé à des solutions africaines aux crises du continent, notamment à la guerre qui fait rage en Ethiopie. Les Etats-Unis et le Kenya ont ainsi poussé à un cessez-le-feu en Ethiopie, réaffirmant leur espoir d’une conclusion positive aux intenses efforts diplomatiques déployés pour une solution négociée au conflit entre gouvernement et rebelles du Tigré dans le nord du pays. Antony Blinken a rencontré le président Uhuru Kenyatta qui participe activement aux tentatives de médiation régionale sur le conflit éthiopien. Le dirigeant kényan s’est rendu le 14 novembre à Addis Abeba, la capitale éthiopienne, alors que la guerre qui dure depuis plus d’un an, a connu une escalade ces dernières semaines. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo mène également une médiation au nom de l’Union africaine (UA). Les émissaires de l’UA et des Etats-Unis étaient de retour le 18 novembre en Ethiopie, dans un nouvel effort pour obtenir un cessez-le-feu entre les belligérants. 

Outre l’Ethiopie, les situations en Somalie et au Soudan ont été abordées avec les responsables kényans. Antony Blinken a fait savoir que le Soudan retrouvera le soutien de la communauté internationale si la « légitimité » de son gouvernement –  renversé par un coup d’Etat militaire le 25 octobre – est restaurée.

A Nairobi toujours, il a également appelé son pays hôte, un allié de longue date, à garantir l’année prochaine des élections libres. Le secrétaire d’Etat, qui a démarré ses entretiens au Kenya par une rencontre avec des responsables de la société civile kényane, les a invités à rester vigilants face aux menaces croissantes contre la démocratie à l’approche de l’élection présidentielle de 2022. Les élections dans ce pays sont régulièrement marquées par des violences meurtrières. « Nous avons assisté au cours de la dernière décennie à ce que certains appellent une récession démocratique », a-t-il déclaré, estimant que les Etats-Unis ont eux aussi pu observer récemment que leur démocratie « peut être fragile ».

L’incontournable Nigeria

Après le Kenya, le secrétaire d’Etat américain s’est rendu au Nigeria où le respect des droits de l’Homme est aussi à l’ordre du jour. Première économie d’Afrique subsaharienne qui concentre 20% de la population de cette région, le Nigeria est un acteur essentiel sur le continent pour les administrations américaines. Ces dernières ont toutes courtisé les dirigeants nigérians depuis le rétablissement d’un pouvoir civil en 1999.

Mais depuis un an, le discours américain envers le Nigeria s’est fait plus ferme, notamment face à la sanglante répression d’un vaste mouvement de contestation contre les violences policières. Alors candidat, Joe Biden avait exprimé sa solidarité avec les manifestants et exhorté le président Muhammadu Buhari à infléchir la riposte des forces de sécurité.

Au Nigeria et au Sénégal, sa prochaine et dernière étape africaine, les Américains misent aussi sur l’économie et les entrepreneurs : ceux du secteur digital dans la première économie du continent et les femmes qui se sont lancées dans l’entrepreneuriat dans le seul pays francophone de la tournée d’Antony Blinken.

                                                                                Avec AFP

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