fbpx

Flux financiers illicites : Des pertes estimées à 182 millions USD pour la Mauritanie

Pinterest LinkedIn Tumblr +

182 millions de dollars USD. C’est la valeur estimée des flux financiers illicites de la Mauritanie vers des comptes bancaires privés à l’étranger notamment dans les pays réputés être des paradis fiscaux. Ce pactole proviendrait, pour l’essentiel, de l’aide publique au développement estiment des experts de la Banque mondiale qui s’interrogent sur l’efficacité des institutions chargées de gérer ces financements destinés aux pauvres mais détournés par les élites.

La Mauritanie qui se trouve indexée de manière directe n’est cependant pas un cas isolé, estiment ces experts qui dénoncent un «niveau de corruption encore élevé» dans  de nombreux pays africains faisant qu’une bonne partie de l’APD finit dans les poches de ceux qui gouvernent et de leurs proches.

C’est à partir d’une étude intitulée : «Elites’ Appropriation of Foreign Aid : Evidence from Bank Accounts Abroad » (ou «comment les élites accaparent l’aide étrangère : preuves à partir de comptes bancaires à l’étranger» réalisée par trois experts de la Banque mondiale, Jorgen Juel Andersen, Niels Johannsen et Bob Rijkers qu’une mise en parallèle entre l’aide fournie par la Banque et les «dépôts» effectués par des étrangers dans des banques offshore que ces flux financiers illicites (FFI) ont été découverts.

À cet égard, la Banque mondiale a publié une étude dans laquelle elle compare les informations trimestrielles sur les décaissements sous forme d’aide qu’elle a effectués et les dépôts étrangers de la Banque des règlements internationaux (BRI), située à Bâle en Suisse. Cet épluchage rend compte d’un ensemble de données couvrant tous les paiements effectués par la Banque mondiale pour financer des projets de développement et fournir un soutien budgétaire pour les pays contractants. L’ensemble de données couvre également les dépôts détenus par des étrangers dans tous les centres financiers importants, qu’il s’agisse de paradis fiscaux, comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïmans et Singapour dont le cadre juridique met l’accent sur la confidentialité et la protection des actifs, ou des pays «normaux» comme l’Allemagne, la France et la Suède.

L’étude, qui portait sur 22 pays dont les économies dépendent de l’APD (en particulier de la Banque mondiale), a prouvé que le flux d’aide à ces pays s’accompagne d’augmentations significatives de la valeur des dépôts bancaires dans les paradis fiscaux. Par exemple, lorsqu’un pays reçoit une aide équivalente à 1% de son PIB, ses dépôts dans les refuges augmentent de 3,4% par rapport à un pays qui ne reçoit aucune aide. En revanche, il n’y a pas d’augmentation des dépôts détenus dans les pays où la législation ne protège pas les FFI.

L’étude a indiqué que la seule explication plausible pour de tels résultats est que l’aide internationale, en partie ou en totalité, est transférée sur des comptes privés dans des paradis fiscaux.

Figurant dans la liste des 22 pays ciblés par l’étude, aux côtés du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la Mauritanie enregistre des FFI d’environ 182 millions de dollars de transferts (plus de 66 milliards d’ouguiyas anciennes), dont 150 millions de dollars placés sur des comptes bancaires dans des pays qui ne sont pas considérés comme des paradis fiscaux, et 32 millions de dollars sur des comptes offshore.

Les FFI mauritaniens supposés ont dépassé ceux du Niger (108 millions de dollars) du Mali (160 millions de dollars) et du Burkina Faso (120 millions de dollars), pays ainsi soumis à un double fléau : le terrorisme et le détournement des biens publics !

A rappeler qu’un ancien conseiller du ministre mauritanien de la justice a été interpelé, mi-octobre, quand il a évoqué, sur le plateau de la chaine privée Al Mourabitoun, avoir vu un document « confidentiel » parlant du transfert vers l’étranger de dizaines de millions de dollars US par de hauts responsables de l’Etat. Ce qui laisse penser que le phénomène dénoncé par cette étude sur l’aide apportée à ces pays de 1990 à 2010 se poursuit encore aujourd’hui. A noter également que la Banque mondiale a déclaré, lors de la publication de cette étude, qu’elle n’avait pas pris de décision définitive à son sujet et qu’elle avait des doutes légitimes sur ses conclusions.

Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), dans un rapport publié en septembre 2020, l’Afrique perd chaque année environ 88,6 milliards de dollars américains en raison de la fuite illicite de capitaux, ce qui équivaut à 3,7 % du produit intérieur brut du continent.

Partager.

Répondre