Mohammed VI et l'Afrique : 27 ans d'une ambition continentale
Entrée officiellement en vigueur en 2021, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue le plus vaste marché intégré au monde en nombre de pays participants. Si son cadre juridique est récent, plusieurs de ses fondements économiques étaient déjà au cœur de la stratégie africaine impulsée par le Roi Mohammed VI. En misant sur les infrastructures, les investissements, la finance et la connectivité, le Maroc a progressivement créé les conditions d’une intégration économique qui dépasse largement la seule suppression des barrières douanières.
Lorsque le Maroc fait de l’Afrique un axe prioritaire de sa politique extérieure au début des années 2000, l’idée d’un marché continental intégré reste encore largement théorique. Le Roi Mohammed VI privilégie alors une approche pragmatique : renforcer les échanges avant les institutions, développer les investissements avant les réglementations et créer des complémentarités économiques avant d’unifier les marchés.
Cette vision trouve un écho particulier dans les discours royaux consacrés au continent. À plusieurs reprises, le Souverain insiste sur la nécessité de bâtir une intégration fondée sur des réalisations concrètes. Devant les chefs d’État africains, il rappelle que « l’intégration économique africaine n’est plus un choix, mais une nécessité », soulignant que le continent dispose de toutes les ressources humaines, naturelles et financières pour construire sa propre prospérité.
Cette conviction a guidé la politique africaine du Royaume bien avant l’entrée en vigueur de la ZLECAf. L’expansion des banques marocaines, l’implantation d’entreprises industrielles, le développement des télécommunications, des assurances, des infrastructures portuaires et des plateformes logistiques ont progressivement constitué un réseau économique favorable à l’intensification des échanges intra-africains.
Connecter les économies plutôt que les juxtaposer
La stratégie royale repose sur une idée simple : un marché commun ne peut fonctionner sans infrastructures capables de relier les territoires et les entreprises. C’est dans cette logique que s’inscrivent Tanger Med, les futurs ports atlantiques du Sud, le Gazoduc Afrique Atlantique, l’Initiative Atlantique destinée aux États du Sahel, mais également le renforcement des dessertes aériennes assurées par Royal Air Maroc.
Ces investissements poursuivent un même objectif : réduire les coûts logistiques, fluidifier la circulation des marchandises, faciliter les investissements et rapprocher les marchés africains. Ils répondent ainsi à l’un des principaux défis de la ZLECAf, dont le succès dépendra autant de la qualité des infrastructures que de l’abaissement des barrières commerciales.
Pour le Royaume, l’intégration ne se limite donc pas à la libre circulation des biens. Elle suppose également la mobilité des capitaux, des compétences, des technologies et des services. En développant des plateformes financières comme Casablanca Finance City et en encourageant les investissements croisés entre entreprises africaines, le Maroc contribue à l’émergence d’un environnement économique plus intégré, où les acteurs du continent deviennent eux-mêmes les moteurs de leur croissance.
Construire des chaînes de valeur africaines
Au-delà de la facilitation des échanges, la vision portée par le Roi Mohammed VI vise à faire émerger de véritables chaînes de valeur régionales. L’enjeu n’est plus seulement de commercer davantage entre pays africains, mais de produire, transformer et innover ensemble. Dans cette perspective, les investissements marocains dans la banque, les télécommunications, l’industrie, l’agriculture, les engrais, la logistique ou encore les énergies renouvelables participent à la structuration d’écosystèmes économiques capables de renforcer la compétitivité du continent.
L’action d’OCP Africa en faveur de la souveraineté alimentaire, l’expansion des établissements bancaires marocains dans une vingtaine de pays africains ou encore le développement de plateformes logistiques et portuaires illustrent cette approche. Ces initiatives facilitent le financement des entreprises, soutiennent les échanges commerciaux et encouragent l’essor de filières industrielles intégrées, en cohérence avec les objectifs de la ZLECAf.
Cette stratégie favorise également la montée en puissance de l’investissement intra-africain. Longtemps dominés par les capitaux extérieurs, de nombreux projets structurants sont désormais portés par des acteurs africains, convaincus que le développement du continent passe d’abord par la mobilisation de ses propres ressources. Le Maroc figure parmi les principaux investisseurs africains en Afrique de l’Ouest, traduisant une volonté de bâtir des partenariats de long terme fondés sur la confiance, la proximité et les intérêts mutuels.
L’expérience marocaine montre que l’intégration économique ne résulte pas uniquement de la signature d’accords commerciaux. Elle se construit à travers des infrastructures, des financements, des entreprises et des projets capables de rapprocher durablement les économies africaines. En ce sens, la stratégie impulsée par le Roi Mohammed VI accompagne et renforce la dynamique de la ZLECAf en lui donnant des leviers opérationnels.





Maroc





