Mohammed VI et l'Afrique : 27 ans d'une ambition continentale
Long de plus de 6 000 kilomètres, le Gazoduc Afrique Atlantique figure parmi les projets d’infrastructures les plus ambitieux jamais imaginés sur le continent. Reliant le Nigeria au Maroc en longeant la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest, il dépasse largement sa vocation énergétique. Pensé comme un levier d’intégration régionale, d’industrialisation et de création de valeur, ce corridor stratégique illustre la vision du Roi Mohammed VI d’une Afrique qui construit son développement à travers des projets fédérateurs et des partenariats de long terme.
L’idée d’un gazoduc reliant les importantes réserves gazières du Nigeria au Maroc prend forme en décembre 2016, à l’occasion de la visite officielle de Mohammed VI à Abuja. Aux côtés de l’ancien Président nigérian, le regretté Mohammadu Buhari, le Souverain lance une initiative appelée à transformer durablement le paysage énergétique ouest-africain. Dès son origine, le projet ne se limite pas à l’acheminement du gaz. Il est conçu comme une infrastructure continentale capable d’accélérer l’intégration économique et de renforcer les complémentarités entre les pays africains.
Dans le communiqué conjoint publié à l’issue de cette visite, les deux chefs d’État soulignent leur volonté de développer un projet « destiné à promouvoir l’intégration régionale, à accélérer le développement économique et à favoriser l’accès à une énergie fiable et durable.» Cette ambition traduit une évolution profonde des politiques énergétiques africaines : utiliser les ressources naturelles comme un moteur d’industrialisation plutôt que comme de simples produits d’exportation.
Avec un tracé longeant les côtes de l’Afrique de l’Ouest jusqu’au Royaume, le Gazoduc Afrique Atlantique traversera ou desservira une quinzaine de pays, parmi lesquels le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal et la Mauritanie, avant d’atteindre le Maroc. Cette architecture régionale favorisera l’interconnexion des réseaux gaziers nationaux tout en créant un vaste marché énergétique intégré.
C’est ainsi que le sommet des Chefs d’État et de Gouvernement des pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a accueilli la signature, dimanche 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, de l’Accord Intergouvernemental (IGA) encadrant le développement du Gazoduc Africain Atlantique (AAGP) Nigeria-Maroc, une infrastructure énergétique de près de 6.800 kilomètres destinée à acheminer le gaz naturel du Nigeria vers le Maroc, avant son raccordement au réseau gazier européen.
Cette signature marque l’adhésion des États membres de la CEDEAO au Gazoduc Africain Atlantique Nigéria Maroc, initié par le Roi Mohammed VI, et l’ancien Président nigérian, le regretté Mohammadu Buhari, et avec aujourd’hui le soutien réitéré de l’actuel Président Bola Ahmed Tinubu. Ce projet est développé par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc et la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC Ltd.).
Cette étape importante franchie à Freetown, intervient en amont des prochaines étapes de lancement, qui porteront notamment sur la création de la société de projet, qui sera basée à Casablanca, ainsi que de l’autorité de gouvernance du Gazoduc (Pipeline Higher Authority), dont le siège est prévu à Abuja, avant la mobilisation des investisseurs et la préparation de la décision finale d’investissement.
Cette séquence sera clôturée par la signature conjointe du Royaume du Maroc et de la République Islamique de Mauritanie, États non-membres de la CEDEAO, lors d’une cérémonie distincte qui se tiendra ultérieurement, en présence du Président de la République fédérale du Nigéria.
Une fois achevé, le Gazoduc traversera treize pays de la façade atlantique africaine et sera relié au gazoduc Maghreb-Europe dans le nord du Maroc. Il disposera d’une capacité de transport de 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, dont jusqu’à 15 milliards de mètres cubes pourraient être exportés vers le Maroc et l’Europe, le reste étant destiné aux marchés régionaux.
Estimé à environ 25 milliards de dollars, le Gazoduc Africain Atlantique ambitionne de créer un marché régional intégré du gaz naturel en Afrique de l’Ouest, de soutenir la production d’électricité, l’industrialisation et la valorisation des ressources naturelles du continent. La mise en service des premiers tronçons est attendue au début de la prochaine décennie.
En consacrant l’adhésion collective des États membres de la CEDEAO, le Sommet de Freetown confirme ainsi la portée africaine de cette initiative et son inscription au cœur des politiques d’intégration du Continent.
L’ONHYM et la NNPC Ltd. indiquent que les principales études techniques, environnementales et d’ingénierie sont désormais achevées, permettant ainsi au projet d’entrer progressivement dans sa phase de développement opérationnel, après la signature à Rabat, par le Maroc et la Mauritanie, de cet Accord.
Bien plus qu’un gazoduc
Par son ampleur, le projet dépasse la seule dimension technique. Il constitue un véritable corridor de développement destiné à accompagner la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest. L’accès à une énergie plus abondante et plus compétitive représente un facteur décisif pour le développement de l’industrie, l’électrification des territoires, l’amélioration de la compétitivité des entreprises et la création d’emplois.
Cette vision rejoint les orientations exprimées à plusieurs reprises par Mohammed VI, pour qui les grandes infrastructures doivent être mises au service du développement partagé. Le Gazoduc Afrique Atlantique s’inscrit ainsi dans une stratégie plus globale visant à renforcer les chaînes de valeur régionales, à encourager les investissements croisés et à créer les conditions d’une croissance durable portée par les Africains eux-mêmes.
Au-delà de son rôle énergétique, cette infrastructure constitue déjà un puissant symbole de coopération Sud-Sud. Elle démontre la capacité des États africains à porter ensemble un projet d’envergure continentale, fondé sur des intérêts communs et une vision stratégique de long terme.

Un levier d’industrialisation et de sécurité énergétique
Le Gazoduc Afrique Atlantique est appelé à produire des effets bien au-delà du secteur de l’énergie. En assurant un approvisionnement régulier en gaz naturel, il offrira aux pays traversés les conditions nécessaires au développement d’industries à forte valeur ajoutée, de centrales électriques, de complexes pétrochimiques et d’activités manufacturières jusqu’alors limitées par le coût ou l’insuffisance de l’énergie. Cette disponibilité énergétique constitue un facteur déterminant pour renforcer la compétitivité des économies ouest-africaines et accélérer leur transformation industrielle.
Le projet répond également à un impératif de sécurité énergétique. Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés mondiaux et la multiplication des tensions géopolitiques, la diversification des sources d’approvisionnement devient un enjeu majeur pour les États africains. En favorisant les interconnexions régionales et en mutualisant les infrastructures, le gazoduc contribuera à réduire les vulnérabilités des systèmes énergétiques nationaux tout en consolidant la résilience économique de la région.
Ses retombées sont également attendues sur le plan commercial. Associé aux corridors logistiques, aux infrastructures portuaires et aux réseaux de transport en développement, il favorisera l’essor de nouvelles chaînes de valeur régionales. Les entreprises disposeront d’un environnement plus favorable pour investir, produire et exporter, tandis que les États pourront renforcer leurs échanges dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). L’énergie devient ainsi un catalyseur de l’intégration économique africaine.

Une infrastructure au service de la souveraineté du continent
Le Gazoduc Afrique Atlantique illustre la volonté du Maroc et du Nigeria de promouvoir une coopération fondée sur la complémentarité et les intérêts partagés. À travers cette initiative, les deux pays démontrent que les grands projets structurants peuvent être conçus, portés et développés par des partenaires africains au bénéfice de l’ensemble du continent.
Cette réalisation s’inscrit pleinement dans la vision du Roi Mohammed VI d’une Afrique qui transforme ses ressources en moteurs de développement, privilégie les investissements créateurs de richesse et renforce son autonomie stratégique. Complémentaire de l’Initiative Atlantique destinée aux États du Sahel, elle participe à l’émergence d’un vaste espace économique reliant les ressources énergétiques, les infrastructures logistiques, les marchés et les pôles industriels de la façade atlantique.
Par son ampleur, sa dimension transfrontalière et ses effets attendus sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité, le Gazoduc Afrique Atlantique dépasse le statut de simple ouvrage énergétique. Il incarne une nouvelle génération de projets africains, capables de rapprocher les économies, de soutenir la souveraineté énergétique et de créer une valeur durable au profit des populations.





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