Le Ghana veut sanctuariser ses plantations de cacao pour enrayer l’érosion de sa production. Mais la réforme voulue par les autorités suscite une levée de boucliers chez les producteurs, qui redoutent de perdre la maîtrise de leurs terres. Entre lutte contre l’orpaillage, protection d’un secteur stratégique et droit des agriculteurs à adapter leurs exploitations, le président John Dramani Mahama devra trouver un difficile équilibre.
À Accra, la volonté de sauver le cacao pourrait bien ouvrir un nouveau front avec ceux qui le cultivent. Adopté fin juillet par le Parlement, le Ghana Cocoa Board Bill entend donner aux plantations de cacao un statut protégé.
Sanctuariser les cacaoyères, au risque de braquer les planteurs
Désormais, leur conversion à d’autres usages serait soumise à l’autorisation du Ghana Cocoa Board (COCOBOD), le puissant régulateur de la filière.
L’objectif est clair : stopper l’hémorragie des terres cacaoyères. Depuis plusieurs années, des parcelles sont reconverties vers l’exploitation minière, notamment l’or, ou vers d’autres cultures comme le caoutchouc. Un phénomène qui réduit le potentiel productif d’un pays dont le cacao demeure l’un des piliers des exportations.
Mais, à peine adopté, le texte a déclenché la fronde des organisations de producteurs. Celles-ci demandent à John Dramani Mahama de ne pas le promulguer en l’état et souhaitent la poursuite des consultations avec le monde agricole.
Le paradoxe d’une terre protégée… mais plus tout à fait libre
Sur le papier, la réforme vise à protéger les agriculteurs contre les conversions qui menacent durablement la filière. Dans les faits, elle pourrait aussi limiter leur marge de manœuvre.
Le projet de loi prévoit qu’une plantation ne pourra être convertie sans l’aval de COCOBOD, à l’exception des opérations de réhabilitation, qui doivent néanmoins être approuvées par le régulateur. Les contrevenants s’exposeraient à des amendes et à des peines d’emprisonnement. Le texte se montre particulièrement sévère envers l’exploitation illégale de l’or, avec des peines pouvant atteindre 10 à 20 ans de prison, auxquelles s’ajoute une amende calculée pour chaque cacaoyer concerné.
Pour les producteurs, toutefois, toutes les conversions ne se valent pas.
Une plantation vieillissante, malade ou devenue trop peu productive peut ne plus permettre à son propriétaire de vivre de son activité. Dans ce cas, l’arrachage des cacaoyers et la réorientation vers une autre culture peuvent constituer non pas une menace pour la filière, mais une décision de survie économique.
C’est précisément la ligne de fracture que soulève la Ghana Cooperative Cocoa Farmers and Marketing Association Limited (GCCFA). L’organisation soutient le principe de protection des cacaoyères, mais demande que certaines dispositions soient révisées et clarifiées.
Son administrateur, Moses Djan Asiedu, met en garde contre un effet pervers : un agriculteur pourrait se voir contraint d’arracher une plantation devenue improductive, puis se retrouver exposé à des poursuites si la parcelle était ultérieurement affectée à un autre usage.
Le vrai sujet : combien rapporte encore le cacao ?
Derrière la bataille juridique se cache une question plus terre à terre : une cacaoyère protégée vaut-elle toujours la peine d’être conservée si elle ne permet plus à son propriétaire de gagner sa vie ?
La question est d’autant plus sensible que les producteurs prennent en charge une partie importante des investissements. Acquisition et préparation des terres, entretien des plantations, années d’attente avant les premières récoltes : la culture du cacao exige du temps et des capitaux avant de générer des revenus.
Pour Moses Djan Asiedu, le raisonnement doit donc aller jusqu’au bout. Si les pouvoirs publics considèrent les plantations comme un actif stratégique national, ils devraient aussi contribuer davantage aux coûts supportés par ceux qui les entretiennent.
Le système de commercialisation offre déjà une certaine protection contre les soubresauts du marché mondial. Le prix du cacao est fixé par les autorités au début de chaque campagne et l’essentiel des fèves est commercialisé par des opérateurs agréés.
Mais cette protection n’efface pas la volatilité des cours internationaux. Les contrats à terme ont dépassé 12 000 dollars la tonne en 2024, avant de retomber autour de 4 000 dollars lorsque l’offre a repris le dessus sur la demande.
Pour les producteurs, le calcul est donc implacable : conserver une plantation n’a de sens que si celle-ci reste suffisamment productive et rémunératrice.
COCOBOD face aux critiques
Les organisations de producteurs ne sont pas les seules à contester certaines dispositions du texte. Des parlementaires de la minorité ont également exprimé leurs réserves.
COCOBOD, de son côté, assume la réforme et rejette les critiques. Son responsable des relations publiques, Jerome Sam, estime notamment que les oppositions au projet de loi sont motivées par des considérations politiques et rappelle que le dispositif a été conçu pour protéger les agriculteurs.
Le bras de fer n’est toutefois pas encore arrivé à son terme. John Dramani Mahama n’a pas signé le texte et aucune date de promulgation n’a été annoncée.
Cette période pourrait donc être décisive. Elle offre au gouvernement l’occasion de préciser les dispositions les plus controversées et, surtout, de définir une frontière claire entre la conversion abusive des terres et la nécessaire réorganisation d’une exploitation devenue économiquement non viable.
Sauver le cacao sans criminaliser les choix agricoles
L’enjeu dépasse largement le seul conflit entre Accra et les organisations de producteurs. Le cacao représente près de 15 % des recettes d’exportation du Ghana et constitue à ce titre un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Le gouvernement veut empêcher que l’exploitation minière et d’autres activités ne grignotent progressivement les terres cacaoyères. Mais, à vouloir sanctuariser les plantations, il prend le risque de transformer certaines décisions de gestion agricole en infractions pénales.
C’est tout le paradoxe de cette réforme : protéger la terre ne suffit pas à protéger le cacao. Encore faut-il que ceux qui la cultivent puissent en tirer un revenu suffisamment attractif pour ne pas être tentés de l’abandonner.
Pour le chef de l’Etat, le défi sera donc de préserver le patrimoine foncier de la filière sans enfermer les producteurs dans des exploitations qui ne sont plus viables. La survie du cacao ghanéen se jouera autant dans les textes de loi que dans la capacité de l’État à rendre ses plantations économiquement durables.

![Éclairage | La procédure de la « clémence » engagée par la personne morale devant les autorités de la concurrence efface-t-elle la responsabilité de ses dirigeants ? [Par Hassan Ouatik, Expert-comptable OEC Paris] L'entente ne constitue pas automatiquement une infraction réprimandable. Elle peut être licite dans certaines circonstances. Par ailleurs, même dans les cas d'entente illicite, le droit de la concurrence prévoit un mécanisme d'« autorévélation » permettant une exonération totale ou partielle des sanctions pécuniaires en ayant recours au mécanisme de la clémence. Il s'agit d'un mécanisme prévu par la législation relative à la concurrence](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/08/Cartel-320x138.jpg)



Ghana![Éclairage | La procédure de la « clémence » engagée par la personne morale devant les autorités de la concurrence efface-t-elle la responsabilité de ses dirigeants ? [Par Hassan Ouatik, Expert-comptable OEC Paris] L'entente ne constitue pas automatiquement une infraction réprimandable. Elle peut être licite dans certaines circonstances. Par ailleurs, même dans les cas d'entente illicite, le droit de la concurrence prévoit un mécanisme d'« autorévélation » permettant une exonération totale ou partielle des sanctions pécuniaires en ayant recours au mécanisme de la clémence. Il s'agit d'un mécanisme prévu par la législation relative à la concurrence](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/08/Cartel-450x194.jpg)


![Tribune | Commémoration de l’indépendance : alliance du « Tigre du Bengale et de l’Eléphant » ou quand Indiens et Ivoiriens accélèrent leur rapprochement stratégique ! [Par Gilles Djéyaramane] Originaire de Pondichéry (Pondichéry est un territoire de la « Fédération Indienne ») et ayant grandi en Côte d’Ivoire, c’est très clairement un grand moment d’émotion et une intense satisfaction à titre personnel. L’engagement de soldats indiens issus de l’artillerie dans le défilé et la présence du ministre d’Etat en charge des Affaires extérieures et à l’Environnement, aux Forêts et au Changement climatique, Kirti Vardhan Singh, sont des marqueurs forts du renforcement des liens entre les deux pays. Cette célébration traduit incontestablement un rapprochement des visions stratégiques de leurs dirigeants.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/08/CI-Inde-450x253.jpg)


