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Grand entretien : Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Commerce et de l’industrie

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L’objectif est sans équivoque et le choix assumé. Le webinaire Doing Business in Côte d’Ivoire, fin juin dernier «a pour objectif d’attirer les investissements des Etats membres de l’OCI». Pour le ministre ivoirien du Commerce et de l’infustrie, Souleymane Diarrassouba, cette approche ciblée répond aux besoins de la mise en œuvre des différents accords signés avec les pays membres de cette organisation, pas que. La Côte d’ivoire se veut être une terre d’accueil aux investisseurs étrangers. Décryptage.

 

Eliminer les obstacles à l’investissement en Côte d’Ivoire

 

AFRIMAG : Le webinaire organisé le 24 juin 2021 par le Centre Islamique pour le Développement du Commerce (CIDC) a mis en exergue le potentiel économique et commercial de Côte d’Ivoire. Comment comptez-vous apporter plus de valeur à ce potentiel dans le cadre du Doing Business ivoirien ?

Souleymane Diarrassouba : Je rappelle d’abord que la Côte d’Ivoire dispose d’importants atouts naturels. Ce qui crée de nombreuses opportunités d’investissement pour la création d’emplois, de richesse et de valeur ajoutée. Ainsi, le climat pluvieux favorise la production agricole, notamment de cacao (1er producteur et exportateur mondial de fèves), d’anacarde (1er producteur mondial), d’hévéa… De plus, le sous-sol renferme de nombreuses richesses minières, notamment l’or, le fer, le diamant, la bauxite, le nickel… mais aussi de ressources énergétiques : le pétrole et le gaz naturel. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire regorge d’infrastructures modernes ainsi que de la main-d’œuvre qualifiée et abondante…

 

Est-ce pour autant suffisant pour en faire un champion toutes catégories ?

Non car, tout ce potentiel économique ne peut être profitable que si les leviers essentiels s’y rapportant sont identifiés et boostés notamment la facilitation et la protection des investissements et des investisseurs. Et à ce titre justement, sous le leadership du Président de la République, le gouvernement ivoirien travaille à l’amélioration du système judiciaire avec la création de juridictions de commerce ; la lutte contre la fraude avec le dispositif VOC pour contrôler la conformité des produits importés sur le marché national. Il y a aussi la simplification des procédures administratives avec la dématérialisation des services tels que le paiement des impôts, les services du commerce extérieur avec la mise en place du guichet unique du commerce extérieur, la révision du code des investissements depuis 2018 pour accorder des avantages additionnels ciblés aux entreprises, etc.

 

Quelle est la finalité de ces réformes ?

Ces mesures et reformes visent à encourager l’initiative privée et les IDE, en mettant l’accent sur le développement de partenariat entre les entreprises ivoiriennes et celles des autres pays notamment celles des Etats membres de l’OCI (exemple des joint-ventures). Faut-il le rappeler, l’objectif du gouvernement est de porter les taux de transformation de produits agricoles à au moins 50%, afin que le secteur industriel contribue de façon plus significative à la formation du PIB national. A cet effet des efforts ont été réalisés au niveau des infrastructures industrielles (avec la réhabilitation des zones industrielles déjà existantes et la création de nouvelles zones industrielles) et des mesures spécifiques ont été prises pour accompagner cette dynamique de transformation locale de certains produits comme le cacao, la noix de cajou. Il convient également de noter qu’en raison du fort potentiel qu’offre le secteur industriel au développement économique et social du pays, «l’accélération de la transformation structurelle de l’économie par l’industrialisation et le développement des grappes» constitue un axe principal du PND 2021-2025 d’un montant de 107 milliards de dollars.

 

Concrètement en quoi consiste-t-il ?

 Clairement, pour permettre aux investisseurs de saisir toutes les opportunités d’investissement, qu’offre le secteur industriel, le gouvernement a identifié et regroupé les secteurs prioritaires, tenant compte des atouts économiques régionaux, en sept grappes industrielles qui constituent les focus sectoriels clés à développer. Il s’agit des clusters agro-industrie, chimie et plasturgie, matériaux de construction, d’ameublement et d’équipement, industrie pharmaceutique, textile (vestimentaire et d’ameublement) et accessoires, emballage et fabrication de pièces détachées, assemblage de véhicules de spécialité. Aussi, la promotion de la consommation locale et des exportations des produits transformés ressort comme un levier important pour l’atteinte du développement socio-économique avec des actions visant surtout à valoriser les produits «Made in Côte d’Ivoire».

 

Le webinaire confirme également la forte implantation d’entreprises occidentales donc l’absence de celles des pays membres de l’OCI. Avez-vous une stratégie claire en direction de cette zone économique où existent de grands pays émergents ?

La Côte d’Ivoire est dans la dynamique de sa vision pour l’horizon 2040, avec comme piliers essentiels la transformation structurelle de son économie par l’industrialisation, mais aussi le renforcement de la coopération régionale et internationale. Les mesures incitatives mises en place par le Gouvernement pour accroitre les investissements dans le secteur industriel et dans d’autres secteurs s’adressent à tous les investisseurs, quelle que soit leur origine. En effet, tous les investissements sont traités équitablement conformément aux textes et lois qui régissent l’activité économique de notre pays. Ceci pour dire que les investisseurs de la zone économique et commerciale des grands pays émergents membres de l’OCI tout comme les autres investisseurs sont les bienvenus dans notre pays. Les efforts du Gouvernement sont également déployés en vue de permettre à notre pays de diversifier non seulement les secteurs industriels, mais également les IDE. Cela passe notamment par le renforcement des liens de coopération et l’établissement de partenariats économiques et commerciaux avec tous les pays du monde. (Lire encadré).

 

A l’instar des pays signataires de la ZLECAF, la Côte d’Ivoire n’a d’autres choix que de massifier son industrie. Les Joint-ventures entre votre pays et le secteur privé de certains grands pays du monde musulman ne sont-ils pas en partie la solution ?  

Rappelons d’abord que la Zone de libre-échange continentale africaine vise à créer un marché unique pour les marchandises et les services. Un marché de 1,2 milliard de consommateurs, libéralisé avec une circulation de capitaux et de personnes physiques afin de faciliter les investissements en renforçant la compétitivité des économies des Etats parties aux niveaux continental et mondial. Au regard de tout cela, le Gouvernement ivoirien a placé la promotion du secteur privé au cœur de sa stratégie nationale. En effet, l’ambition du Président de la République pour la Côte d’Ivoire est de parvenir à une véritable transformation structurelle de son économie, avec à la base un secteur industriel fort, compétitif et résilient, c’est-à-dire capable de résister aux chocs mondiaux de tous genres. A cet effet, le Gouvernement compte sur la contribution de tous, en particulier du secteur privé, en vue de maintenir notre dynamique économique, facteur indispensable pour la création d’emplois et la réduction rapide de la pauvreté. La Côte d’Ivoire entend ainsi repenser sa politique de développement industriel, avec un rôle plus ciblé de l’Etat dans les secteurs productifs de l’économie et des investissements importants dans les infrastructures. A cet effet, et dans le cadre du PND 2021-2025, la stratégie de développement industriel est fondée sur un Etat promoteur et organisateur du secteur privé, notamment par la création de champions nationaux dans les grappes industrielles et leur connexion aux réseaux extérieurs pour accroitre l’investissement direct étranger dans l’industrie. Notre pays envisage ainsi de développer toutes les formes de partenariats avec le secteur privé pourvu que cela s’inscrive dans le cadre de son modèle économique et contribue surtout à la création de richesses, de valeur ajoutée et d’emplois au profit des populations. Mieux, l’Etat est même aujourd’hui prêt à renforcer son engagement dans la création d’entreprises privées voire de prendre des initiatives dans ce sens pour conquérir ce marché africain de plus de 1,2 milliard de consommateurs avec un PIB d’environ 3.000 milliards de dollars pour les 54 Etats membres de l’Union. Investir donc en Côte d’Ivoire pour les pays membres de l’OCI est une belle opportunité.

 

Le Président Alassane Ouattara lors de l’inauguration de l’usine de Chocolat CEMOI à Abidjan

Le Président Alassane Ouattara lors de l’inauguration de l’usine de Chocolat CEMOI à Abidjan

 

Ne serait-ce que dans le domaine agricole, beaucoup de filières telles que l’anacarde, le café-cacao gagneraient à voir la valeur ajoutée locale renforcée. Comment la hausse de la demande émanant des marchés de l’OCI pourrait contribuer à ce renforcement ?

Il n’est plus à rappeler que la Côte d’Ivoire regorge d’un grand potentiel agricole peu encore valorisé créant ainsi des opportunités d’investissement. Les défis à relever qui attendent donc notre pays sont orientés essentiellement vers la transformation de ces matières premières agricoles pour créer plus de valeur ajoutée, de richesse et d’emplois. C’est pourquoi, le Gouvernement a fait adopter des mesures pour promouvoir les investissements dans le secteur industriel en général et dans le sous-secteur de l’agro-industrie en particulier. Ces mesures comportent deux volets essentiels, à savoir des mesures d’ordre transversal et des mesures d’ordre sectoriel afin de dynamiser la transformation locale de nos matières premières agricoles en général et des filières prioritaires en particulier. C’est le cas pour les filières du cacao, de l’anacarde, du coton-textile, des fruits et légumes et du sucre. Le Gouvernement ivoirien, à travers cette politique, essaie donc d’encourager la production industrielle au niveau national pour répondre aux besoins spécifiques émanant des autres pays du monde. J’en profite pour inviter les investisseurs des Etats membres de l’OCI à venir s’implanter en Côte d’Ivoire afin de contribuer à la transformation de nos produits agricoles. Aussi pour créer les produits finis qui pourraient s’adapter à la spécificité du monde islamique, surtout qu’il existe en Côte d’Ivoire un dispositif de contrôle qualité et de certification pour les accompagner.

 

N’est-ce pas un des moyens les plus efficaces aussi pour lutter contre le chômage endémique du fait de l’exportation des matières premières brutes ?

Bien-sûr ! La Côte d’Ivoire a plus à gagner dans la transformation de ses matières premières par rapport à l’exportation de matières brutes. Justement, l’industrialisation implique la mise en place et l’ouverture d’usines et d’unités de transformation. De ce fait, il faudra de la main-d’œuvre pour le fonctionnement et les activités de l’industrie. Ce qui va forcément créer de l’emploi pour les Ivoiriens.

 

Pour beaucoup d’opérateurs ivoiriens il se pose la barrière de la langue avec certains pays du bloc islamique notamment du Moyen-Orient, du Pakistan, de l’Iran, de l’Indonésie, de la Malaisie, de la Turquie, de l’Azerbaïdjan … Quelles solutions pour consolider le business par-delà cette barrière ?

Le cadre incitatif du doing business, combiné au cadre de vie et travail agréable qu’offre la Côte d’Ivoire, contribue à réduire l’impact de la barrière linguistique. Par ailleurs, les travaux d’amélioration continus du climat des affaires permettent la création de cadres d’échanges qui intègrent de plus en plus les standards internationaux dans de nombreux domaines, notamment de l’enseignement. Ainsi, la Côte d’Ivoire a enregistré des avancées majeures ces dernières années dans la politique d’amélioration du climat des affaires, passant ainsi de la 147 à la 110e position dans le rapport 2020 du Doing Business de la Banque mondiale. Selon le Centre de promotion des investissements, qui est l’agence nationale de promotion de l’investissement privé en Côte d’Ivoire, plus de 9.500 entreprises ont été créées en 2015 avec une moyenne de 40 par jour contre 13.800 en 2020 pour une moyenne de 58 entreprises créées par jour. Parmi ces entreprises, certaines sont constituées par des investisseurs étrangers de diverses nationalités (françaises, anglaises, arabes, chinoises, etc.). Pour ainsi dire que la langue ne constitue, en aucun cas, un obstacle pour l’investissement en Côte d’Ivoire.

 

 

L’OCI, un partenaire de taille

 

Les relations de la Côte d’Ivoire avec l’OCI sont au beau fixe avec plusieurs accords ; l’Accord Général de Coopération Économique, Technique et Commerciale signé le 11 juillet 2009 ; l’Accord sur la Promotion, la Protection et la Garantie des Investissements entre les États membres de l’OCI signé le 11 juillet 2012 ; l’Accord-cadre sur le Système de Préférences Commerciales entre les États membres de l’OCI signé le 11 juillet 2012 ; le Protocole sur le Schéma du Tarif Préférentiel SPC-OCI signé le 17 septembre 2012; le Système du Commerce Préférentiel entre les États membres de l’OCI signé le 17 septembre 2012.

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