Face à une crise hydrique paradoxale qui asphyxie son économie et le quotidien de ses citoyens, Conakry déploie une offensive financière redoutable à travers le lancement du Projet Eau et Assainissement en Guinée (PEAG).Soutenu par la Banque mondiale, le PEAG ambitionne de transformer radicalement les infrastructures nationales pour raccorder plus de 2,6 millions d’habitants à un réseau d’eau potable fiable d’ici 2031.
Le paradoxe du « château d’eau » ouest-africain
C’est une ironie géographique que les autorités guinéennes ne veulent plus subir. Qualifiée depuis des décennies de « château d’eau » de l’Afrique de l’Ouest en raison des innombrables fleuves majeurs qui y prennent leur source, la Guinée peine paradoxalement à abreuver sa propre population. Les chiffres de la Banque mondiale sont sans appel : en 2022, près de 30 % des Guinéens restaient totalement exclus d’un accès de base à l’eau potable.
Ce fossé social se double d’une profonde fracture territoriale. Si les centres urbains affichent un taux de couverture théorique de 92 %, les campagnes guinéennes sont laissées pour compte, avec à peine 59 % de pénétration. Plus alarmant encore, à l’échelle de tout le territoire, seule une infime minorité de la population (23 %) bénéficie du confort de l’eau courante à domicile. C’est pour briser cette fatalité que le ministère de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures a officialisé le lancement d’un chantier colossal.
Un plan d’urgence de 670 millions de dollars pour 2,6 millions de bénéficiaires
Annoncé officiellement à la fin du mois de juin 2026, le Projet Eau et Assainissement en Guinée (PEAG) s’impose comme l’une des initiatives de santé publique et d’infrastructure les plus ambitieuses de la décennie. Doté d’une enveloppe colossale de 670 millions de dollars, ce programme à fort impact social vise à sortir de la précarité hydrique plus de 2,6 millions de personnes à travers le pays.
L’ossature de ce plan repose sur une refonte intégrale de la chaîne de valeur : augmentation massive des capacités de production, modernisation des réseaux de distribution et, surtout, déploiement de « branchements sociaux. » Ces derniers permettront aux ménages les plus modestes de se raccorder au réseau à des tarifs subventionnés, éliminant ainsi la barrière financière de l’accès à l’eau de qualité. Par ailleurs, le projet intègre un volet éducatif et sanitaire crucial en modernisant les installations d’eau, d’assainissement et d’hygiène (WASH) au sein des établissements scolaires, protégeant ainsi la santé des plus jeunes.
La fin du système D et du business des camions-citernes
Pour les abonnés actuels de la Société des Eaux de Guinée (SEG), le quotidien est aujourd’hui rythmé par l’incertitude. Victime d’un manque criant d’investissements et de ressources, l’opérateur public est structurellement contraint d’organiser un rationnement de l’eau, matérialisé par des coupures intempestives et prolongées.
Cette faillite logistique a vu émerger une économie parallèle lucrative mais toxique. Pour survivre, les familles et les entreprises doivent se tourner vers des solutions d’urgence privées et onéreuses. Le recours massif aux camions-citernes informels et le forage de puits individuels alimentés par des motopompes thermiques pèsent lourdement sur le budget des ménages. Pire, ce système D aggrave l’empreinte carbone du pays en raison d’une forte consommation de carburant, tout en distribuant une eau à la qualité sanitaire souvent douteuse. Le PEAG prévoit donc un plan de redressement rigoureux de la SEG, couplé à une gouvernance réformée pour auditer et surveiller quantitativement et qualitativement les réserves aquifères nationales.
Transformer le potentiel naturel en levier d’émergence
Étalé sur la période 2025-2031, ce mégaprojet ne se limite pas à une simple réponse humanitaire. En effet, il s’inscrit dans une vision macroéconomique de long terme. Le gouvernement guinéen souhaite faire de l’investissement public dans les infrastructures de base le véritable moteur de la transformation économique et sociale du pays.
Néanmoins, le défi reste entier face aux pressions exacerbées du changement climatique qui perturbent les cycles hydrologiques. Le succès final de cette feuille de route dépendra de la rigueur de son exécution et de la capacité de l’État à traduire son immense potentiel naturel en un accès équitable, pérenne et universel à la ressource la plus précieuse qui soit.





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