Amadou Bagayoko, le célèbre chanteur et guitariste malien a rejoint les étoiles. Il été inhumé sur sa terre natale, au Mali. Une lourde perte pour le monde de la musique, l’Afrique et le monde francophone.

La ministre française de la Culture, Rachida Dati a déclaré sur le réseau social X (anciennement Twitter) que le chanteur «Amadou incarnait la générosité, l’engagement et la richesse de la musique francophone.» Ironie du sort que cette reconnaissance française et francophone à un moment où, le Mali quitte avec plus ou moins de fracas l’Organisation Internationale de la Francophonie. Une œuvre et une vie qui nous rappellent que la Francophonie se joue surtout dans les cœurs.
C’est une vague ininterrompue d’hommages et de

portraits dithyrambiques qui depuis plusieurs jours inondent les médias français et francophones. Le chanteur Amadou Bagayoko nous a quittés dans sa 71e année. En duo avec son épouse, Mariam Doumbia, il aura écumé les scènes musicales du globe. Tous deux souffrant de cécité s’étaient rencontrés en 1976 pour se marier au début de la décennie 80. Chantant notamment en Bambara (une des principales langues maliennes) et en français, ils n’auront cessé de partager des messages engagés agrémentés de mélodies mémorables touchant les âmes. Déjà reconnus et célébrés dans toute l’Afrique de l’Ouest et partiellement dans le monde francophone, c’est en 2004 avec la sortie de «beaux dimanches» que leur notoriété se révèlera internationale voire planétaire. Si nous sommes nombreux dans l’espace francophone à fredonner de temps à autre «les dimanches à Bamako», d’autres morceaux ont eu un succès considérable comme «Je pense à toi» ou «Sabali.» Mémorable et émouvant moment également que fut ce 8 septembre 2024, quand dans le Jardin des Tuileries à Paris, Amadou et Mariam reprennent devant la vasque olympique pour la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques le mythique single de Serge Gainsbourg «Je suis venu te dire que je m’en vais.» Des instants prémonitoires qui contribuent d’ores et déjà à forger un début de mythe…
Une place singulière dans l’imaginaire français
Si le succès d’Amadou et Mariam est principalement, de façon incontestable, d’ordre artistique et musical, il repose également sur d’autres ressorts. Le couple est non voyant et apparait soudé face aux épreuves de la vie. Sa forte complicité, du moins apparente, en a fait avec les années un «couple de légende.» Sa destinée rappelle qu’une vie humble, frugale, éloignée des excès et exempts d’esclandres si nombreux dans le monde du show business «portera toujours ses fruits.» Le duo a eu trois enfants. Et, «la vie de famille d’Amadou et Mariam semblait être un pilier essentiel de leur existence, un havre de paix et de sérénité au milieu de leur carrière musicale exigeante.»
Par ailleurs, la forte identité malienne des chansons aura ouvert les Français sur l’Afrique en générant un lien sain avec le continent. L’évocation du nom de Bamako, la langue bambara, les sonorités locales ont ressuscité dans les esprits un amour fraternel pour l’Afrique. Il serait honnête intellectuellement de souligner que peu d’artistes africains et notamment ouest-africains assumant leur identité et leur style propres, sont aussi populaires en France métropolitaine.
Cette pluie d’hommages nous montre que l’esprit fraternel de la Francophonie existe toujours et transcende les tensions géopolitiques du monde actuel.
La langue française peut rassembler dans la paix et la fraternité
Depuis plusieurs décennies, nous négligeons la Francophonie. Or, elle constitue un véritable lieu d’échange économique, social, humain et culturel voire spirituel. Mode de pensées, littérature, références historiques, cinéma, musique constituent un espace de vie partagé. L’interdépendance et les interactions qui caractérisent la communauté Francophone est bien plus importante que nous ne le croyons. Ce deuil francophone illustre le fait que les Français vivent parfois la Francophonie pleinement et ce même s’ils n’en ont pas conscience.
Le couple «Amadou et Mariam» ouvert sur le monde nous l’a démontré en propageant un message universel d’Amour dans la langue de Molière. En écho au bel hommage que l’artiste Manu Chao a délivré sur Instagram « Amadou ! On sera toujours ensemble… Avec toi, partout ou tu ira… », nous disons à Amadou et Mariam qu’ils seront éternellement dans nos cœurs.
Gilles Djéyaramane
C’est un auteur et essayiste français, spécialiste de la Francophonie, actuellement élu à Poissy (Yvelines). Passionné par l’enseignement et la formation, il intervient régulièrement au sein de plusieurs établissements d’enseignement en géopolitique et sciences politiques.




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Mali

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