Les investissements directs chinois en Afrique sont «largement surévalués en volume, valeur et en contribution à la création d’emplois», tranche Hinrich Foundation, un think-tank basé dans la cité-Etat de Singapour dans une enquête explosive publiée le 15 octobre dernier. Sur la base d’un minutieux travail documenté, ses analystes affirment que plusieurs projets annoncés en grande pompe par Pékin ont été soit annulés en catimini, soit redimensionnés ou transformés en opérations de financement par des prêts garantis par les ressources naturelles
Hinrich Foundation a épluché un échantillon des Investissements directs chinois à l’étranger (IDE) de 9 049 projets pour un montant de 1 000 milliards de dollars. Le nombre d’emplois créés grâce à ces IDE à l’échelle mondiale est estimé à 2,5 millions. Sur ce total, l’Afrique a capté 643 projets, représentant un montant cumulé de 150 milliards de dollars et 325 000 emplois. Le continent capte ainsi environ 7 % des projets d’IDE chinois, 15 % en valeur et 13 % des emplois créés par ces projets depuis 2003. L’enquête de Hinrich Foundation relève cependant qu’un examen approfondi des investissements chinois en Afrique suggère que ces chiffres sont plus que surévalués.
L’engagement non tenu sur le projet de la nouvelle capitale égyptienne…
Le think-tank appuie sa conclusion sur plusieurs exemples. Le premier est le projet de construction d’une nouvelle capitale administrative en Egypte par le groupe China Fortune Land pour 20 milliards de dollars. Ce projet avait été présenté en 2016 comme le plus grand jamais réalisé sur le continent par un investisseur chinois. Deux ans plus tard, en 2018, il avait été annulé en catimini en raison d’un désaccord sur la manière de partager les revenus qu’il devait générer. Le deuxième flop concerne le projet de développement d’une nouvelle cité à Modderfontein, une cité minière sud-africaine à environ 25 km de Johannesburg par le groupe chinois Zendai, pour 6,4 milliards de dollars. Ce groupe s’était retiré du projet avant qu’il ne démarre, après avoir échoué à s’accorder avec les autorités locales sur la manière dont le développement se déroulerait.
Des projets financés par des prêts comptabilisés parmi les IDE
Parmi les dix plus grands projets d’IDE annoncés par Pékin, le projet de développement immobilier de la ville de Kilamba Kiaxi en Angola proposé par le groupe China International Trust and Investment Corporation (CITIC) constitue un exemple des projets chinois qui n’ont pas été réalisés sous la forme d’investissement direct étranger en Afrique. Ce projet a été financé par des prêts chinois garantis par le pétrole. Le risque inhérent au projet a été ainsi entièrement assumé par l’Angola, ce qui le réduit à un contrat de construction financé par la Chine. Un élément clé de la définition des IDE réside dans le fait que les investissements donnent à l’investisseur la propriété d’un actif ou d’une entreprise créée à l’étranger.
L’autre exemple cité dans l’enquête du think-tank singapourien, est le projet annoncé par le groupe West China Cement en 2021 concernant la construction d’une cimenterie en Ethiopie pour 2,2 milliards de dollars en partenariat avec le groupe industriel local East African Holding Group. Au final, ce deal aboutit à la construction d’une cimenterie plus modeste, dont le coût est estimé à 600 millions de dollars.
Sur 53 milliards de dollars d’IDE annoncés 10 ont été concrétisés
Au total, alors que la valeur cumulée des dix principaux IDE annoncés par des entreprises chinoises en Afrique s’élève à 53 milliards de dollars, selon la base de données analysée par Hinrich Foundation, ses analystes concluent que seuls moins de 10 milliards de dollars ont été réellement concrétisés. Ceux qui doutaient encore que les Chinois étaient d’excellents vendeurs de vent en ont désormais la preuve.





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