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Le PSW, ou comment un instrument de financement original parvient à mobiliser le secteur privé sur des marchés difficiles

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Plus d’un tiers de la population du Sénégal travaille dans l’agriculture. Il s’agit souvent de petits exploitants qui cultivent du millet, du riz et des arachides. Malgré leur importance pour l’économie sénégalaise, ces agriculteurs n’ont souvent pas les moyens d’acheter les engrais et les semences à haut rendement indispensables pour améliorer leur productivité.

C’est pourquoi l’une des principales institutions de microfinance du Sénégal, l’Union des mutuelles – Alliance de crédit et d’épargne pour la production (UM-ACEP), accorde depuis longtemps des prêts aux petits exploitants. Cependant, comme trop souvent en Afrique subsaharienne, elle se heurte à un écueil de taille : pour aider davantage d’agriculteurs, l’UM-ACEP a besoin de capitaux, or de nombreuses institutions financières hésitent à lui prêter des fonds. En cause, la crainte que son activité soit trop risquée, car ses clients sont de petites entreprises avec peu d’expérience et des performances financières non documentées.

Sérgio Pimenta, Vice-président régional pour l’Afrique à IFC

C’est là qu’intervient IFC.

Notre organisation a récemment accordé à l’UM-ACEP un financement de 10 millions de dollars en monnaie locale, avec le soutien du Guichet de promotion du secteur privé (PSW) de l’Association internationale de développement (IDA). Doté de 2,5 milliards de dollars, ce dispositif a été créé en 2017 pour mobiliser des investissements privés dans les endroits les moins développés du monde (dont beaucoup se trouvent en Afrique), en atténuant certains des risques que présentent ces environnements.

Dans le cas de l’UM-ACEP, le PSW a fourni au prêteur un financement à long terme à un taux abordable, ce qui lui permet d’atteindre des clients mal desservis. Grâce à ce financement, l’UM-ACEP entend cette année offrir des microcrédits à quelque 13 000 petits agriculteurs.

Cette opération figure parmi la quasi-trentaine de projets que le PSW a soutenus en Afrique depuis le début de la pandémie de COVID-19. Alors que le continent est en proie à un resserrement du crédit et à sa première récession depuis plus de 25 ans, le guichet de l’IDA a contribué à maintenir les entreprises à flot et à permettre de nouveaux investissements. Ainsi depuis mars 2020 et aux quatre coins de l’Afrique, le PSW a aidé à réduire les risques pour des investissements d’IFC dans des banques, des industries de transformation (a), des opérateurs du secteur de la santé ou encore des producteurs d’engrais (a).

Outre les décès et les souffrances qu’elle a provoqués, la pandémie de COVID-19 menace de plonger jusqu’à 150 millions de personnes dans la pauvreté à travers le monde. Ces deux dernières années, et plus récemment lors de mes visites dans les pays de la région, j’ai pu constater l’impact de cette situation sur les familles : pertes d’emploi, baisse des revenus et amenuisement de l’épargne. Dans ce contexte, et sachant que ma tâche consiste à aider l’Afrique à réaliser son immense potentiel, j’ai été heureux de voir comment le PSW aide le continent à se relever de la pandémie.

Soixante-quatorze des pays les plus pauvres du monde, dont 39 États africains, peuvent prétendre aux financements de l’IDA, sous forme de dons et de prêts à taux réduit ou nul. Néanmoins, on sait bien depuis longtemps que dans ces pays, les pouvoirs publics ne peuvent à eux seuls créer les emplois, les écoles, les hôpitaux, les systèmes d’assainissement et les infrastructures électriques nécessaires pour mettre fin à des décennies de pauvreté. Les États ont besoin de l’aide du secteur privé. Fortes de leur créativité et dotées de capitaux suffisants, les entreprises privées peuvent en effet créer des emplois, stimuler l’innovation et doper la croissance économique. C’est un modèle qui a transformé des pays du monde entier.

Mais comment encourager les entreprises à investir dans les pays les plus pauvres du monde, où des années de conflit, la pauvreté et maintenant la COVID-19 ont laminé les économies ? D’innombrables investisseurs m’ont dit que s’ils voyaient des opportunités en Afrique, il y avait trop peu d’entreprises en mesure d’attirer leurs placements. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Groupe de la Banque mondiale a créé le guichet de l’IDA.

À ce stade, il est important de souligner que le PSW n’est pas un cadeau fait aux entreprises privées. Il s’agit en fait d’un instrument de réduction des risques et de co-investissement qui permet à IFC de soutenir davantage de projets délicats mais susceptibles de changer des vies. Tous ces projets sont menés en liaison étroite avec la stratégie de développement du pays et selon des directives strictes (a). Plus important encore, il est essentiel que l’intervention du PSW ne provoque pas de distorsion sur les marchés locaux. En résumé, cela signifie que si une source de financement privée est disponible, les ressources publiques ne doivent pas être utilisées.

Lorsqu’un projet répond aux critères, l’impact de dispositif peut être considérable. Jusqu’à présent, les 2,1 milliards de dollars apportés par le PSW ont permis de mobiliser plus de 10,5 milliards de dollars à travers le monde. Cela montre que les financements concessionnels peuvent avoir un effet de levier important pour obtenir davantage de ressources.

L’Afrique subsaharienne, qui compte un milliard d’habitants, a réalisé des progrès dans la lutte contre la pauvreté au cours des dernières décennies, mais ces acquis sont menacés.  Dans les pays les plus fragiles en particulier, la COVID-19 menace de réduire à néant ces avancées, et le PSW de l’IDA est un instrument essentiel pour empêcher au moins une partie de ce recul.

Je suis conscient qu’un guichet de financement ne peut à lui seul guérir tous les maux économiques du continent. De nombreux gouvernements doivent encore établir un cadre réglementaire plus solide pour la croissance du secteur privé en réduisant les formalités administratives, en s’attaquant à la corruption et en élaborant des lois qui encouragent les investissements dans tous les domaines, depuis l’agriculture jusqu’à la santé en passant par la distribution d’électricité.

Le succès du PSW montre néanmoins que, même dans les pays les plus pauvres et en pleine pandémie, de réels progrès sont possibles. C’est pourquoi j’espère que la reconstitution en cours des ressources (IDA-20) inclura un engagement renouvelé en faveur de ce dispositif. Nous pourrons ainsi être encore plus ambitieux dans notre volonté de mobiliser des investissements durables et responsables dans les endroits du monde qui en ont le plus besoin.

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