Le secteur aérien traverse des turbulences à répétition. Dernièrement, le 02 mai exactement, la compagnie Spirit Airlines une des principales «low costs» américaines a déposé son bilan et arrête tous ses vols. Pourtant il ne s’agit pas d’un petit opérateur. Il a transporté jusqu’à 44 millions de passagers en 2024, réalisé un chiffre d’affaires de l’ordre de 5 milliards de dollars avec une flotte aux alentours de 200 appareils. On comprend difficilement qu’une telle compagnie n’ait pas pu résister à la montée des prix du pétrole, surtout aux Etats Unis, beaucoup moins frappés de pénurie que la plupart des autres pays du Globe.

Attention à l’affichage des prix !
Il est fort possible que ses pratiques tarifaires, à la limite de la légalité, destinées à attirer une clientèle friande de prix cassés ait été la cause principale de sa faillite, d’autant plus que des plaintes à répétition avaient été enregistrées auprès des autorités de l’Aviation Civile américaine. Je ne sais pas combien de clients ont acheté leurs billets à l’avance. Sans doute plusieurs millions ! Je leur souhaite bonne chance pour récupérer leur mise. Voilà un exemple supplémentaire de la recherche aux affichages tarifaires en tête de liste des comparateurs de prix. Il faudra bien, un jour ou l’autre que les pratiques des affichages de prix qui ne couvrent pas leurs coûts finissent par être sanctionnées. Rappelons qu’en dessous de 40 dollars par heure de vol les compagnies passent en dessous de leur seuil de rentabilité. Et gardons une pensée pour les 17.000 salariés de la compagnie qui devront retrouver un emploi dans un moment difficile pour le transport aérien.
Après cet exemple, dont on pourrait aisément se passer, revenons à un aspect souvent resté sous silence et qui pourtant est essentiel pour le transport aérien : le manque de main d’œuvre qualifiée.
Les prix revus à la hausse après des événements rares
Pendant l’effroyable période du Covid qui a vu le transport aérien réduit à sa plus simple expression avec des milliers d’appareils stockés au sol dans des aéroports réputés pour leur position désertique qui permettait une meilleure conservation des avions, les constructeurs, les motoristes et leurs innombrables listes de sous-traitants, se sont séparés massivement de leurs salariés. On peut les comprendre, ils n’avaient plus rien à faire et surtout plus de perspectives car il était impossible de prévoir une quelconque reprise. Alors les premiers à partir ont été les séniors de ces sociétés qui ont, dans beaucoup de pays et en particulier dans les pays occidentaux, bénéficié des mises à la retraite anticipées payés par les gouvernements. Cela enlevait un grand poids à leurs employeurs d’autant plus qu’ils étaient en général les mieux payés.
Mais à la surprise générale, des vaccins ont été trouvés et mis sur le marché avec une rapidité que personne ne pouvait envisager. A tel point qu’au bout de deux ans, les confinements imposés aux populations ont été levés et que le transport aérien a pu repartir avec une vélocité surprenante. Les tarifs ont augmenté de 30 % mais les clients étaient tellement impatiens de se déplacer qu’ils ont accepté facilement ces prix largement réajustés à la hausse. Et le transport aérien a retrouvé son rythme de croissance, même si les conflits actuels freinent un peu l’enthousiasme. Les commandes de nouveaux avions se sont mises à pleuvoir, chaque transporteur voulant se positionner sur la liste d’attente des constructeurs.
Le savoir-faire unique des employés en retraite sollicité
Seulement ces derniers se trouvent dans l’incapacité de suivre la demande. Les délais s’allongent sans que les compagnies aériennes aient une vision claire de la cadence de livraison de leurs commandes. L’affaire n’est pas si simple. Pour faire voler un avion, il faut en particulier des moteurs et leur construction est particulièrement délicate. Les motoristes Safran, mais aussi Pratt & Whitney ou Rolls-Royce n’arrivent pas à les fabriquer suffisamment vite pour une raison essentielle, il n’y a plus assez de main d’œuvre qualifiée. Le savoir-faire et l’expérience détenus par les salariés plus âgés a été perdu en grande partie et en dépit des propositions alléchantes de la part des fabricants, les nouveaux retraités ne semblent pas pressés de revenir travailler.
La rançon du succès de l’ingénierie aérienne
Les conséquences sont sérieuses. Actuellement autour de 500 avions assemblés par les constructeurs sont cloués au sol parce qu’il manque tout simplement … les moteurs. Cela représente bon an mal an un manque de l’ordre de 600.000 sièges par jour à raison de 200 sièges en moyenne et de 6 vols quotidiens. C’est près de 200 millions de sièges par an. Et cela ne va pas s’arranger par un coup de baguette magique. La formation de personnel extrêmement qualifié et expérimenté demande d’abord du temps, à la première condition de pouvoir recruter suffisamment de nouveaux salariés, de les former et de les encadrer. Or pendant ce temps, les commandes continuent à pleuvoir.
Rajoutons à cela que le transport aérien a besoin de métaux rares et que comme leur nom l’indique ils sont difficiles à se procurer. Le secteur d’activité est victime de son succès, un peu comme le surtourisme et il est très difficile de freiner une telle activité, au grand dam des écologistes.




![Édito | L’épine dans le pied du transport aérien [Par Jean-Louis Baroux] Il est fort possible que ses pratiques tarifaires, à la limite de la légalité, destinées à attirer une clientèle friande de prix cassés ait été la cause principale de sa faillite, d’autant plus que des plaintes à répétition avaient été enregistrées auprès des autorités de l’Aviation Civile américaine.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Spirit-Airlines-.jpg)
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