La Banque africaine de financement des infrastructures (AFC) vient de réaliser la plus importante levée de fonds de son histoire. Avec un prêt syndiqué de 2 milliards de dollars largement sursouscrit, l’institution panafricaine confirme son attractivité auprès des marchés internationaux, tandis que les banques asiatiques renforcent spectaculairement leur présence dans le financement du développement africain.

Africa Finance Corporation (AFC) a annoncé, jeudi 4 juin à Lagos, la clôture d’un prêt syndiqué de 2 milliards de dollars, un montant inédit dans l’histoire de l’institution. Initialement fixé à 1,6 milliard de dollars, le financement a finalement été relevé de 400 millions de dollars face à une demande largement supérieure aux attentes de la part des banques internationales.
Cette opération témoigne de la confiance croissante des investisseurs dans la capacité de l’AFC à financer les grands projets structurants du continent. L’institution, qui rassemble aujourd’hui 48 États membres africains, consolide ainsi sa position parmi les principaux acteurs du financement des infrastructures en Afrique.
L’Asie prend une place centrale dans le financement africain
Fait marquant de cette transaction : le poids grandissant des institutions financières asiatiques. Selon l’AFC, les banques d’Asie-Pacifique ont représenté 35 % des souscriptions, à égalité avec les établissements européens. Le Moyen-Orient a contribué à hauteur de 25 %, tandis que les acteurs africains ont apporté 5 % des fonds.
« Nous avons habituellement une base de financement diversifiée, mais cette fois, beaucoup plus de banques asiatiques ont participé. Nous avons des banques de Chine, de Hong Kong et de Corée. Elles sont nettement plus engagées », a souligné Samaila Zubairu, Président-directeur général de l’AFC.
Parmi les principaux arrangeurs figurent Barclays, Commerzbank, First Abu Dhabi Bank et Rand Merchant Bank. Côté asiatique, plusieurs poids lourds du secteur bancaire ont rejoint l’opération, notamment Bank of China, ICBC, Standard Chartered Hong Kong, Mizuho, SMBC, Industrial Bank of Korea, Bank of Communications et Export-Import Bank of India.
Une dynamique financière en pleine accélération
Les modalités financières du prêt, notamment son taux et sa maturité, n’ont pas été dévoilées. Les précédentes facilités syndiquées de l’AFC, conclues en 2024 et 2025 pour respectivement 1,16 milliard et 1,5 milliard de dollars, étaient assorties d’une échéance de trois ans.
Cette nouvelle opération intervient dans un contexte de forte croissance pour l’institution. Les actifs de l’AFC dépassent désormais 19 milliards de dollars. En 2024, ses revenus ont franchi pour la première fois la barre de 1,1 milliard de dollars, en hausse de 22,8 %, tandis que le résultat global atteignait 400 millions de dollars. En 2025, ce bénéfice a encore progressé de 28,4 %, pour s’établir à 513,8 millions de dollars.
Pour Banji Fehintola, membre du directoire et responsable des services financiers du groupe, cette levée record constitue «un jalon décisif» qui reflète «la confiance inébranlable» des partenaires financiers dans la solidité de l’institution.
Des notations solides qui séduisent les capitaux asiatiques
L’AFC bénéficie d’une notation de crédit de premier plan : A/A-1 avec perspective positive chez S&P Global Ratings, A3 chez Moody’s et A+ auprès de la Japan Credit Rating Agency.
Ces évaluations facilitent l’accès aux marchés de capitaux asiatiques, devenus stratégiques pour les institutions africaines alors que les flux financiers occidentaux montrent des signes de ralentissement.
La levée de juin s’inscrit dans une stratégie de diversification des ressources déjà illustrée par plusieurs opérations récentes : une obligation hybride de 500 millions de dollars en janvier 2025, une facilité Murabaha de 400 millions de dollars obtenue auprès de banques du Golfe en février 2025, ainsi que le conseil apporté à l’émission du premier Tier 2 Nature Bond africain de 450 millions de dollars pour Ecobank Transnational en mai 2026.
Cap sur l’énergie et les grands projets régionaux
Une partie des fonds levés servira à financer un portefeuille de projets actuellement en développement. Parmi eux figure le projet de raffinerie est-africaine soutenu par le milliardaire nigérian Aliko Dangote.
Présenté à Nairobi en avril dernier en présence des présidents kényan William Ruto et ougandais Yoweri Museveni, ce complexe industriel ambitionne d’atteindre une capacité de traitement de 650 000 barils par jour. Il doit valoriser les ressources pétrolières du Kenya, de l’Ouganda, de la Tanzanie, de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud.

Selon le rapport State of Africa’s Infrastructure 2026 publié par l’AFC, le continent devra construire au moins deux nouvelles raffineries de taille comparable à celle de Lagos d’ici 2040 afin de réduire un déficit d’importation de carburants estimé à 86 millions de tonnes par an, alors que la demande devrait croître de 56 %.
Une présence renforcée en Afrique de l’Ouest et de l’Est
L’institution poursuit également son expansion régionale. En mai dernier, elle a structuré la première obligation verte de financement de projet en Côte d’Ivoire, marquant une nouvelle étape dans son engagement au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Parallèlement, l’AFC prévoit l’ouverture à Nairobi de son premier bureau régional en dehors de son siège de Lagos, signe de son ambition de renforcer sa présence sur l’ensemble du continent.
Pour Samaila Zubairu, l’un des principaux défis reste désormais la mobilisation de l’épargne africaine. Le dirigeant rappelle régulièrement que les banques, fonds souverains et caisses de retraite du continent détiennent plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs, encore largement investis dans des placements de court terme peu rémunérateurs. Un gisement de capitaux que l’AFC espère progressivement orienter vers les infrastructures et la transformation économique de l’Afrique.





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