En moins d’un an, la deuxième phase du programme Ellever a mobilisé plus de 9,3 milliards de francs CFA, environ 14,20 millions d’euros, en faveur de 506 femmes entrepreneures au Togo, soit un ticket moyen près de neuf fois supérieur à celui de la phase initiale. Une transformation d’échelle qui dit autant la maturité du dispositif que la profondeur des besoins de financement du tissu économique féminin togolais
Dans les marchés de Lomé comme dans les zones périurbaines du Togo, une même réalité s’impose depuis des décennies : les femmes animent une part considérable de l’économie nationale, mais peinent à accéder aux ressources financières qui leur permettraient de changer d’échelle.
Dynamisme
Les micro-entreprises dirigées par des femmes au Togo génèrent pourtant plus de bénéfices que celles tenues par des hommes, un fait documenté par la Banque mondiale et rappelé lors du lancement d’Ellever 2.0 par Rose Kayi Mivedor, ex-ministre du Commerce. Ce paradoxe structurel — compétences avérées, accès au capital bridé — constitue depuis des années l’un des principaux freins à la croissance inclusive du pays.
C’est dans ce contexte qu’Ecobank Togo a lancé, en novembre 2020, le programme Ellever : un dispositif de financement dédié aux femmes entrepreneures, ancré dans la stratégie´panafricaine du groupe bancaire. Cinq ans plus tard, une deuxième phase, Ellever 2.0, a été officiellement inaugurée le 8 mars 2025, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits de la Femme. Son ambition : ne plus simplement accompagner, mais structurer durablement l’accès des femmes au capital productif. « Ecobank Togo est une banque visionnaire engagée dans le développement économique du pays, en misant sur les femmes. Celles-ci représentent plus de 80 % de l’activité économique informelle et formelle. Le programme Ellever vise à renforcer les capacités des femmes entrepreneures et à leur offrir unbaccompagnement sans garantie, avec une enveloppe de 50 000 $ à des conditions favorables, » expliquait Estelle Akué-Komlan, directrice générale d’Ecobank Togo.
Un changement d’échelle, chiffres à l’appui
Les statistiques internes d’Ecobank Togo témoignent d’une mutation profonde. Entre novembre 2020 et février 2025, la première phase du programme avait permis d’enrôler 1 284 bénéficiaires au Togo, pour un volume de financement de 2,6 milliards de francs CFA.
Ellever 2.0, en 1 an d’existence, a enrôlé 506 femmes supplémentaires pour un volume qui atteint désormais 9,35 milliards de francs CFA. Le programme togolais compte désormais 1 790 bénéficiaires au total. Le montant moyen alloué par bénéficiaire a ainsi bondispectaculairement, passant d’environ deux millions à plus de dix-huit millions de francs CFA.
Le secteur d’activité majoritaire reste, dans les deux phases, celui des stocks et du négoce commercial, un ancrage dans la réalité de l’entrepreneuriat féminin togolais, dominé par le commerce de détail, l’agroalimentaire et la distribution. Ce choix délibéré de ne pas imposer une réorientation sectorielle artificielle distingue Ellever des programmes de microfinance classiques, souvent accusés de déconnecter les bénéficiaires de leurs marchés naturels, explique une source proche du dispositif.
Un produit refondu, un marché élargi
La nouvelle mouture du programme ne se limite pas à une hausse des volumes. Sur le plan technique, Ellever 2.0 introduit des prêts non garantis pouvant atteindre 50 000 dollars, avec un historique bancaire exigé ramené à deux ans au lieu de trois, une innovation importante dans un contexte où les femmes entrepreneures accusent en moyenne un retard d’accès aux services bancaires formels. S’y ajoutent des taux d’intérêt préférentiels et l’accès à la plateforme MonEspaceCommerce, adossée à la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA), pour faciliter l’accès à de nouveaux marchés à travers le continent.
Pour Estelle Komlan, le passage à Ellever 2.0 procède d’une conviction forgée au contact des premières bénéficiaires. «Ce que nous avons appris en cinq ans, c’est que la femme entrepreneuse togolaise ne manque pas de talent ni de résilience. Ce dont elle manque, c’est d’une institution qui lui fasse confiance à la hauteur de son ambition », confie-t-elle. « Avec Ellever 2.0, nous avons voulu passer du soutien ponctuel à la structuration durable — des tickets plus élevés, un accompagnement renforcé, et une relation bancaire pensée sur le long terme.»
Le programme s’élargit aussi en termes de cibles : Ellever 2.0 ne s’adresse plus seulement aux entrepreneures de la banque commerciale, mais désormais aussi aux femmes salariées, aux dirigeantes d’entreprise et aux clientes de la banque des particuliers. Une extension qui reflète la maturité acquise par le dispositif après cinq ans d’opération.
En mai 2025, une nouvelle dimension partenariale a renforcé l’écosystème : la fondation SEPHIS, l’African Guarantee Fund et Ecobank ont lancé conjointement le programme «Women and Finance» au Togo, adossé à Ellever 2.0. Les bénéficiaires gagnent ainsi l’accès à une assistance technique sur mesure et à une communauté active de quelque 1 800 femmes entrepreneures africaines.
Des voix du terrain
L’intérêt suscité sur le terrain dépasse les seuls cercles de l’entrepreneuriat urbain. Lors du déploiement du programme à Atakpamé, en septembre 2025, Kudite Abrayo Kaffui, présidente du Réseau des jeunes producteurs agricoles du Togo (région des Plateaux), a salué «une opportunité pour les femmes de prendre des crédits à taux réduit et d’élargir leurs activités». Une adhésion qui confirme la pertinence du choix stratégique d’Ecobank de déployer Ellever au-delà de Lomé, sur l’ensemble du territoire national.Michel Gafa, Directeur de la banque commerciale d’Ecobank Togo, a livré une donnée qui éclaire la logique économique du programme : «le taux de défaut des femmes est très faible dans les banques, c’est cela qui a amené les dirigeants d’Ecobank à prendre ces décisions.»
Un argument de rentabilité autant que de responsabilité sociale qui situe Ellever moins dans le registre de la philanthropie que dans celui de la banque de développement durable.
Perspectives 2026 : consolider sans perdre en profondeur
La question qui se pose désormais pour Ecobank Togo est celle du passage à l’échelle sans dilution de la qualité d’accompagnement. Le bond en volumes financés ne doit pas se traduire par un effritement du taux de remboursement ni par un éloignement des bénéficiaires les plus vulnérables, qui avaient constitué le cœur de cible initial du programme.
Pour 2026, l’établissement entend approfondir le volet formation — comptabilité simplifiée, gestion des stocks, négociation commerciale, développement du leadership — tout en renforçant les synergies avec les institutions partenaires. Une attention particulière sera portée aux femmes du secteur agricole et agro-industriel, encore sous-représentées dans le portefeuille actuel, comme en témoigne la concentration persistante des financements dans le secteur des stocks et du négoce.





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