À Casablanca, les premières Assises nationales de la publicité ont réuni ce 8 octobre 2025 les plus hautes autorités politiques, les professionnels du secteur et les experts nationaux et internationaux. Objectif : poser les fondations d’un modèle publicitaire marocain souverain, éthique et aligné sur les réalités numériques. Un moment historique pour un secteur en quête de repères

Mercredi 8 octobre, le rideau s’est levé à Casablanca sur un événement sans précédent : les premières Assises nationales de la publicité, placées sous le signe d’une refondation stratégique du secteur. Portée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, cette initiative marque une volonté claire de repositionner la publicité comme un levier clé de souveraineté culturelle et économique dans un paysage bouleversé par la révolution numérique.
Lors de la séance d’ouverture, les interventions de figures gouvernementales de premier plan – Mohammed Mehdi Bensaid, ministre de tutelle, Latifa Akharbach, présidente de la HACA et d’autres – ont posé le décor : la publicité au Maroc est à la croisée des chemins, entre dérèglement juridique, déséquilibres économiques, et concurrence inégale avec les géants numériques.
Réguler pour mieux avancer : un cadre juridique à repenser
Premier grand chantier identifié : le cadre juridique de la publicité. Lors du Panel 1, juristes, régulateurs et professionnels du secteur ont mis en lumière la dispersion des textes législatifs et l’urgence d’une harmonisation réglementaire pour mieux intégrer les usages numériques.
Younes Boumehdi, vice-président de la FICC, et Ali Boujena, directeur général de l’UACC, ont souligné la nécessité d’un cadre clair, stable et cohérent, capable de garantir la loyauté des échanges tout en protégeant le consommateur. La participation de Gail Shimmel, Ceo du régulateur publicitaire sud-africain (ARB), a permis d’ouvrir le débat à des modèles internationaux plus avancés en matière de régulation éthique.
Au-delà du droit, c’est aussi la gouvernance du secteur qui a été interrogée : quelles structures pour porter les décisions stratégiques ? Quelle place pour les régions et les petites structures ? Une chose est sûre : l’inclusivité et la transparence seront les maîtres mots du futur modèle.
Fiscalité : rétablir l’équité face aux géants du web
Le Panel 2, consacré à la fiscalité, a plongé au cœur d’un mal bien connu : le désajustement profond entre la fiscalité nationale et les réalités du marché publicitaire numérique. Alors que les grandes plateformes internationales captent une part croissante des budgets publicitaires, leur contribution fiscale reste marginale.
Les fiscalistes ont plaidé pour la mise en place de dispositifs fiscaux équilibrés, capables de garantir une concurrence équitable et de protéger les acteurs locaux. L’idée d’une taxe numérique, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres pays, a été évoquée comme piste de réflexion.
Autre point clé discuté : la mesure d’audience et l’évaluation des performances publicitaires. Aujourd’hui dominés par des outils étrangers, ces systèmes souffrent d’un manque de transparence et d’adaptation au marché marocain. Plusieurs intervenants ont appelé à la création de solutions technologiques locales, capables de traiter, stocker et valoriser les données au Maroc.
Une telle initiative permettrait non seulement de renforcer la souveraineté numérique du pays, mais aussi d’assurer une meilleure répartition des investissements publicitaires entre les différents médias.
Éthique et protection du consommateur : le socle à bâtir
En toile de fond de toutes ces discussions, la question de l’éthique et de la déontologie publicitaire est revenue de manière transversale. Car au-delà des aspects juridiques et économiques, c’est aussi la relation de confiance entre le secteur et le citoyen qui est en jeu.
La définition de principes clairs et partagés, garants de la protection du consommateur, apparaît comme une priorité. Un consensus semble émerger pour faire de ces valeurs les piliers du futur modèle publicitaire marocain.
Ces premières Assises marquent donc le début d’un processus collectif, mobilisant institutions, professionnels et experts autour d’une ambition commune : faire de la publicité marocaine un secteur souverain, responsable, performant et éthique.
Alors que les travaux se poursuivront demain jeudi 9 octobre, et dans les prochains jours, une certitude s’impose déjà : l’ère de la publicité débridée et désorganisée touche à sa fin. Une nouvelle page s’écrit, sous le sceau de la régulation, de l’innovation et de la confiance retrouvée.











