C’est une révolution de velours à laquelle pousse la Banque centrale du Maroc (Bank Al-Maghrib) en adoptant une réglementation fixant un ratio qui reflète les exigences relatives à la mesure du risque de taux d’intérêt inhérent au portefeuille des banques. «Le risque de taux d’intérêt se définit comme étant le risque, actuel ou futur, auquel la marge nette prévisionnelle et la valeur économique des fonds propres d’une banque sont exposées, en raison de mouvements défavorables des taux d’intérêt qui influent sur les positions du portefeuille bancaire sensibles au taux d’intérêt », précisent les autorités monétaires.
La circulaire de Bank Al-Maghrib introduit un ratio minimum à observer par les banques, correspondant au rapport entre d’une part la variation de la valeur économique des fonds propres induite par un mouvement de taux d’intérêt et d’autre part le montant des fonds propres de catégorie 1. Ce rapport, fixé au maximum à 15%, doit être observé sur base sociale et consolidée. Il s’agit de quantifier les risques relatifs aux variations de taux d’intérêt sur la performance des banques, détaille Hiba Zahoui directrice de la Supervision bancaire à la Banque centrale du Maroc (Bank Al-Maghrib).
Sur la base de conclusions de l’étude d’impact menée en amont, la Banque centrale a concédé une période transitoire de deux ans afin que toutes les banques se conforment au ratio maximum du risque des taux d’intérêt. Au 1er janvier 2023, tous les établissements bancaires sur base sociale et consolidée devront présenter le ratio sur les risques de taux d’intérêt conforme à la réglementation. Le premier exercice d’application de la circulaire de la Banque centrale est 2020. Pendant la période transitoire, la variation de la valeur économique des fonds propres est fixée à 20% des fonds propres réglementaires jusqu’au 31 décembre 2021 et à 20% des fonds propres de catégorie 1 jusqu’au 31 décembre 2022.
Les premières projections
Dans son rapport annuel, la Banque du Maroc résume les simulations de l’impact de baisses des taux directeur. En 2020, les conditions de taux d’intérêt ont été marquées par deux baisses successives du taux directeur de Bank Al-Maghrib de 25 points de base en mars et de 50 points de base en juin. Dans ce contexte, la majorité des banques, représentant 78% du marché, seraient exposées à un risque de hausse des taux d’intérêt à fin 2020. A court terme, une hausse des taux d’intérêt induirait une baisse de la marge nette d’intérêt pour les banques, dont les ressources à court terme sensibles au taux excèdent les emplois à court terme sensibles aux taux.
Les emplois et ressources sensibles aux taux d’intérêt à court terme sont d’une part, les emplois et ressources dont la rémunération est variable ou révisable et d’autre part, les emplois et ressources à taux fixe dont l’échéance intervient dans un horizon temporel d’1 an. Sur la base d’une approche statique de mesure du risque de taux d’intérêt et un écoulement en taux d’intérêts des emplois et ressources, arrêtés à fin 2020, sur les années à venir, des scénarii de stress tests réglementaires simulant un choc parallèle des taux d’intérêt de 200 points de base sont menés par les banques. Un scénario de choc de taux d’intérêt à la hausse d’une amplitude de + 200 points de base aurait induit, pour les banques exposées à un risque de hausse des taux d’intérêt, une baisse de la marge nette d’intérêt moyenne à court terme de 4,15% contre 4,98% en 2019.
Pour les banques exposées à un risque de baisse des taux d’intérêt, un choc d’une amplitude de -200 points de base aboutirait à une contraction de 1,85% de leur marge nette d’intérêt contre 1,73% en 2019.
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