La Mauritanie a annoncé, par la voie de son ministre du Pétrole, des mines et de l’énergie, Abdessalem Ould Mohamed Saleh, avoir trouvé un accord qui met fin au litige qui l’oppose à Addax Energy SA., la société qui approvisionne le pays en produits pétroliers depuis 2016. Un marché qui arrive à terme en avril prochain et pour le renouvellement duquel la Mauritanie a déjà lancé un AOI qui verra sans doute cette société genevoise se lancer à nouveau dans la course.
Il est difficile, en effet, d’envisager qu’Addax Energy SA., la branche négoce et soutage d’Oryx Energies SA., lâche ce marché de près de 2 milliards de dollars, après l’avoir conquis à deux reprises (2016-2018, 2018-2019) et obtenu une prolongation d’un an, le 8 mars 2021.
Le litige dont il est question portait sur une réclamation de 33 millions de dollars faite par la Société nationale industrielle et minière (SNIM), pour retard de livraison, mais Addax ne payera, finalement, que 9 millions pour rester dans les bonnes grâces d’un précieux client dans la zone ouest-africaine. Une broutille, si l’on sait que les contrats de fourniture de produits pétroliers qui lient Addax et la Mauritanie, contiennent des clauses permettant aux parties mauritaniennes, de réclamer une indemnisation en cas de retards de livraisons des commandes et que ces pénalités peuvent s’élever, parfois, à 100 fois la valeur de la commande qui n’a pas été livrée à temps !

Si Addax a pu conserver longtemps le marché mauritanien c’est dû, en partie, au fait qu’il «n’attire plus les très grandes entreprises qui fournissent du pétrole et gaz, comme ce fut le cas dans le passé», avait souligné le ministre du Pétrole, des mines et de l’énergie, le 02/02/2022, lors de la conférence de presse post-conseil des ministres. Une manière de dire que l’on conserve ce fournisseur, faute de mieux ?
«L’année dernière, rappelle le ministre, Addax a importé une cargaison de fioul lourd de 25 000 tonnes. Mais des analyses avaient montré que le produit n’était pas conforme aux clauses du contrat. A ce propos, le ministre a souligné que l’utilisation du produit livré, n’était pas compatible avec certains équipements, notamment des groupes électrogènes. Dans le cadre des négociations, le fournisseur avait accepté de reprendre toute la cargaison qui ne répondait pas aux normes et à l’expédier à frais. «Cela lui a coûté près de 20 millions de dollars», a révélé le ministre du Pétrole.
La réplique d’Addax
Par la voix d’Amar Imigine, expert mauritanien considéré comme l’homme à penser d’Addax Energy en Mauritanie, il y a désinformation sur toute la ligne et la Mauritanie a intérêt à prendre une décision rapide, vue le contexte internationale actuel (guerre en Ukraine) qui risque de provoquer une envolée des prix du gaz et du pétrole. Il commence par un rappel des faits : «le 19 novembre 2021, un appel d’offres pour la fourniture de produits pétroliers en Mauritanie pour la période du 16 avril 2022 au 15 avril 2023 a été lancé pour un dépôt de dossiers et une ouverture le 6 janvier 2022, quatre sociétés y ont participé : (BB Energy, Mercuria, Coral et Addax). Après contrôle des offres techniques, n’ont été retenues que les trois sociétés BB Energy, Mercuria et Addax.
Entre ces trois sociétés retenues à l’issue de l’examen technique, Addax avait l’offre conforme aux dispositions du dossier de l’appel d’offres, la moins-disante et dont le prix moyen pondéré de la tonne métrique PMP/T défini dans l’article 29 est le plus bas.»
Certes la marge fournisseur pour le moins-disant (ADDAX) augmente l’enveloppe pétrolière d’au moins 30 millions de dollars par rapport au contrat en cours (gasoil +163 %, essence +28 %, jet -16 %, fuel +74 %) mais elle ne «représente qu’entre 0,3 et 0,9% de la facture pétrolière», souligne cet expert.
La réponse du ministère du Pétrole, quant à la nouvelle situation, attendue depuis le 6 janvier par Addax, ne tombera que le 24 février 2022 : processus déclaré infructueux donc annulation et retour à la case départ.
Selon l’expert, la Mauritanie doit tenir compte de la «complexité du problème» de l’approvisionnement du pays en hydrocarbures de par, d’abord, le sous dimensionnement des moyens de stockage à Nouadhibou et à Nouakchott et leur état qui sont «l’une des raisons non attractives (des) appels d’offres» lancé par le ministère du Pétrole, et, ensuite, le «tirage sur les cautions de bonne exécution».
Déclarer l’appel d’offres infructueux est un couteau à double tranchant. Si la guerre en Ukraine s’inscrit dans la durée, les prix vont continuer à flamber. «Jusqu’à une fourchette de +10 à 20 % par rapport à l’avant-guerre», prédit Amar Imigine, «et cela si et seulement si la Russie n’est pas totalement exclue du code bancaire swift».
Addax Energy s’interroge : «Que vont faire (les) décideurs (mauritaniens) si demain ils se retrouvent avec des prix supérieurs à ceux qu’ils ont rejetés ? Auront-ils des soumissionnaires dans la conjoncture actuelle et avec (un) DAO si peu attractif ?
Son expert maison donne une piste qui semble indiquer qu’elle reste quand même incontournable : «les cargaisons spots et les contrats à terme ne sont pas une solution à l’heure actuelle. A partir du 15 mars Addax n’a plus le droit d’amener des cargaisons. Elle commencera à ponctionner sur les réserves de sécurité et à la fin du processus il restera un stock des impompables estimé à plus de 11.000 TM tout produit confondu (dans les fonds de bacs et les tuyauteries). Tout nouveau fournisseur, doit impérativement prendre en compte cette donne.»
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