À Rosso, le passage de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie change de visage. Les autorités mauritaniennes ont supprimé des taxes dénoncées depuis des mois par les commerçants, qui les jugeaient opaques et dépourvues de base légale claire. Une décision appliquée immédiatement, à laquelle Dakar n’a, pour l’heure, pas apporté de réponse équivalente.
Pour les commerçants qui empruntent régulièrement le bac de Rosso, le franchissement de la frontière était devenu synonyme de frais imprévisibles. À chaque passage, les montants réclamés pouvaient varier sans explication, alourdissant le coût des échanges entre les deux pays, rapporte RFI.
Saly Sow, vendeuse de tissus à Mbour, près de Dakar, fait partie des habituées de cet itinéraire. Depuis près de dix ans, elle se rend en Mauritanie pour s’approvisionner, et son quotidien était marqué par les paiements à répétition.
« Le voyage à Rosso était toujours difficile pour nous les commerçants », témoigne-t-elle. À l’arrivée, certains agents réclamaient 200 francs CFA, d’autres 500. Au retour, les mêmes sollicitations pouvaient recommencer.
Pour les marchandises, la facture grimpait rapidement. « Des sommes de 15 000 francs, 20 000 francs. Ça peut même aller jusqu’à 30 000 francs. Ça dépend de la quantité de tes marchandises », explique-t-elle.
Un passage désormais sans taxe
La situation a changé presque du jour au lendemain. Annoncée le vendredi 5 septembre par les autorités mauritaniennes, la suppression des taxes est entrée immédiatement en vigueur.
Mariam Thiam, elle aussi vendeuse de tissus, a pu en faire l’expérience dès le lendemain : à l’aller comme au retour, aucun paiement ne lui a été demandé.
« Je n’étais même pas au courant de cette décision », raconte-t-elle. Elle a d’abord cru à un oubli. « J’étais tellement soulagée que je me suis dit que peut-être ils avaient oublié de me demander de payer. »
Mais le constat s’est confirmé : d’autres commerçants traversaient, eux aussi, la frontière sans être sollicités. « J’étais avec mes marchandises, je n’ai rien payé », assure-t-elle à RFI.
Dakar n’a pas encore suivi
Selon une source contactée par RFI, la décision mauritanienne ne se limite pas aux commerçants : elle concerne l’ensemble des passagers qui franchissent le point de passage de Rosso, l’un des principaux corridors terrestres entre le Sénégal et la Mauritanie.
Reste une inconnue : la position de Dakar. À ce stade, aucune mesure équivalente n’a été annoncée du côté sénégalais. La suppression décidée par Nouakchott crée donc une situation asymétrique à la frontière, alors que les échanges entre les deux pays dépendent largement de la fluidité de ce passage.





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