Après des mois d’incertitude, les exportateurs africains peuvent souffler. Le Congrès américain a validé, le 1er septembre, la prolongation de l’AGOA jusqu’à fin 2028. Un sursis bienvenu pour les industries dépendantes du marché américain, notamment dans le textile. Mais en choisissant une extension limitée à deux ans, Washington laisse intacte la principale inquiétude des investisseurs : que se passera-t-il après 2028 ?
Après le feu vert du Sénat début août, la Chambre des représentants a adopté à son tour, par 370 voix contre 48, la version amendée du texte prorogeant l’African Growth and Opportunity Act. Il ne manque désormais plus que la signature du président Donald Trump pour rendre la mesure effective.
Créé en 2000 sous le Président Bill Clinton, l’AGOA permet aux produits de pays d’Afrique subsaharienne éligibles d’accéder au marché américain en franchise de droits de douane. La nouvelle loi repousse son expiration du 31 décembre 2026 au 31 décembre 2028 et reconduit également les dispositions spécifiques au textile et à l’habillement, notamment celles autorisant l’utilisation de tissus provenant de pays tiers.
Un mécanisme déterminant pour plusieurs industries africaines, qui importent notamment des intrants asiatiques avant de les transformer localement puis d’exporter leur production vers les États-Unis.
Des filières sorties fragilisées de la crise
Cette prolongation intervient après une séquence particulièrement chaotique. L’AGOA avait expiré le 30 septembre 2025, faute d’accord au Congrès. Pendant plusieurs mois, les exportateurs africains avaient donc vu disparaître leur accès préférentiel au marché américain, avec le retour des droits de douane.
Le choc a été particulièrement sensible dans le textile et l’habillement. Lesotho, Madagascar, Kenya, Éthiopie ou encore Maurice ont dû composer avec une visibilité réduite, alors que leurs chaînes de production et leurs contrats commerciaux reposent largement sur la stabilité du régime préférentiel américain.
Au Lesotho, où l’industrie de l’habillement représente un pilier du secteur manufacturier et de l’emploi, l’enjeu est particulièrement important. Pour les donneurs d’ordre comme pour les industriels africains, l’incertitude tarifaire a aussi retardé les commandes et les décisions d’investissement.
Un premier sursis, puis un deuxième
Washington avait déjà tenté de sortir de l’impasse. En février 2026, le Congrès avait rétabli rétroactivement l’AGOA jusqu’au 31 décembre de la même année dans le cadre de la loi de finances fédérale. Cette mesure avait notamment permis aux importateurs concernés de solliciter le remboursement de droits acquittés pendant la période de suspension.
Mais ce rétablissement ne faisait que repousser le problème. Quelques mois plus tard, l’avenir du dispositif restait à nouveau suspendu à une décision du Congrès.
Le vote du 1er septembre constitue donc la deuxième prorogation depuis l’expiration de septembre 2025. Il apporte deux années supplémentaires de visibilité et prévoit également la restauration rétroactive du traitement tarifaire préférentiel pour les importations éligibles réalisées durant l’interruption, sous réserve des formalités prévues par le texte.
Le compte à rebours vers 2028 est déjà lancé
Pour les entreprises, le soulagement est réel, mais il ne dissipe pas toutes les inquiétudes. Deux ans restent une échéance courte pour des industriels qui raisonnent en cycles d’investissement de cinq à dix ans.
Le contraste est d’autant plus marqué que certains défenseurs de l’AGOA réclamaient une prolongation beaucoup plus ambitieuse. En 2024, les sénateurs Chris Coons et James Risch avaient notamment porté une proposition bipartisane visant à reconduire le dispositif jusqu’en 2041.
L’écart entre ces ambitions et le compromis finalement adopté est révélateur. Washington offre une bouffée d’oxygène aux chaînes d’approvisionnement africaines, mais ne leur garantit pas encore une trajectoire de long terme.
L’Afrique devra investir malgré l’incertitude
L’enjeu dépasse désormais la seule préservation des flux commerciaux existants. L’AGOA doit permettre aux entreprises africaines de sécuriser leurs débouchés, mais aussi de convaincre de nouveaux investisseurs de produire sur le continent pour servir le marché américain.
Or, financer une usine textile, une unité d’assemblage ou une infrastructure agro-industrielle suppose une visibilité bien supérieure à deux ans. Le nouveau délai peut donc empêcher une rupture brutale des échanges et préserver des emplois, mais son effet sur les nouveaux investissements pourrait rester limité.
Derrière le vote du Congrès se dessine ainsi un paradoxe : l’Afrique obtient le temps de respirer, pas encore celui de planifier. Jusqu’en 2028, industriels et investisseurs disposeront d’un cadre plus stable. Mais le compte à rebours vers la prochaine échéance est déjà enclenché. Et la question centrale demeure entière : Washington est-il prêt à faire de l’AGOA un véritable partenariat commercial de long terme, plutôt qu’un dispositif régulièrement renégocié au gré des cycles politiques américains ?










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