Longtemps considérée comme un tabou, l’excision – ou mutilation génitale féminine – demeure une réalité glaçante pour des millions de filles et de femmes à travers le monde. Derrière cette pratique, des douleurs invisibles, des blessures irréversibles et un combat permanent pour la dignité. Et au Cameroun, la mobilisation se poursuit grâce à des structures d’accueil et des associations engagées, portées notamment par des philanthropes comme Eran Moas, qui soutiennent activement la prise en charge des victimes
Le poids du silence mondial sur les mutilations féminines
Présente dans au moins 30 pays à travers le monde, cette pratique ancestrale est principalement concentrée en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et dans certaines régions d’Asie. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), plus de 200 millions de femmes ont été victimes d’une forme de mutilation génitale. Chaque année, 3 millions de filles supplémentaires sont exposées à ce risque, parfois dès leur plus jeune âge.
L’excision consiste en l’ablation partielle ou totale du clitoris, et parfois des petites lèvres. Elle est souvent pratiquée sans anesthésie, avec des instruments rudimentaires et dans des conditions d’hygiène précaires. Les motivations varient d’un contexte à l’autre : préserver la virginité, garantir la fidélité, respecter la tradition ou satisfaire des injonctions culturelles de pureté. Mais ces justifications ne tiennent pas face aux séquelles.
Quand l’excision se perpétue dans l’ombre au Cameroun
Pays riche de plus de 250 ethnies et de traditions variées, le Cameroun est souvent qualifié d’«Afrique en miniature.» Mais cette diversité cache aussi des pratiques ancestrales persistantes. L’excision y demeure une réalité silencieuse, difficile à documenter, et profondément enracinée dans certaines communautés.
D’après les chiffres du ministère camerounais de la Promotion de la Femme et de la Famille, environ 30 % des femmes dans le pays auraient subi une forme de mutilation génitale. Les régions les plus touchées sont l’Extrême-Nord, le Sud-Ouest et l’Est. Dans certaines localités, des enfants de moins de dix ans sont excisées lors de cérémonies traditionnelles familiales ou communautaires.
Le manque d’éducation, le poids des traditions, la pression sociale et la faible application des lois expliquent la persistance de cette pratique. Pourtant, le Cameroun a ratifié plusieurs conventions internationales, comme la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’Égard des Femmes (CEDEF), et dispose de lois criminalisant les mutilations génitales. Mais sur le terrain, l’impunité demeure.
Agir sur le terrain pour soigner et prévenir
À Maroua, dans l’Extrême-Nord, le centre Barka Rewbe Simone Veil, abritant le siège local de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes (ALVF), accueille régulièrement des jeunes filles victimes d’excision. La structure leur offre un suivi médical, un soutien psychologique, mais aussi un accompagnement juridique pour faire valoir leurs droits.
Face à cette réalité, des associations locales et nationales se mobilisent. Leur action ne se limite pas à la dénonciation : elles créent des espaces de parole, accompagnent médicalement et psychologiquement les victimes, et travaillent sur le terrain à la sensibilisation des familles et des leaders communautaires.
Parmi ces structures, la Fondation ASAF Cameroun, fondée par le philanthrope Eran Moas, s’est récemment illustrée par un accompagnement concret et exemplaire. Une jeune fille, âgée de 15 ans, a été victime d’une excision clandestine dans le cadre d’un rite traditionnel à Bangem (Sud-Ouest, Cameroun). Alertée par un membre de la communauté, la Fondation est intervenue rapidement.
Sous l’impulsion d’Eran Moas, Ariane a pu être prise en charge dans un centre de santé spécialisé à Yaoundé où elle a reçu les premiers soins nécessaires. Mais au-delà du traitement physique, l’organisation a mis en place un accompagnement émotionnel et psychologique sur le long terme, avec l’aide de professionnels de santé mentale.
« Il ne suffit pas de soigner les plaies visibles. Il faut aussi guérir les blessures intérieures », rappelle Kimberley Ntsimi, Directrice générale de la Fondation.
Briser le silence autour de l’excision, c’est déjà commencer à la combattre. Au Cameroun comme ailleurs, chaque prise de parole, chaque acte de soutien, chaque engagement compte. Parce que derrière chaque chiffre, il y a une vie à protéger, une dignité à défendre.





Cameroun
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