Face à l’explosion de la demande en minerais de la transition énergétique, l’ONU a lancé le 23 septembre à New York un mécanisme d’appui aux pays riches en ressources. Sur les six pays du premier périmètre, cinq sont africains : la Guinée, Madagascar, le Nigeria, la Zambie et le Zimbabwe, aux côtés de l’Indonésie. L’organisation entend y déployer expertise technique et renforcement de capacités, pour que la richesse minière profite aux populations. Le cas de la République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, montre que la contribution des industriels est au rendez-vous ; l’ingénierie administrative demeure, elle, le maillon faible.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a annoncé le 23 septembre à New York le « Mécanisme d’appui aux pays » (Country Support Mechanism) pour les minerais essentiels à la transition énergétique. Six pays bénéficieront en premier de ce dispositif : la Guinée, l’Indonésie, Madagascar, le Nigeria, la Zambie et le Zimbabwe. La RDC, pourtant leader mondial du cobalt, n’en fait pas partie : elle figurait sur la liste des quinze candidats examinés, et l’ONU indique que les travaux déjà engagés avec Kinshasa se poursuivront.
Un mécanisme conduit par le PNUD
Sur le pilotage, précision importante : le mécanisme est conduit par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Bureau de la coordination du développement (BCD), au sein de la force opérationnelle des Nations unies sur les minerais de transition énergétique, coprésidée par le PNUD, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Les priorités affichées sont la gouvernance, la transformation locale, le développement industriel et les garanties environnementales et sociales. Le dispositif prévoit le déploiement d’experts auprès des gouvernements et des collectivités, pour fournir l’ingénierie administrative qui fait encore défaut sur le terrain.
Il prolonge des travaux menés dès 2021 par le Fonds d’équipement des Nations unies (UNCDF) en Guinée. Dans le cadre du projet d’Appui à la gestion des redevances de l’exploitation minière (AGREM), la rétrocession des redevances minières s’y était accompagnée d’un encadrement technique des collectivités : apprentissage de la gestion budgétaire, montage de partenariats public-privé, pilotage d’infrastructures marchandes durables. Des mécanismes que l’ONU entend désormais amplifier.
En RDC, le privé devance parfois le législateur
Pour mesurer l’enjeu, il faut regarder la RDC, au cœur de l’approvisionnement mondial en cobalt. Kinshasa a pris les devants sur le papier : lors de la révision de son code minier en 2018, l’État a imposé aux compagnies de verser au moins 0,3 % de leur chiffre d’affaires net à des projets de développement communautaire, en plus d’un cahier des charges négocié avec les riverains.
Sur le terrain, plusieurs industriels appliquent la loi, parfois avec avance. Le groupe chinois CMOC, présent depuis 2016 dans la province du Lualaba à travers ses filiales Tenke Fungurume Mining (TFM) et CMOC Kisanfu Mining (KFM), y a créé dès 2010, sous l’ancienne gouvernance, un fonds social alimenté par 0,3 % des ventes de métaux. Selon les chiffres du groupe, TFM a versé 16,46 millions de dollars à son fonds communautaire en 2025, en parallèle d’une politique d’investissement de 31 millions de dollars pour des écoles, dispensaires et programmes d’appui aux agriculteurs. Sur le gisement voisin de Kisanfu, KFM a versé 10,9 millions de dollars à son fonds et prévoit un programme de 8 millions de dollars sur 2024-2028. CMOC totalise, dit-il, 236 millions de dollars consacrés au développement des communautés locales depuis 2016, 9,64 milliards de dollars d’impôts et 10 milliards d’investissements en dix ans. [Source : CMOC — données groupe, non vérifiées de manière indépendante]
Le verrou énergétique
L’action des industriels s’étend aux infrastructures de base. Sans réseau électrique stable, les écoles et dispensaires financés par les fonds miniers risquent de rester sous-exploités. Pour lever ce verrou, CMOC a signé en mai 2024 avec Lualaba Power — coentreprise détenue avec la Société nationale d’électricité (SNEL) — l’accord de financement de la centrale hydroélectrique N’zilo II, sur le fleuve Lualaba : 200 MW, couplés à un volet solaire, pour un coût supérieur à 470 millions de dollars et une mise en service visée en 2029. [Source : Global Energy Monitor / CMOC, au 5 novembre 2026] Le groupe a achevé cet été la dérivation du fleuve, étape clé avant la construction du barrage.
L’administration, clé de voûte de la redistribution
Reste que ces investissements ne produisent leur plein effet que s’ils s’articulent aux politiques publiques. Les évaluations de la Cour des comptes congolaise et de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pointent des marges de progression en matière de coordination administrative, de mise en œuvre des projets et d’adéquation entre ressources mobilisées et besoins des populations. C’est précisément à ces fragilités que le nouveau mécanisme onusien entend répondre, par le renforcement des compétences territoriales — le véritable levier d’une redistribution pérenne.





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