La réserve naturelle forestière de Bururi (RNFB) abrite la grande partie des chimpanzés du pays. Ils sont une soixantaine suivie quotidiennement par une équipe de pisteurs. Néanmoins, certaines menaces pèsent encore sur eux. Reportage.
Avec ses 3300 hectares, la réserve forestière naturelle de Bururi est une aire protégée du sud du pays riche en faune et en flore. Elle est située sur la crête Congo-Nil dans les hautes terres du sud du Burundi surplombant la région Imbo, longeant le Lac Tanganyika.
Pour protéger les chimpanzés de cette réserve, une équipe des pisteurs a été formée et est chargée de les suivre au quotidien. Un travail exigeant et fatiguant. D’après un de ces pisteurs, leur journée débute toujours très tôt vers 5 heures du matin. Et c’est autour de 6 heures qu’ils se rencontrent au point de rassemblement.
De là, ajoute, à son tour, Jean Claude Nshimirimana, chef d’équipe de pisteurs, ils s’introduisent dans la réserve pour essayer de retrouver ces chimpanzés. Ce qui peut leur prendre 8 à 10 km de marche à pied à travers cette forêt touffue et escarpée.
Normalement, avant de terminer leur journée, ils doivent localiser où ces chimpanzés construisent leurs nids «d’habitude, c’est là qu’ils passent la nuit et le matin nous essayons d’être là avant qu’ils se réveillent.»
Au cas contraire, raconte M.Nshimirimana, ces pisteurs suivent leurs traces ou essayent de suivre leurs cris pour les repérer. Et pour fabriquer leurs nids, il précise qu’ils utilisent des branches et des feuilles d’arbres. D’après lui, pour dormir, tout est organisé : «les femelles, les nouveaux-nés dorment dans les nids en haut et les mâles se placent en dessous pour assurer la sécurité des femelles et leurs bébés.»
Ce pisteur, il y a une quinzaine d’années, signale d’ailleurs que les chimpanzés se déplacent en familles. Et dans chaque groupe, il y a un mâle chef de famille appuyé par ses fils adultes.
Des menaces persistantes
Même si le braconnage tend à disparaître, ce pisteur affirme que les menaces existent toujours pour ces chimpanzés. «Dans le passé récent, nous avons arraché beaucoup des pièges des chimpanzés, des braconniers à l’affût dans la nature. Mais, aujourd’hui, je peux affirmer qu’il n’y a plus de piège dans la nature,» se réjouit-il évoquant néanmoins, les conflits entre les chimpanzés et les agriculteurs environnants.
En effet, explique-t-il, il arrive des périodes où il y a carence des fruits sauvages dans la réserve. «Dans ces cas, les chimpanzés sortent pour chercher de quoi à manger. Ils s’attaquent alors aux champs des bananiers ou le pennisetum. Ce qui provoque la colère des riverains.»
Pour défendre leurs champs, ces agriculteurs se servent des jets des pierres, des lances, des flèches ou toute autre arme blanche. D’après M.Nshimirimana, des chimpanzés sont blessés. Malheureusement, ils finissent par succomber aux blessures.
D’après Jérôme Nishishikare, conservateur responsable de cette réserve, il n’y a aucun vétérinaire spécialisé dans les soins des animaux sauvages comme ces chimpanzés dans cette aire protégée. «Dans d’autres pays, ces pisteurs ont aussi une certaine formation sur comment détecter un animal malade. Mais, au-delà de ça, il y a des techniciens, les docteurs vétérinaires, qui font des prélèvements et vont dans les laboratoires pour tester quelle est la maladie, quel est le virus qui a attaqué cet animal. Mais, ici à Bururi, si un chimpanzé tombe malade, on ne peut rien faire pour le sauver. »
Ce qui est d’ailleurs le cas au niveau national, reconnaît-il, avouant que cela constitue un grand défi pour la protection des animaux sauvages du pays comme les chimpanzés.
Des actions en attendant …
Interrogé sur d’autres menaces contre la biodiversité de cette réserve, M.Nishishikare évoque les cas des gens qui tentent à s’approvisionner en bois de chauffe, en bois pour différents usages, en herbes pour nourrir le bétail, pour faire le paillis du bétail, etc. Il parle aussi de quelques cas de feux de brousse mais qui sont aujourd’hui en decrescendo. Ce qui est le résultat selon lui de l’implication des communautés dans la préservation des forêts et leurs richesses. « Nous avons mené des sensibilisations sur l’importance de protéger l’environnement en général mais spécifiquement de cette réserve et sa biodiversité. Nous avons organisé des séances spécifiques pour parler des chimpanzés et de leur importance dans la contribution au développement économique du pays et de la localité surtout au niveau du tourisme. »
Il signale d’ailleurs qu’ils ont déjà formés des communautaires volontaires regroupées en 24 associations éparpillées autour de la réserve. Leur mission étant d’appuyer les éco-gardes, les pisteurs dans la surveillance de cette réserve naturelle forestière de Bururi. M.Nishishikare ajoute que des séances d’éducation environnementale sont aussi organisées dans les écoles afin d’intéresser les jeunes à la protection de l’environnement dès leur bas âge.
Une réserve riche en biodiversité
Côté végétation, cette forêt compte des arbres géants vieux de centaines d’années dont certaines sont endémiques. C’est le cas d’entendrophragmaexcelsum. On y trouve aussi des arbres fruitiers comme les myriathus holstii, le syzigium guineense, etc. C’est d’ailleurs ces fruits que consomment les chimpanzés, l’espèce la plus représentative dans cette réserve. D’après Jérôme Nishishikare, ils sont aux environs de 60 individus.
Comme richesse animale, on y trouve également des singes dénommés cercopithèque à diadème et cercopithèque Ascagne. « Nous avons aussi les petits singes verts, plus de 200 espèces d’oiseaux, des grands serpents, etc », indique-t-il. Il révèle d’ailleurs que c’est cette réserve qui abrite aussi une petite grenouille à longs doigts qu’on appelle cardioglossa cyaneospila.
Sa première découverte a eu lieu en 1949 tandis que cette espèce y a retrouvé là pour la deuxième fois en 2011 par les scientifiques de l’Université de Texas. Il s’agit, d’après lui, d’une grenouille endémique dans la région du rift albertin.
Aujourd’hui, cette réserve est composée de deux parties : une partie dite naturelle qui est constituée d’arbres sauvages et une autre qui comprend des arbres dénommés pinus plantés dans les années 80 sous la deuxième République à l’époque du président Jean Baptiste Bagaza.





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