La RSE en Afrique
La RSE (qui couvre aujourd’hui un certain nombre de normes internationales et de politiques internes aux entreprises) gagne du terrain en Afrique, dans le sillage des opérations africaines des multinationales même si le concept est encore peu connu. D’une notion vague et fourre-tout, la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ou Responsabilité sociale et environnementale, est devenue une politique transversale, s’immisçant dans la moindre décision. Image, acceptabilité locale, cohésion sociale, culture d’entreprise, gouvernance… Le champ d’action est vaste. En Afrique, le sujet est en tout cas au goût du jour.
Dossier réalisé par James Ramarosaona
La RSE est encore peu connue sur le continent africain, que ce soit des autorités publiques ou des dirigeants d’entreprise, et peu d’entreprises mettent en place des politiques de RSE au sens des définitions internationales. D’une façon générale, il règne en Afrique plus une culture de mécénat qu’une culture de la RSE. Les entreprises sont par exemple très fortement sollicitées pour des investissements sociaux communautaires, lors de catastrophes naturelles ou dans le domaine de la santé ou de l’éducation. Quand elle existe, la RSE est souvent l’apanage des grandes multinationales ou est limitée à des programmes satellites qui n’impactent pas encore suffisamment le mode de gestion des entreprises. Dresser un état des lieux précis de la RSE en Afrique demeure néanmoins aujourd’hui difficile, en partie car l’appréhension du concept est récente et que nombre d’entreprises africaines mettent en place des démarches RSE sans les formaliser comme telles. On observe depuis quelques années une progression de la RSE en Afrique. « La RSE recouvre des domaines d’actions multiples : au niveau sociétal, les relations avec les clients, les fournisseurs, la société civile ; au niveau social, la lutte contre les discriminations, les conditions de Travail, Hygiène et Sécurité, la gestion des emplois ; et au niveau environnemental, la lutte contre le changement climatique, la gestion économe des ressources, la biodiversité, la lutte contre les pollutions et les nuisances, etc.», explique Philippe Barry, Consultant spécialisé en RSE et fondateur de l’Initiative RSE Sénégal.
«Engagement volontaire d’entreprises qui se veulent plus responsables»
Dans ce contexte multidimensionnel, il s’agit en effet de repenser l’entreprise autour du concept de développement durable, d’intégrer les préoccupations E&S dans sa stratégie globale et ses opérations. Ce qui la distingue de la logique du mécénat mené de manière plus autonome. «La RSE repose principalement sur l’engagement volontaire d’entreprises qui se veulent plus responsables. Elle se développe souvent sous la pression de la société civile et des autorités publiques, mais aussi par la volonté des entreprises elles-mêmes – qui y trouvent leur intérêt. En effet, si la RSE présente un investissement de départ – études d’impact, audits, certifications, mobilisation de moyens internes humains et matériels, investissements spécifiques, etc. -, elle procure d’importants bénéfices aux entreprises : avantages concurrentiels, relations avec les parties prenantes et amélioration de la réputation, renforcement de l’implication des employés, économies liées à une meilleure utilisation des ressources (moindre consommation d’eau, d’énergie, réduction des déchets, recyclage, etc.) par exemple», précise-t-il.
Pour toutes ces raisons, la RSE convainc aujourd’hui de plus en plus d’acteurs économiques et se diffuse peu à peu sur tous les continents, et notamment en Afrique où le débat s’institutionnalise aussi dans certains pays, même s’il reste encore interne à quelques organisations. Des universitaires, des acteurs du milieu des affaires, des associations et des experts commencent en effet à se saisir du sujet. La question mobilise également de plus en plus les médias et les opinions publiques. L’implantation sur le continent des filiales des entreprises multinationales dotées au niveau de leur siège d’une politique RSE groupe, et l’explosion des moyens de communication et des médias, sont probablement des facteurs ayant contribué à ces évolutions récentes. En Afrique subsaharienne, par exemple, l’émergence du concept de RSE est essentiellement du ressort des filiales des multinationales qui y opèrent. Ces dernières désirent s’assurer que leurs activités respectent les standards internationaux et les droits des communautés locales. Ainsi elles comptent inscrire leurs actions RSE dans un contexte de promotion du développement social (santé, éducation, droits de l’homme, etc.) et être responsables en matière de lutte contre la pauvreté et de contribution au développement de leur zone d’exploitation. Résultat : un nombre croissant d’initiatives dans le domaine de la formation à la RSE voient le jour.
En Guinée, par exemple, le consortium SMB/UMS est engagé dans la mise en œuvre d’une politique RSE exigeante, tant en ce qui concerne ses fournisseurs et sous-traitants, notamment à travers des politiques d’approvisionnement local ambitieuses. Il a même reçu au cours de ces deux dernières années plusieurs satisfécits de la part de la Fédération Syndicale Autonome des Mines, Carrières et Industries Extractives et Secteurs Assimilés pour le rôle majeur joué dans le développement du secteur minier et la promotion des emplois locaux en Guinée. Il faut dire que dans sa démarche RSE, le consortium SMB/UMS accorde une place de choix à la santé et bien-être au travail mais aussi à la sécurité.
RSE et lutte contre le sous-emploi
Dans ce sillage des opérations africaines des multinationales, certains groupes panafricains s’y mettent également. C’est le cas d’Axian qui a mis l’impact positif au cœur de son business model avec l’objectif de décupler l’accès à des biens aussi essentiels que l’énergie, le financement, le numérique. «AXIAN s’est engagé dans cette voie en tant que groupe panafricain responsable, en apportant sa contribution pour répondre aux immenses défis sociaux et environnementaux du continent. Car, pour notre groupe, contribuer à l’amélioration de la vie quotidienne des populations est impératif. Ensuite parce qu’en Afrique, on parle souvent de la RSE en l’assimilant au mécénat, à la philanthropie ou encore en l’envisageant sous son aspect règlementaire qui s’impose aux différents acteurs du secteur privé», explique Fanilo Rakotovao, Impact Social Director Axian (voir interview).
Ces initiatives, encore limitées, sont néanmoins encourageantes et ouvrent des perspectives intéressantes pour relever certains défis de développement sur le continent africain. Couplées à des politiques publiques, les démarches de RSE peuvent par exemple aider à combattre le sous-emploi des jeunes diplômés en articulant mieux les dispositifs de formation professionnelle existants avec des programmes d’insertion professionnelle. «Même si peu d’entre elles l’ont formalisé, les entreprises africaines peuvent aussi contribuer à améliorer le système de protection sociale – notamment en tant qu’employeurs. En outre, la diffusion de la RSE ne pourra que renforcer la lutte contre la fragilisation de la biodiversité et des ressources naturelles (déforestation, monoculture, surexploitation halieutique, exploitation minière, etc.)», analyse Philippe Barry, fondateur de l’Initiative RSE Sénégal.
Conçue dans les pays du Nord, principalement anglo-saxons, la RSE est le fruit d’une longue maturation entre des parties prenantes qui ont su transformer leurs rapports de force en une démarche concertée. «Elle nécessite un environnement des affaires structuré dans lequel chaque acteur a atteint un niveau d’organisation et de visibilité qui lui permet de jouer son rôle de modérateur ou de régulateur – ce qui n’est que rarement le cas sur le continent. La RSE implique l’investissement d’une masse critique d’acteurs économiques capables de traduire cette démarche en actions concrètes et de provoquer un effet d’entrainement sur l’ensemble du tissu économique», martèle le fondateur de l’Initiative RSE Sénégal.
Il faut dire que l’importance du secteur informel en Afrique rend la démarche difficile à mettre en œuvre à grande échelle. La volonté des pouvoirs publics de promouvoir la RSE, d’en assurer la régulation et de faciliter les consultations entre les parties prenantes constitue un préalable important à son développement. Malheureusement, peu d’États ont adopté des cadres politiques pour la RSE adaptés et les organisations du secteur privé – quand elles existent – ont trop peu d’influence sur les pouvoirs publics pour les inciter à adopter des dispositions favorables aux entreprises vertueuses en matière RSE.
Dans de nombreux pays, le droit fiscal commun africain ne prévoit en effet aucune disposition particulière favorable à la RSE. Un des principaux défis concerne également la capacité des États africains à imposer des normes aux entreprises et à contrôler efficacement leur application, en particulier lorsque celles-ci sont implantées dans des territoires éloignés des administrations centrales. Il faut remarquer néanmoins que les États montrent un intérêt croissant pour ces questions et adaptent progressivement leurs administrations et leurs productions législatives à ces enjeux. Puisque l’un des obstacles majeurs à la diffusion de la RSE en Afrique reste la méconnaissance du concept et de ses avantages, il est important que des programmes de sensibilisation et de formation soient développés sur le sujet, pour l’ensemble des acteurs concernés. Mais plus que tout, il est indispensable d’adapter les pratiques de la RSE aux réalités socioculturelles africaines et aux caractéristiques propres à l’environnement des affaires. Les normes et standards internationaux sont en effet encore perçus par une grande majorité des dirigeants d’entreprise comme des «usines à gaz.»
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