Candidatures de dernière minute, jeux d’influences, fuite de document : à six mois d’un vote crucial, la campagne pour la direction générale de l’Unesco s’est accélérée en coulisses ces dernières semaines

Les auditions des trois candidats, l’Egyptien Khaled El-Enany, qui fait figure de favori, de la Mexicaine Gabriela Ramos et du Congolais Firmin Edouard Matoko ont marqué mercredi le début officiel de la campagne pour la succession de la Française Audrey Azoulay, à la tête de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) depuis 2017.
En réalité, elle a commencé depuis des semaines, voire plus
Premier à se déclarer dès avril 2023, M. El-Enany, ancien ministre du Tourisme et des Antiquités (2016-2022) de 54 ans, sillonne la planète depuis deux ans, engrangeant notamment les soutiens de l’Union africaine, la Ligue arabe, la France, l’Espagne, la Turquie, l’Allemagne et du Brésil.
La voie semblait toute tracée quand il s’était retrouvé seul en lice en décembre, après le désistement du Gabonais Noël Nelson Messonne qui s’est rallié à la candidature égyptienne « symbole d’une Afrique unie et déterminée à occuper une place de choix au sein des institutions. »
Le 13 mars, à deux jours de la clôture des candidatures, coup de théâtre. Deux noms émergent : Gabriela Ramos (61 ans), sous-directrice générale pour les sciences sociales et humaines de l’Unesco, et Firmin Edouard Matoko (69 ans), sous-directeur général pour la priorité Afrique et les relations extérieures de l’organisation.
Cette dernière candidature a étonné, à commencer par Khaled El-Enany qui faisait figure de porte-drapeau du continent pour devenir le deuxième Africain (après le Sénégalais Amadou Mahtar Mbow) et le premier Arabe à occuper le poste.
« Le Congo doit avoir ses raisons pour présenter cette candidature (…) Mais ce n’est pas bien pour l’Afrique. L’Afrique risque de perdre le poste », commente son entourage.

« Ce n’est pas parce qu’on arrive trois ans à l’avance qu’on peut préempter la volonté d’un autre État de présenter des candidats », rétorque Firmin Edouard Matoko, assurant à l’AFP avoir pris sa décision après avoir été « conforté par (son) pays et beaucoup de collègues ».
Mercredi, journée des auditions des trois candidats, autre rebondissement
Le site Africa Intelligence révèle une lettre adressée par le groupe des pays arabes à l’Unesco à la directrice du Conseil exécutif demandant des « clarifications » sur « des informations préoccupantes circulant au sujet d’une lettre de charges envoyée à l’un des candidats au poste de directeur général, après une enquête de la division des services de contrôle interne. »
Sans mentionner de nom, ce courrier daté du 7 avril, dont l’AFP a eu connaissance, fait référence à un signalement pour harcèlement contre Gabriela Ramos en janvier 2024, a-t-on appris de sources au sein de l’institution.
Ni le résultat de l’enquête ni le contenu de cette lettre ne sont connus. Mais la procédure n’a jusqu’à présent débouché sur aucune sanction.
« À ce jour, le gouvernement mexicain n’a été officiellement informé d’aucune allégation mettant en cause l’intégrité de sa candidate, ni d’aucune procédure interne confidentielle fondée sur des allégations présumées », a affirmé son équipe à l’AFP, jugeant « révélateur que certaines critiques surgissent en ce moment ».

« C’est la première boule puante de la campagne. Il y en aura d’autres », observe une source proche d’une délégation de l’Unesco. « Ce sont des tentatives assez courantes dans une campagne de lancer des rumeurs, des attaques. »
Les prochains mois vont voir la course aux promesses de soutien s’intensifier, dans des réunions informelles ou en marge d’événements internationaux.
En ligne de mire, le vote-clé des 58 Etats-membres du Conseil exécutif en octobre, qui désignera un candidat dont le nom sera soumis le mois suivant à la Conférence générale (194 pays) réunie à Bakou.
Dans cette course aux soutiens, Khaled El-Enany a pris de l’avance
Mais « entre les promesses (de vote) et la réalité du vote, il y a toujours un petit différentiel », prévient la source proche d’une délégation.
« Rien n’est joué jusqu’au jour de l’élection », souligne Firmin Edouard Matoko, du haut de ses 30 ans passés au sein de l’Unesco, en citant de précédentes élections de « personnalités qu’on n’attendait pas, Mme Bokova (en 2009, ndlr) et Mme Azoulay (en 2017), en dépit de candidatures annoncées longtemps à l’avance. »
Avec AFP





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