Pendant des décennies, l’accès à des soins de qualité en Côte d’Ivoire est resté largement concentré à Abidjan. Quinze ans après le lancement d’un vaste plan de modernisation, le pays redessine progressivement sa carte sanitaire, autour de centres régionaux modernisés, d’établissements de proximité réhabilités et de partenariats internationaux. Une évolution qui vise à rapprocher l’offre de soins des populations, au-delà de la seule capitale économique.

Aujourd’hui, 82 % de la population vit à moins de cinq kilomètres d’un centre de santé, contre 66 % en 2011. Sur la même période, l’espérance de vie est passée de 56,8 à 62,3 ans, et le ratio de mortalité maternelle a reculé de 614 décès pour 100 000 naissances vivantes à 153 en 2023, selon les données du ministère.
Le 30 avril 2026, le ministre ivoirien de la Santé, Pierre N’Gou Dimba, annonçait à Abidjan-Plateau un nouveau cap : 2 000 Établissements sanitaires de premier contact (ESPC) à construire et 1 000 à réhabiliter, auxquels s’ajouteront 15 hôpitaux généraux et neuf Centres hospitaliers régionaux (CHR) d’ici 2031. Cette extension programmée du maillage sanitaire traduit une ambition plus large : garantir l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire, au plus près des populations.
Des hôpitaux régionaux pour désengorger Abidjan et rééquilibrer l’accès aux soins
Conséquence directe de cette concentration des équipements à Abidjan : pour tout soin spécialisé, les patients du Nord, du Centre ou de l’Ouest devaient rallier les CHU de Treichville, Cocody ou Yopougon. Un modèle épuisant pour les familles, asphyxiant pour les hôpitaux de la capitale, et de plus en plus difficile à défendre.
L’inauguration, en avril 2025, du nouveau CHR de Bouaké marque l’une des étapes les plus visibles de la réorganisation organisée par le Président Alassane Ouattara depuis 2011. Avec un investissement de 40 milliards de francs CFA, l’établissement illustre la volonté de doter les grandes villes de l’intérieur d’infrastructures capables de prendre en charge des soins spécialisés jusque-là largement concentrés à Abidjan. Il s’inscrit dans un programme plus large de six hôpitaux dans le centre et le nord du pays, pour un montant total de 214 milliards de francs CFA, mené en partenariat avec l’opérateur britannique NMS Infrastructure. On retrouve cette dynamique à Adzopé, Aboisso, Man ou encore San Pedro, où plusieurs chantiers hospitaliers ont été engagés ou achevés.
Cette réorganisation hospitalière s’appuie aussi sur la mobilisation de partenaires publics et privés, nationaux comme internationaux, parmi lesquels NMS Infrastructure, ABD Group ou encore la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO. Au total, plus de 1 200 milliards de francs CFA ont été investis dans le programme hospitalier national depuis 2018.
Le défi du plateau technique et du personnel
La modernisation du système de santé ivoirien ne se limite pas à l’ouverture de nouveaux bâtiments, elle repose aussi sur la capacité des établissements à assurer, dans la durée, une prise en charge efficace. Dans cette logique, le gouvernement ivoirien poursuit le renforcement des plateaux techniques et des ressources humaines, pour permettre aux infrastructures construites ou réhabilitées de fonctionner à plein régime.
Pour accompagner cette transformation, la question des effectifs devient centrale. Le nombre d’admissions annuelles à l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS) est passé de 3 000 en 2021 à 20 000, dans le but de combler un ratio encore insuffisant (1,9 médecin pour 10 000 habitants) et de doter les nouveaux établissements régionaux de personnels qualifiés.
Si des défis subsistent, qu’il s’agisse de consolider la qualité des soins dans les zones les plus enclavées ou de tenir le rythme des engagements internationaux à l’horizon 2030, la trajectoire d’ensemble se dessine. Les principaux indicateurs sanitaires du pays évoluent dans le bon sens depuis plus d’une décennie, et l’écart entre Abidjan et le reste du territoire se resserre progressivement.




![Côte d’Ivoire | Santé : l’Etat accélère la modernisation de ses infrastructures pour rapprocher les soins des populations [Par Moda Assié] Aujourd’hui, 82 % de la population vit à moins de cinq kilomètres d'un centre de santé, contre 66 % en 2011. Sur la même période, l'espérance de vie est passée de 56,8 à 62,3 ans, et le ratio de mortalité maternelle a reculé de 614 décès pour 100 000 naissances vivantes à 153 en 2023, selon les données du ministère.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Nouvel-hopital-General-de-Meagui.jpg)
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