fbpx

Sénégal : Une nouvelle politique d’exploitation minière sur les rails

Pinterest LinkedIn Tumblr +
  • Porté à la tête du Sénégal, le nouveau président sénégalais, Macky Sall, géologue de formation, est en train de faire la situation générale sur l’exploitation des grands projets miniers
Ousmane Cissé, Directeur des mines du Sénégal

Ousmane Cissé, Directeur des mines du Sénégal

Porté à la tête du Sénégal en 2012, le président sénégalais, Macky Sall, géologue de formation, est en train de faire la situation générale sur l’exploitation des grands projets miniers. Après la sentence arbitrale sur l’affaire qui l’oppose à Arcelor Mittal, une nouvelle politique d’exploitation minière est en train d’être mise en branle et dans laquelle figurent en bonne place le respect du Code minier et l’impact environnemental. Quid du projet délaissé par Mittal ? Le nouveau gouvernement va-t-il le redonner aux Sud-africains de Koumba Resources, à qui la concession du fer de la Falémé avait été accordée avant qu’on ne la retire pour le N°1 mondial ? La réponse est non eu égard aux derniers développements de cette affaire. En effet, le ministre de l’Industrie et des mines, Aly Ngouille Ndiaye, n’a pas perdu de temps, pour monter au créneau et répondre le 22 octobre dernier à travers un communiqué aux allégations de l’ancien président de la république, Me Abdoulaye Wade qui a fait une sortie sur l’affaire lors du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS), un jour auparavant. « A la confusion et au brouillard politique du président Abdoulaye Wade nous opposerons la clarté brutale. En résumé dans l’Affaire Mittal, Wade a fait perdre de l’argent au Sénégal alors que le président Macky Sall lui en a fait gagner », souligne le communiqué. Selon ce document, à la veille des élections de 2007, pour des raisons qui lui sont propres, l’ancien chef de l’Etat du Sénégal avait annulé unilatéralement le contrat qui liait le Sénégal aux Sud-africains de Koumba Ressources pour donner en toute illégalité la concession à ArcelorMittal. Et de se demander : pourquoi le président Wade l’a fait ?

« Dieu seul et lui le savent. Kumba, s’estimant lésé, est parti au tribunal. Non seulement le Sénégal a dû payer des frais d’avocat assez chers mais nous avons été aussi lourdement sanctionnés à hauteur de 150 millions de dollars. Nous avons transigé jusqu’à un accord de 75 millions de dollars à payer   sur cinq ans à compter de fin juin 2012 », précise le communiqué qui souligne « qu’entre fin juin 2012 et fin septembre 2014, l’Etat du Sénégal a remboursé 46,5 millions de dollars à Kumba, soit un solde restant de 28,5 millions de dollars ». Et d’en tirer une conclusion : « Donc pour faire plaisir à ArcelorMittal, le Président Abdoulaye Wade nous fait perdre 75 millions de dollars. Qu’est ce qu’il a eu en contrepartie ? Dieu seul et le Président Wade savent parce que le Président Wade qui est un avocat international sait qu’on ne peut rompre un contrat international d’une façon aussi scandaleuse ». Quoi qu’il en soit, selon le communiqué, quand son successeur est arrivé au pouvoir, le verdict du procès qui oppose le Sénégal à ArcelorMittal au tribunal arbitral n’était pas encore prononcé. « Nous avons réussi non seulement à faire condamner ArcelorMittal, mais nous avons récupéré la Mine et négocié une compensation financière de 150 millions de dollars, soit deux fois le montant de la transaction signée sous l’ancien régime de Wade. Cette somme, virée intégralement dans le compte CARPA à Paris, permet aujourd’hui de solder par anticipation l’amende due à Kumba Ressources, de payer les avocats qui étaient engagés par Me Wade et d’investir le reste dans les projets du PSE tels que les universités de Dakar Banlieue, du Sine Saloum et l’autoroute Thiès-Touba, etc. ». Aux yeux du ministre sénégalais de l’Industrie et des mines, Aly Ngouille Ndiaye, le Sénégal gagne doublement après la double peine avec Wade. « Nous gagnons même triplement parce qu’ArcelorMittal nous a remis les études en sa possession estimée à 50 millions de dollars US ; ce qui nous permet d’avoir une meilleure connaissance de la mine pour mieux renégocier avec les repreneurs qui se bousculent au portillon », conclut-il dans le communiqué.

Il faut dire que l’Etat du Sénégal compte relancer le projet le plus rapidement possible.

Sabodala en vedette

Le Sénégal qui était connu jusqu’ici pour sa production de phosphates s’efforce depuis quelques années de diversifier son industrie minière. Autorités et privés ont commencé à développer ces dernières années l’exploitation de l’or dans le sud-est du pays, où se trouve l’essentiel des réserves. Et même si le Sénégal n’a pas vocation à devenir l’un des acteurs majeurs de la filière aurifère, trois projets prometteurs sont soit en exploitation soit en train de se mettre en place. Le Sénégal n’est entré que récemment dans la famille des producteurs d’or. La production de la mine d’or à ciel ouvert de Sabodala, située dans la région de Kédougou (sud-est), a atteint 6,1 tonnes en 2013 pour un chiffre d’affaires de 174 milliards de francs CFA contre 6,6 tonnes en 2012, selon Teranga Gold Corporation, la société exploitant ce périmètre minier. Teranga Gold Corporation qui présentait son rapport RSE évalue par ailleurs le montant de ses investissements à 34 milliards de FCFA en 2013. Environ 957 personnes – 90% de Sénégalais – sont employées par Teranga Gold Corporation qui affirme avoir injecté plus de 73 milliards de FCFA dans l’économie sénégalaise au cours de l’année 2013.  Teranga Gold Corporation exploite depuis 2009 la mine d’or à ciel ouvert de Sabodala, la seule en exploitation industrielle au Sénégal. Ce permis d’exploitation s’étend sur 246 km 2 pour un périmètre d’exploitation de plus de 1000 km2, reparti en neuf permis. Teranga Gold Corporation a acquis dans la même zone, en janvier 2014, une propriété d’Oromin Joint Venture Group, celui de Golouma. 44 tonnes confirmées (1,4million onces de réserve). A travers l’intégration du projet de Golouma par le traitement du minerai par les installations de Sabodala Gold Operations, les revenus de l’Etat, pour une exploitation combinée, vont augmenter de 85 millions de dollars US à 110 millions de dollars US ; et ce entre 2015 et 2017. Rappelons que Golouma combinera exploitation à ciel ouvert et exploitation souterraine… une première pour l’industrie aurifère sénégalaise. Mais ces premiers pas sont jugés encourageants par les autorités sénégalaises, qui attendent la mise en exploitation de nouveaux sites. Au gisement de Sabodala, devrait venir s’ajouter l’or de Massawa, découvert par la compagnie Randgold et qui présente un important potentiel aurifère de 3 millions d’onces. « C’est un gisement plus important que celui de Sabodala. Mais il est plus difficile à exploiter : une partie de l’or va demander un prétraitement très gourmand en énergie.

A ces trois grands projets s’ajoutent d’autres qui sont pour l’instant moins importants. La compagnie Bassari Resources exploite, par exemple, l’or alluvial de Douta. Le potentiel aurifère du Sénégal représente, selon les estimations, un quart de celui du Mali. L’or seul n’a du coup pas vocation à devenir un pilier de l’économie du pays. Autrement dit, la production d’or est ce qui a permis à l’industrie minière sénégalaise de sortir de l’hégémonie du phosphate. Le Sénégal mise sur un système minier diversifié dans lequel, à l’avenir, devraient également se trouver le Zircon, le titane, le fer, le cuivre, le lithium. Des permis de recherche ont déjà été accordés. C’est le cas pour le zircon (minerai duquel est tiré le zirconium) pour lequel le pays va bientôt faire son entrée dans le club très fermé des producteurs mondiaux. Ce métal est utilisé comme revêtement réfractaire et, également, en dentisterie. La mine de zircon est située à proximité de la localité de Diogo à deux heures de route au nord de la capitale du pays Dakar. Déjà, le bassin à partir duquel une barge extraira 48 millions de tonnes de sable par an dès 2013 est en train d’être réalisé. C’est l’une des plus grandes aventures minières du pays, après celles des phosphates, exploités par les Industries chimiques du Sénégal (ICS) dont le site n’est qu’à quelques kilomètres.

C’est la Grande Côte Opération (GCO) qui a l’honneur d’exploiter le troisième gisement de zircon au monde. En fait, ce privilège aurait pu revenir au groupe chimique américain Dupont. Celui-ci avait découvert les potentialités du sous-sol de Diogo dès l’aube des années 1990. Mais, faute d’assez d’intérêt mondial pour le métal, l’exploitation n’a pas suivi à l’époque. Ce n’est qu’en 2006 que l’australien Minerals Deposits Ltd (MDL) reprend pour vérification les données de son prédécesseur : après avoir investi 80 millions de dollars dans les prospections, la compagnie minière certifie non seulement de la présence du zircon, mais, aussi, de celle d’ilménite, un minerai contenant du titane. Ainsi, afin d’exploiter ce projet finalement évalué à 500 millions de dollars, somme un peu trop importante pour MDL, celui-ci fait appel au français Eramet. Les deux mettent sur pied la GCO. A son tour, cette société crée la Tizir, filiale en charge de l’exploitation du zircon, qu’elle détient à 90 %. Cette mine, dont l’exploitation a débuté cette année, devrait couvrir 7 % de la production mondiale de zircon pour des réserves estimées à 3,2 milliards de tonnes. Comme le stipule son code minier, l’Etat sénégalais va bénéficier de 10 % des revenus de la production, soit 50 millions de dollars. Cette situation va placer le Sénégal au rang de 4eme producteur mondial.

Pour les phosphates, les potentialités d’exploitation du Sénégal devront s’accroitre de 500 millions à 1 milliard de tonnes et placer le Sénégal parmi les 10 premiers producteurs mondiaux.

Dans la Falémé, les gisements de 750 millions de tonnes de minerai de fer sont à nouveau ouverts à l’exploitation suite à un arbitrage international favorable au Sénégal contre le précèdent détenteur de son permis d’exploitation.

Pays de transparence et destination sûre pour les investissements miniers, le Sénégal est maintenant membre de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives -ITIE. C’est aussi un pays qui est entrain de réviser son code minier pour être en phase avec les autres pays producteurs de la sous-région.

Aujourd’hui, d’autres projets vont suivre. C’est le cas pour l’exploitation des phosphates de Ndendory, du projet de minéraux lourds en Casamance ainsi que de l’argile industrielle. 

Partager.

Répondre