Au Sénégal, tout le monde a le regard rivé sur le 02 juin, date retenue, après un «dialogue» express, pour organiser une élection présidentielle à haut risque, même si le Président sortant, Macky Sall, n’est pas candidat et même s’il ne rate aucune occasion pour clamer haut et fort qu’il quittera le pouvoir le 02 avril prochain au terme d’un second mandat bien rempli mais, surtout, très mouvementé
«Le 2 avril, je ne serai plus le Président de la République du Sénégal. Parce que j’aurai bouclé mon mandat de cinq ans, je compte m’en arrêter là, que cela soit clair.»
Ce propos lâché par Macky Sall, le 22 février dernier, lors d’une conférence de presse pour faire passer un certain message, est un rétropédalage spectaculaire d’un Président qui a manœuvré, au cours de la dernière année de son quinquennat, pour aménager, à sa façon, une succession qu’il n’a, apparemment, jamais voulu ouverte. Conséquence fâcheuse de cette politique politicienne que le peuple sénégalais a rejetée, comme il l’avait fait en 2012 pour Wade : le processus électoral censé sortir le pays de la crise doit se faire à pas de charge, donc sous le sceau de l’improvisation.
La question de la date de son départ de la présidence, le 2 avril, réglée
Depuis cette sortie médiatique, d’aucuns considèrent qu’il s’agit d’une session de « rattrapage » pour colmater les brèches, se donner l’image d’un démocrate, qui n’a jamais voulu proroger son mandat finissant, même de quelques mois.
Pour cacher le camouflet qui a quelque peu terni son image, Macky Sall veut tout mettre sur le dos d’une gestion d’un temps électoral et d’un « dialogue » à l’issue controversée. Il faut cependant reconnaitre à Macky Sall un certain mérite, celui d’avoir tranché, finalement dans le vif, la question de la fin de son mandat indépendamment de l’organisation de la présidentielle : le 2 avril, il ne sera plus aux commandes de la République. Ce qui compte, par contre, pour celui qui a perdu cette première bataille, c’est sauver un bilan économique qu’il juge largement positif mais, surtout, ne pas se laisser ranger dans le club infamant des aspirants à un troisième mandat…ou des Présidents qui veulent assurer leurs arrières à tout prix.
Le Sénégal ébranlé mais pas abattu
Les manœuvres politiques de fin de partie qui transparaissent, clairement, dans ce « dialogue » auquel tous les protagonistes, y compris les candidats recalés par le Conseil constitutionnel et même ceux incarcérés (Sonko et Cie) ont été conviés par Macky Sall montrent que le Sénégal peut être ébranlé mais pas abattu. Il y a toujours quelque chose à dire ou à faire quand la menace se précise.
La FC 25 (le front des candidats de la présidentielle du 25 février regroupant 16 des 19 candidats qui étaient en lice pour l’élection du 25 février, devenue «impossible») a certes rejeté dans un premier temps la proposition de dialogue de Macky Sall mais il est clair qu’elle tirait sur la corde pour la faire plier mais qu’elle casse.
Le Front a surtout tenu à démontrer, avec forces arguments, que la conférence de presse de Macky Sall n’avait pas pour but de passer un certain message d’un Président qui a manœuvré, au cours de la dernière année de son quinquennat, pour aménager, à sa façon, une succession qu’il n’a, apparemment, jamais voulu ouverte mais bien une tentative de brouiller, à nouveau, les cartes. Car même si le «dialogue» ne devait porter, pour Macky Sall, que sur la (nouvelle) date de l’élection et sur l’après scrutin, avec l’évocation par le Président sortant de l’article 36 en son alinéa 2 relatif à la passation du pouvoir, il est évident que le but était de diviser l’opposition en engageant un dialogue de dupes !
Cette situation rappelle, dans la complication qu’elle génère, en dehors de la conséquence fâcheuse qu’elle engendre (une élection qui doit se faire au pas de charge, donc sous le sceau de l’improvisation), le forcing que l’ancien Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz avait tenté après le rejet de ses «amendements», en mars 2017, par le sénat. L’article 38 dont il s’est servi pour supprimer la chambre basse du parlement a la même portée «instrumentale» que le 36.2 qu’exhibe Macky Sall dans un contexte paradoxalement anormal pour écarter toutes accusations de chercher à proroger son mandat finissant, même de quelques mois.
L’opposition est ferme sur ce qu’elle considère comme une question de principe non négociable : le 2 avril, Macky Sall ne sera plus aux commandes de la République.
Longtemps considéré comme le « modèle» démocratique à suivre en Afrique, le Sénégal bégaie de temps en temps et fait craindre une dérive qui en ferait un Etat comme tant d’autres, où l’appétit du pouvoir constitue une sérieuse menace pour la démocratie. Le choix d’un dauphin est vu, de plus en plus, comme une volonté manifeste d’empêcher l’alternance. Avec les conséquences que l’on sait dans les pays où la démocratie est toujours en construction.





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