Ce ne sera pas pour ce week-end écoulé qu’on saura à quelle sauce seront « mangés » le Mali, la Guinée et le Burkina, sujets brûlants qui étaient sur la table des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ce 4 juin à Accra, au cours d’un sommet extraordinaire, qu’on aurait pu ne pas tenir puisque la montagne n’a même pas accouché.
Les trois pays dirigés par des pouvoirs kaki, conquis au bout du fusil ne sont certes pas logés à la même enseigne, même si leur « péché originel », les pronunciamientos censément salvateurs, sont les mêmes donc tous devaient être passés sous les fourches caudines des dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les chefs d’Etat ont remis l’examen de passage au mois prochain. Est-ce l’introuvable médiane entre les chefs d’Etat qui ont conduit au report du sommet au 3 juillet ? Ou une espèce de moratoire qu’on octroie aux 3 juntes pour qu’elles puissent mieux se pourvoir ?
Le blocus de la CDAO sera t-il-levé ?
Les Maliens, eux, avaient déjà même sorti les ‘’djembé’’ et les balafons samedi dernier sur les rives du Djoliba pour célébrer la levée du blocus imposé à leur pays par la CEDEAO, mais ils ont très vite rangé ces instruments après avoir appris que les chefs d’Etat ouest-africains ont décidé de ne pas aller plus vite que la musique, en s’abstenant de se prononcer sur le sort du Mali, mais aussi du Burkina et de la Guinée, à l’occasion de ce sixième sommet d’Accra. Rendez-vous a été pris pour le 3 juillet prochain, en effet, pour savoir si l’organisation sous-régionale va atténuer ou durcir les sanctions prises contre le pays des Hommes intègres et celui de Sékou Touré, et surtout si elle va lever ou alléger les mesures de rétorsion d’une rare sévérité, infligées aux putschistes de Bamako depuis le début de l’année.
Dans ce jeu de défiance réciproque auquel se livrent les autorités maliennes et la CEDEAO, les avis divergents n’ont pas permis, cette fois-ci encore, de trouver le consensus nécessaire entre les chefs d’Etat de la sous-région pour soigner la morsure économique du Mali.
L’incurie des régimes d’exception exaspère
Mais la CEDEAO n’en aura pas fini pour autant avec les régimes d’exception, puisqu’il y a, au Sud-Est du Mali, un putschiste apparemment plus fréquentable, et au Nord-Ouest du pays, un autre plus obstiné celui-là, qui sera certainement pris à la gorge par l’instance sous-régionale dès le prochain sommet, pour sa propension à n’en faire qu’à sa guise. Le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba du Burkina Faso et son frère d’armes, Mamady Doumbouya de la Guinée-Conakry, devront revoir les échéances qu’ils se sont fixées pour le retour des civils au pouvoir, s’ils ne veulent pas passer, comme Assimi Goïta, sous les fourches caudines de la CEDEAO. Le Burkinabè Sandaogo Damiba a favorablement accueilli la désignation de l’ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou, comme médiateur avec qui il prendra langue afin de trouver un délai consensuel pour l’organisation des prochains scrutins ; ce qui éviterait à Ouagadougou de lourdes sanctions. Le mastodonte guinéen, Mamady Doumbouya, par contre, a, on s’en souvient, récusé l’envoyé spécial de la CEDEAO qui devait servir d’interface entre son régime et l’organisation ouest-africaine, le diplomate ghanéen, Mohamed Ibn Chambas. Au total, on peut dire que l’épée de Damoclès reste toujours suspendue sur les bérets des trois putschistes même si, dans ces différentes parties de poker menteur, c’est le Malien Goïta et le Guinéen Doumbouya qui courent le plus gros risque en raison de leur inflexibilité réelle ou supposée.
Bronca des citoyens
Ce week-end écoulé donc, on a eu l’impression que la CEDEAO a été réceptive à moitié de la bronca des citoyens des trois pays putschistes qui crient à une organisation partisane. Si le Mali n’a pas vu ses sanctions levées, c’est une perspective qui est désormais dans les tuyaux. Et Goïta sait aussi que si la CEDEAO veut se défaire des oripeaux de la « CEDEAO des chefs d’Etat », qui lui colle à la peau, il doit aussi se montrer souple, tout en défendant son Maliba.
A Accra, ce 4 juin fut donc un sommet de non-décision par prudence, par non consensus, par attentisme de voir venir les choses d’ici un mois. Il aura accouché d’un surplace ou plutôt la montagne n’a même pas accouché, tout en laissant une porte entrebâillée pour chacune des trois Transitions avec un brin de fouet brandi et un zeste de pessimisme pour la Guinée.





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