Dans les couloirs du pouvoir à Kinshasa, peu de figures auront autant polarisé les opinions que le ministre de la Justice de la RDC Congo, M. Constant Mutamba. Jeune, ambitieux, rigoureux, parfois clivant — il incarnait à la fois l’espoir d’un renouveau et la peur d’un pouvoir sans compromis. Mais aujourd’hui, son nom ne fait plus vibrer les foules ; il résonne dans les salles d’audience où se prépare son procès pour détournement présumé de fonds publics.
Entre rigueur et crainte
Pour ses partisans, Mutamba représentait un vent de fraîcheur dans un secteur judiciaire trop longtemps gangrené par la corruption. Sa rigueur, son franc-parler et ses dénonciations publiques dérangeaient. «Il faisait peur aux magistrats et procureurs corrompus,» affirment certains. Il osait toucher à l’intouchable, secouer les bastions de l’impunité, et appelait à une justice au service du peuple.
Une étoile montante
Sa popularité fulgurante sur les réseaux sociaux et dans certaines couches de la jeunesse congolaise faisait de lui un potentiel candidat présidentiel. Certains analystes politiques voyaient déjà en lui un sérieux prétendant pour les prochaines élections. Il se distinguait dans le gouvernement par une présence constante sur le terrain, des prises de position fortes, et une capacité à s’adresser directement au peuple.
Mais la loi est la loi
Toute cette image ne change rien au fond du dossier. Ce que la justice lui reproche est grave : détournement présumé de fonds publics dans l’exécution d’un marché de gré à gré pour la construction de prisons à Kisangani. Ce n’est pas une simple affaire politique. C’est une question de principes, de gestion des ressources publiques, de responsabilité ministérielle.
Et c’est là que la ligne devient claire : la popularité ne confère pas l’immunité. La rigueur affichée en parole doit être accompagnée d’exemplarité dans les actes. La bonne image publique ne peut pas effacer les soupçons financiers ni stopper le cours d’une instruction judiciaire.
Le parfum du soupçon
Bientôt, les Congolais suivront en direct le procès de M. Constant Mutamba, comme ce fut le cas pour l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo. L’histoire semble se répéter, avec ses scènes tragiques et ses leçons trop souvent oubliées. Ironie cruelle : celui qui flairait chez les autres « l’odeur du détournement» se retrouve aujourd’hui accusé d’en être lui-même imprégné. Il porte désormais ce parfum entêtant, celui des fonds publics volatilisés, celui de la trahison du devoir d’exemplarité.
Une responsabilité politique incontournable
L’autorisation des poursuites judiciaires contre M. Constant Mutamba par l’Assemblée nationale n’est pas un acte anodin. Dans tout État de droit digne de ce nom, une telle décision devrait automatiquement pousser le ministre concerné à se retirer du gouvernement, ne serait-ce que par respect pour l’institution qu’il dirige et pour préserver la crédibilité de la justice congolaise. Continuer à occuper le fauteuil de la justice alors que l’on est soi-même justiciable pose un grave problème éthique et symbolique. La démission serait ici un acte de dignité, mais aussi un signal fort envoyé à la jeunesse congolaise : on ne peut pas exiger la rigueur des autres sans se l’imposer à soi-même.
Seul face à son destin
Aujourd’hui, M. Constant Mutamba est seul. Isolé. Abandonné par certains de ses collègues du gouvernement. L’Assemblée nationale, sans grande résistance, a autorisé les poursuites judiciaires. Ses soutiens d’hier observent en silence. Ses opposants jubilent. La justice, qu’il a si souvent invoquée, s’apprête à le juger.
Et l’ironie du destin pourrait vouloir que celui qui dirigeait la justice congolaise se retrouve dans une cellule de la prison de Makala, aux côtés de ceux qu’il dénonçait comme ennemis de l’ordre public.
Une leçon nationale
L’affaire Mutamba est un miroir tendu à la classe politique congolaise. Elle rappelle que nul n’est au-dessus des lois. Que l’intégrité ne se proclame pas, elle se démontre. Que la jeunesse ne suffit pas, il faut aussi la sagesse. Et que dans un État de droit, toute accusation mérite examen, indépendamment du prestige ou du charisme de la personne concernée.
Le peuple congolais attend la vérité. Et cette vérité ne se trouvera ni dans les émotions, ni dans les slogans, mais dans les faits et la transparence du procès à venir.
À propos de l’auteur :
*Willy Lukanga est entrepreneur et analyste politique. Fondateur de Easy Cargo Freight International, il s’exprime régulièrement sur les questions de gouvernance, de justice, de leadership et de diaspora africaine.
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