«Muganga – Celui qui soigne», film franco-belge, signé par Marie-Hélène Roux, sorti dans les salles obscures depuis quelques jours revient sur le parcours du Docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018. Porté par un brillant Isaac de Bankolé (mais aussi par Vincent Macaigne, Manon Bresh ou encore l’humoriste Kody), il a toute sa place dans les grands combats de la famille francophone pour le respect des droits humains fondamentaux
«Muganga – Celui qui soigne,» un de ces films que vous n’oublierez jamais…
Ce film revient sur le parcours du médecin congolais Denis Mukwege. C’est une véritable œuvre cinématographique et humaine. Un pan de vie et de l’action du futur Prix Nobel de la Paix 2018, nous est dévoilé. Bien plus qu’un simple «biopic», il s’agit là d’un cri d’alarme lancé à l’ensemble de l’Humanité.

«Muganga, celui qui soigne,» est un de ses films qui vous «prend littéralement aux tripes.» Dès les premiers instants, nous sommes projetés dans la réalité des violences faites aux femmes. Les premières scènes nous amènent à nous identifier, par un artifice cinématographique, au-delà des continents, au-delà des différences ethniques aux femmes et aux familles congolaises suppliciées.
Rien n’est plus violent que «le lointain et ces ignominies qui viennent vous frapper dans un quotidien d’occidental apaisé.»
Le film est l’occasion de nous amener dans le quotidien de la vie d’un centre de santé, en République Démocratique du Congo à Panzi, celui dirigé par le Docteur Denis Mukwege.
Au-delà des souffrances physiques et psychologiques dues aux mutilations, ô combien immenses, de nombreux sujets sont évoqués en un peu moins de deux heures : la condition des femmes, les lourdeurs sociétales face au drame du viol, le sujet de l’avortement, la médecine d’urgence et de guerre, l’insécurité permanente, les excès des forces dites de sécurité et les réalités de la géopolitique et de l’exploitation des terres rares qui font de chacun de nous des complices taiseux de ces crimes contre l’humanité.
Toutefois, tout au long de cette fresque, jamais ni l’espoir, ni l’espérance ne semblent inaccessibles. L’action du Docteur Denis Mukwege, semble proche d’un «cheminement en sainteté» qui, comme toujours, s’accompagne de la collaboration de belles âmes à l’image de Guy–Bernard Cadière, professeur de chirurgie à l’Université Libre de Bruxelles, de son équipe et tous les soignants du corps comme de l’âme présents sur le site…
Isaac de Bankolé au sommet de son art

S’il fut à lui seul, un des pionniers en qualité d’acteur originaire de l’Afrique francophone dans le cinéma français des années 80 et même si sa filmographie est impressionnante – un œil affûté le reconnaît aisément dans la superproduction américaine Black Panther-, Isaac de Bankolé est resté dans l’imaginaire de beaucoup comme l’acteur qui porta le film Black Mic-mac aux côtés de Jacques Villeret. Un film, qui aujourd’hui diraient certains a «très mal vieilli» et qui choquerait indéniablement la jeune génération. Ce long métrage illustre d’une certaine façon la perception des personnes de couleur noire dans les années 80 en France.
En revanche, l’acteur Ivoiro-Béninois n’a pas raté son rendez-vous avec l’histoire. La grande Histoire du cinéma. Ce rôle nous rappelle son talent artistique hors du commun.
C’est une véritable noblesse qui émane du comédien, empreinte à la fois d’élégance et de prestance. Son port altier et fier constant durant le film transmet clairement au personnage du Docteur Denis Mukwege un charisme hors norme.
Alternant compassion et force de caractère, «Muganga» représente un îlot de stabilité dans un univers de souffrance au sein duquel des êtres maléfiques se révèlent «atrocement inventifs en matière de mutilation génitales.»
Une prise de conscience de la famille francophone

Les diasporas francophones semblent prendre peu à peu conscience des réalités de certains territoires du continent noir, terrains de jeux de barbares qui y sévissent sans foi ni loi. Les acteurs comme Kody, discret mais touchant dans «Muganga» ou Thomas Ngijol excellent dans «Indomptables» montrent par leur engagement qu’ils en ont pris la mesure et qu’ils entendent dénoncer ces comportements et actes commis par des Africains qui avilissent des Africains.
Dans cette optique, ce film est certainement une des pépites du cinéma francophone actuel et mériterait d’être distribué de façon élargie à de nombreux pays francophones ou autres. Souvenons-nous que les souffrances des femmes ne peuvent être malheureusement circonscrites à un territoire ou un peuple spécifique.
La dimension géopolitique de ce drame, elle, notamment dûe à l’exploitation intensive et sauvage de mines de coltan et de terres rares en général, doit être mise en lumière. La société civile francophone a indéniablement un rôle à y jouer.
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