La « sapologie », mouvement relatif à l’élégance vestimentaire et à une forme de dandysme est un des marqueurs culturels populaires de l’Afrique noire francophone. Vraisemblablement née sur l’une des deux rives du fleuve Congo, à Kinshasa, ou à Brazzaville, elle irrigue, les capitales africaines, tout en ayant, comme point de relais, la capitale de la mode, Paris. La preuve qu’une spécificité culturelle en Francophonie peut relier les peuples d’Afrique et du monde, sans pour autant être marquée de l’«imprimatur » de la France et des Français. À l’occasion des événements qui accompagneront le Sommet de la Francophonie en 2024 dans l’Hexagone, il serait judicieux que les autorités françaises en profitent pour mettre en exergue cet élément de l’identité francophone que certains n’hésitent pas à qualifier de «bien immatériel de l’humanité.»

Deux jeunes influenceurs ont placé sous les feux des projecteurs, les sapeurs ; c’est-à-dire, les adeptes de la « sapologie » et leur Art. Le vidéaste, Loris Giuliano, nous propose une immersion dans le monde des « sapeurs » parisiens tandis que l’humoriste Mukanga, nous dépeint le phénomène dans une série de sketchs au ton décalé et bienveillant.
La « sapologie », un art de vivre fraternel
L’acronyme SAPE désigne la Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes et, par extension, linguistique la «sapologie» comme une mode vestimentaire qui a conquis, il y a plusieurs décennies déjà l’Afrique francophone avec des ambassadeurs comme l’emblématique Djo Balard ou la star de la musique feu Papa Wemba.
Les discussions sur les origines de ce mouvement culturel d’ampleur sont houleuses et passionnées, et remettent régulièrement en cause les avis des spécialistes. Il existe par conséquent de multiples versions. Pour certains, cette mode aurait été créée par la diaspora africaine en France, pour d’autres elle aurait été une réaction à la «zaïrisation» des vêtements imposée sous le régime du Maréchal Mobutu de l’ex-Zaïre, prônant une forme de retour aux cultures et traditions précoloniales.
Dans tous les cas, la pratique de la «sapologie» requiert une personnalité affirmée et une forte estime de soi dans un monde souvent matériellement difficile et mouvementé. La «sapologie» implique également une philosophie de vie s’accompagnant d’une verve permanente. Le sapeur se veut être orateur brillant, amateur de joutes verbales, doué d’un sens de la formule aiguisé et imaginatif.
Les « Congos » triomphants
Si plusieurs capitales africaines à l’exemple d’Abidjan revendiquent par moments, la création de la «sapologie», la paternité de cette dernière est certainement à rechercher du côté des rives du fleuve Congo notamment des deux capitales congolaises Brazzaville d’une part, et Kinshasa, d’autre part.
Brazzaville, mythique capitale de la France Libre est devenue le centre névralgique politique du Congo, ancienne colonie française.
Kinshasa, est l’immense capitale de la République démocratique du Congo, RDC, renommée un temps Zaïre par Mobutu Sese Seko. Un pays autrefois sous le joug de la couronne belge qui est aujourd’hui le pays le plus peuplé de la Francophonie. Le pays a d’ailleurs accueilli les derniers «Jeux de la Francophonie» avec une fierté non dissimulée et une réelle réussite en matière d’organisation selon les dires de nombreux observateurs.
Si la RDC a connu une alternance démocratique ces dernières années, en revanche le Congo Brazzaville est dirigé depuis 1997 par le Président Denis Sassou Nguesso. Ces deux pays, situés au cœur de l’Afrique, ont en commun de regorger de matières premières de la plus haute importance pour l’économie mondiale, hydrocarbures ou minerais divers, aiguisant l’appétit prédateur de nombreuses puissances et multinationales étrangères. Malheureusement, les retombées financières de ces mannes naturelles et leur utilisation par les gouvernants successifs, ne semblent pas être à la hauteur des besoins des populations.
Toutefois, riches d’une résilience exemplaire, leurs deux peuples respectifs brillent sur la scène culturelle notamment musicale depuis des décennies : rumba, soukous ou autre style de musique… Une tradition qui se renforce au travers de la percée de nombreux artistes aux origines congolaises dans l’espace francophone notamment dans le rap par exemple. On notera que le rappeur Gims, anciennement «Maitre Gims», natif de Kinshasa, a fait rentrer dans le patrimoine populaire francophone l’expression «sapés comme jamais.» Il est certain que la «sapologie» n’est qu’un avatar des nombreux apports des deux nations congolaises aux cultures africaine, francophone et aujourd’hui mondiale.
L’expression d’une des multiples facettes de la Francophonie
Il est important de prendre conscience que la Francophonie ne se réduit pas à la simple pratique d’une langue, aussi riche soit-elle. Littérature, histoire, cinéma, médias, musique, sport et modes vestimentaires constituent un espace de vie virtuel partagé. La Francophonie est aussi et surtout une histoire de relations interpersonnelles. Les déplacements de populations et leur brassage renforcent également cette réalité francophone. La «sapologie» un des champs d’expression de la réalité francophone dans lequel la ville lumière continue de jouer un rôle pivot en tant que carrefour des diasporas francophones et de son statut de haut lieu de la mode. C’est à Paris, que l’on retrouve aujourd’hui de nombreux couturiers et lieux emblématiques de la «sapologie.» Des noms s’imposent médiatiquement comme Jocelyn Armel alias le Bachelor au Métro Château Rouge. La «Ville lumière» n’a donc pas dit son dernier mot et se défend encore aujourd’hui face aux grandes capitales de la mode : Londres, Berlin, New York, Rome, Milan ou du côté de l’Asie Tokyo, et dernièrement Séoul. Certes, il s’agit d’une niche en terme de marché mais à forte valeur ajoutée symbolique qu’il convient de valoriser et de renforcer.
Alain Mabanckou le magnifique : faire rimer littérature et «sapologie»
Né au Congo, Alain Mabanckou a passé son enfance à Pointe-Noire. Il travaille une dizaine d’années dans le groupe Suez-Lyonnaise des Eaux, et se consacre davantage à l’écriture au fil du temps. Il se révèle au grand public notamment avec Mémoires de porc-épic, prix Renaudot en 2006. Aujourd’hui professeur à l’Université de Californie à Los Angeles, il contribue par ses publications personnelles sur les réseaux sociaux, de façon peut-être involontaire, à mettre en valeur la «sapologie» rappelant ainsi que loin des clichés et des caricatures, elle est une affaire d’intellectuels, révélatrices d’une certaine finesse d’esprit.




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