Tant qu’un seul village brûle, aucun pays ne peut dormir en paix, dixit un proverbe africain. Et pourtant plusieurs villages de notre sous-région sont en feu. Il est connu de tous désormais que dans l’immensité de notre Afrique Occidentale, une blessure brûle. Elle s’appelle terrorisme. Elle ronge les frontières, elle fait taire les écoles, elle déchire les familles, elle menace les rêves de toute une génération, elle musèle certaines populations et déciment nos braves soldats. Concomitamment, les visions divergentes de nos dirigeants éclairés aboutissent à l’isolement des uns, le regroupement en petites unités des autres

Le terrorisme, phénomène au visage lugubre qui s’est installé sur nos terres depuis plus d’une décennie n’épargne plus un Etat dans ses œuvres obscures. Mais cette nuit de feu et de confusion doit être contrée par tous les moyens. Des moyens mis en avant, l’un doit changer de stratégie et redoubler d’ingéniosité car la lumière d’une Afrique occidentale sécurisée, sereine et prospère est encore possible. Ce moyen, c’est celui de la diplomatie ouest-africaine.
Dans le contexte de l’engagement diplomatique contre ce fléau, la diplomatie peut être vue comme l’art de la négociation et de la gestion des relations internationales par des moyens pacifiques visant à prévenir, résoudre ou atténuer les conflits, y compris les menaces transnationales comme le terrorisme par la coopération, la coordination et la construction d’alliance.
La guerre contre le terrorisme ne sera pas gagnée à coups de balles que nous ne fabriquons, ni ne vendons. L’approche pour éradiquer ce mal doit être multidimensionnelle qui inclut une diplomatie africaine engagée, unifiée, lucide et courageuse qui ouvre des brèches pour des coalitions intelligentes, des alliances populaires, et une volonté inébranlable de bâtir une société d’hommes et de femmes résilients et souverains ainsi que de construire la paix par nous-mêmes et pour nous-mêmes.
La diplomatie comme outil de sécurité collective
Dans cette sous-région aux frontières poreuses, où les conflits se nourrissent de frustrations historiques, sociales et économiques, la diplomatie ne peut plus rester cantonnée aux salons des capitales. Elle doit descendre sur le terrain, s’adapter, se réinventer. Elle doit devenir une diplomatie de proximité, enracinée dans les réalités locales, multicouche, multisectorielle.
Nous avons besoin de coalitions diplomatiques tout au moins aussi fortes et coordonnées que nos coalitions militaires. Une coalition diplomatique capable d’unir nos dirigeants autour de l’essentiel pour nos sociétés humaines malgré les divergences. Une task force diplomatique régionale devrait voir le jour, composée d’anciens chefs d’État, d’acteurs communautaires, de négociateurs, de leaders religieux et culturels. Cette force serait dédiée à l’écoute, à la médiation, et à la désescalade dans les zones les plus touchées. Elle doit travailler en parfaite intelligence avec les coalitions militaires existantes et ouvrir trois fronts de négociations : l’unité des dirigeants en exercice dans les pays de la sous-régions autour de la lutte africaine contre le terrorisme, l’alliance contre toutes formes de soutiens aux organisations terroristes et la coordination de la bataille idéologique.
L’unité au nom de la sécurité collective
Cette coalition doit combler le vide de concertation participative sur les urgences sécuritaires collectives. La CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES) arriveraient dans une telle logique à aller au-delà des divergences actuelles à mettre en place un organe du genre un Conseil régional de sécurité doté d’un Secrétariat technique indépendant. Ce Conseil permettrait des réactions coordonnées, rapides, au lieu de réponses isolées et tardives et d’entrevoir des actions collectives coordonnées pour contrer le développement du terrorisme sous nos tropiques. Il serait le garant de la solidarité régionale, dans une logique de sécurité collective.
Mais cette diplomatie ne peut réussir sans les voix morales de l’Afrique : les chefs traditionnels, les imams, les prêtres, les griots. Ce sont eux qui, dans les villages, détiennent l’autorité et la confiance. Ce sont eux qui peuvent faire reculer les discours extrémistes, restaurer le dialogue entre communautés, et redonner une légitimité aux efforts de paix. La sécurité, aujourd’hui, ne peut plus être pensée sans démocratie. Et la démocratie ne peut se préserver sans diplomatie. Une diplomatie active, stratégique, enracinée, panafricaine. Si les peuples ne sont pas placés au cœur de la réponse diplomatique, ils continueront à se sentir oubliés, trahis, voire à sympathiser avec les groupes armés qui leur offrent au moins une forme de présence.
L’alliance stratégique contre tous soutiens au terrorisme
Les groupes terroristes prospèrent dans notre aire géographique grâce aux relais, soutiens et complicités parfois insoupçonnés qu’ils ont aussi bien dans la sous-région, la région et hors des frontières africaines. Continuer à répondre en ordre dispersé, notamment sur le plan international serait un luxe. Si les États ne s’unissent pas maintenant pour adresser le mal au plan international en ordre intelligent, ils seront désintégrés un à un, lentement mais sûrement.
La task force diplomatique aura donc pour mission d’engager des pourparlers avec toute entité dont quelque faille consciente ou inconsciente porte soutien direct ou indirect aux groupes terroristes agissant sur nos terres. Elle pourrait aussi avoir pour mission de fournir régulièrement des éléments de langages bien documentés aux missions diplomatiques des pays ouest-africains pour un relais sans répit à travers le monde aussi bien auprès des Etats individuellement pris mais aussi auprès des organisations internationales. Tous les terrains doivent être investis : politique, juridique, économique, etc.
La coordination de la bataille idéologique
Le combat contre le terrorisme est aussi une bataille idéologique. Les groupes armés manipulent les réseaux sociaux, utilisent les frustrations de la jeunesse, et diffusent des récits de haine et de rupture. La task force diplomatique doit proposer une réplique en mobilisant la jeunesse ouest-africaine. Une brigade numérique panafricaine par exemple, composée de jeunes communicants, artistes, vidéastes et influenceurs, pourrait produire des contre-discours puissants, valorisant la paix, l’unité et l’espoir.
Ce combat pour la paix ne sera gagné ni à Paris, ni à Washington, ni même à Abuja encore moins en rang dispersé. Il sera gagné à Dori, à Mopti, à Diffa, à Kandi et j’en oublie. Il sera gagné par nous Africains, unis par la volonté farouche de choisir la vie, là où d’autres veulent imposer la peur et la mort. Car au-delà du terrorisme fanatique qui instrumentalise une religion, il y en a bien un autre plus lancinent et perfide qui étend ses tentacules sur nos pays, c’est celui de la technologie et de ses valets.
Biopress
Sèmako Virgile Roland Adda est béninois, titulaire d’une licence en Diplomatie et Relations internationales de l’Ecole nationale d’Administration du Bénin, d’un master en Sciences politiques et Relations internationales ainsi que d’un master en Droit de l’Environnement et du Développement durable à l’Université de Nantes.
Fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères de son pays, il a occupé diverses fonctions à Cotonou comme à des postes diplomatiques du Bénin.




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