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Accord de pêche Mauritanie-Chine : L’ONG Sherpa revient à la charge

Alors que la dernière visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz à Nouadhibou vient confirmer que l’exploitation des ressources halieutiques représente un enjeu stratégique pour l’économie mauritanienne, des voix s’élèvent en Europe pour dénoncer les accords de pêche que le gouvernement de Nouakchott a conclu avec l’Union européenne et la société chinoise Poly Hondone.

Visite du président mauritanien dans l'usine chinoise de poissons de Poly- Hondone à Nouadhibou

Visite du président mauritanien dans l’usine chinoise de poissons de Poly-Hondone à Nouadhibou

La Mauritanie croit pourtant avoir accompli l’essentiel pour rationaliser la gestion d’un secteur présenté comme le principal pourvoyeur de devises après les mines, avec 10% du PIB du pays, entre 35% et 50% des exportations et près de 36% des emplois. Sans compter l’adoption d’une « Stratégie de gestion du secteur des pêches et de l’aquaculture 2008-2012 » destinée à « assurer l’optimisation des bénéfices socio-économiques tirés du secteur, en termes de recettes budgétaires, de revenus des opérateurs privés, d’emplois, de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté ». Mais dans la pratique, les accords s’éloignent «très sensiblement » de cette stratégie.

En effet, les termes de la convention entre la Mauritanie et la société chinoise Poly-Hondone Pelagic FisherY Co., dépendant du groupe Poly Technologies, en constituent un exemple particulièrement criant souligne Sherpa dans un récent rapport.
Signé le 7 juin 2010, ce contrat prévoit que, moyennant un simple investissement de 100 millions USD en nature via la construction et l’exploitation d’une usine de transformation de poissons à Nouadhibou, la société chinoise bénéficie d’un droit de pêche sur une durée de 25 ans dans des conditions fiscales et commerciales extrêmement avantageuses.
Aucune obligation en termes de développement économique et social n’est envisagée si ce n’est la création de 2 463 emplois destinés prioritairement au personnel mauritanien qualifié. Un engagement bien négligeable – et non tenu à aujourd’hui – au regard des importantes pertes d’emploi chez les pêcheurs traditionnels : environ 13 000 emplois sont déjà concernés à ce jour.
Les organisations Sherpa et Sea Sheperd, qui déterrent à nouveau ce dossier qui a suscité de vifs débats au parlement mauritanien lors de sa présentation par le gouvernement le 6 juin 2011, s’étonnent qu’aucune restriction aux modalités de pêche ne soit prévue par cette convention. Cette surexploitation des ressources halieutiques a pour conséquence des atteintes irréversibles à l’environnement et à l’écosystème, caractérisant de facto un véritable «préjudice écologique ».

Les termes de la convention avec la société chinoise sont d’autant plus surprenants qu’ils s’écartent largement de ceux du nouveau protocole d’accord de partenariat sur la pêche (APP), d’une durée de deux ans, approuvé par le Conseil de l’Union européenne le 15 novembre 2013. La seule comparaison coût-durée des accords est éloquente : 4 millions USD d’investissement de la société chinoise par an sur 25 ans (et ce dans sa propre usine), contre 70 millions d’euros par an sur deux ans pour l’APP avec l’UE. A qui cette différence de traitement profite-t-elle ? Une question qui restera probablement sans réponse tant que la société chinoise continuera à bénéficier de l’appui, en très haut lieu, des autorités de Nouakchott.
L’appel lancé par ces ONGs à l’UE, promoteur des « mesures destinées à garantir la prospérité et le caractère durable du secteur » de la pêche, aurait dû par conséquent à la fois dénoncer l’exploitation illicite des ressources halieutiques par des sociétés étrangères en accord avec la Mauritanie, et veiller à assurer, conformément à ses engagements, notamment dans le cadre des prochaines aides accordées pour garantir l’intérêt des Mauritaniens.

Sherpa et Sea Sheperd en arrivent à demander au gouvernement mauritanien « à dénoncer la convention de pêche conclue avec la société Poly-Hondone Pelagic FisherY Co » et à l’Union européenne de « prendre très rapidement toutes les dispositions nécessaires pour s’assurer que l’argent public européen ne soit utilisé à des fins contraires aux principes qui gouvernent son action en faveur des pays en développement ».
Mais du côté de la société chinoise le son de cloche est différent. Lors de la dernière visite du président Mohamed Ould Abdel Aziz à Nouadhibou, elle a tenu à souligner que toutes les réalisations ont été achevées en 24 mois alors que le projet devrait se faire sur 6 ans conformément à la convention. Et la visite des lieux par le Raïs (l’usine, avec ses diverses salles de traitement) semble avoir convaincu que le programme d’investissement initialement prévu a été rigoureusement suivi.

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