Le gouvernement camerounais veut accélérer la transformation numérique de son administration territoriale. À travers le programme DIGI-CoR, porté par le ministère de la Décentralisation et du Développement local, Yaoundé ambitionne de mobiliser 92 milliards de FCFA afin de moderniser les collectivités locales, renforcer la transparence financière et améliorer les services publics. Un chantier stratégique aux retombées économiques et sociales majeures.
Le Cameroun entend franchir un nouveau cap dans la modernisation de son administration locale. Réuni début juin à Yaoundé avec plusieurs partenaires techniques et financiers, dont le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’ambassade d’Allemagne, le ministère de la Décentralisation et du Développement local (MINDDEVEL) a présenté le programme DIGI-CoR (Digitalisation des Collectivités et Résilience).
L’initiative vise à mobiliser un financement de 92 milliards de FCFA, soit près de 140,25 millions d’euros, pour accélérer la transformation numérique des collectivités territoriales décentralisées (CTD). L’objectif affiché est clair : améliorer la gouvernance locale, moderniser les services publics et optimiser la collecte des recettes fiscales grâce aux technologies numériques.
Quatre piliers pour transformer l’administration locale
Le programme s’articule autour de quatre axes stratégiques.
Le premier concerne le développement des infrastructures numériques. Il prévoit notamment le déploiement de réseaux informatiques dans les communes les moins équipées ainsi que l’amélioration de la connectivité dans les zones enclavées, où l’accès aux services numériques reste limité.
Le deuxième pilier repose sur l’interopérabilité des systèmes. Les autorités souhaitent mettre en place des plateformes capables de connecter les différents outils numériques déjà utilisés par les collectivités. Cette interconnexion doit permettre de fluidifier les échanges de données et de renforcer l’efficacité administrative.
La mutualisation des ressources constitue le troisième volet du projet. Hébergement des données, cybersécurité et gestion des services numériques seront centralisés afin de réduire les coûts de fonctionnement et d’investissement des collectivités.
Enfin, le quatrième pilier est consacré au développement du capital humain. Il prévoit la formation des agents publics aux nouveaux outils numériques ainsi que la mise en place d’un cadre réglementaire adapté aux usages digitaux.
Une digitalisation encore freinée par de fortes disparités
Cette nouvelle offensive numérique intervient alors que le processus de décentralisation poursuit son évolution au Cameroun. Malgré plusieurs avancées enregistrées ces dernières années, la transformation digitale des collectivités demeure inachevée.
Les autorités soulignent que 335 portails communaux ont déjà été développés et que 145 collectivités ont bénéficié d’équipements numériques grâce au Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM). Toutefois, ces initiatives restent largement dispersées et insuffisamment connectées entre elles.
Les données présentées lors des réunions de pilotage mettent en lumière l’ampleur des défis à relever. Près de 68,5 % des collectivités territoriales décentralisées ne disposent toujours pas de réseaux informatiques structurés. Plus de la moitié d’entre elles, soit 57,8 %, ne comptent aucun personnel spécifiquement formé aux technologies numériques.
Ces lacunes limitent considérablement la capacité des administrations locales à fournir des services modernes, rapides et efficaces aux citoyens.
La fiscalité locale au cœur des enjeux
Au-delà de la modernisation administrative, le gouvernement voit dans la digitalisation un puissant levier d’amélioration des finances locales.
Selon les projections de la Direction générale des impôts, la fiscalité locale pourrait générer près de 600 milliards de FCFA de recettes en 2026, soit environ 914,7 millions d’euros. Cependant, l’absence de systèmes fiables de suivi, de traçabilité et de transparence continue de freiner la mobilisation effective de ces ressources.
La numérisation des procédures apparaît ainsi comme un outil stratégique pour sécuriser les recettes, améliorer leur suivi et réduire les pertes liées aux dysfonctionnements administratifs.
Transparence, emplois et confiance citoyenne
Les ambitions de DIGI-CoR dépassent largement le cadre technologique. Les autorités espèrent également renforcer la gouvernance locale en réduisant les risques de corruption, en améliorant le contrôle des finances publiques et en consolidant la confiance des citoyens envers leurs institutions.
L’impact économique attendu est tout aussi important. Le programme prévoit la création de 9 200 emplois, une perspective particulièrement significative dans un contexte marqué par une forte pression sur le marché du travail et les attentes croissantes de la jeunesse.
Si les financements recherchés sont mobilisés et les objectifs atteints, DIGI-CoR pourrait marquer un tournant majeur dans la modernisation de l’administration locale camerounaise, en posant les bases d’une gouvernance plus efficace, plus transparente et davantage connectée aux besoins des populations.





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