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Afrique : l’eau, une ressource stratégique à économiser et à sécuriser  

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L’initiative «Trait d’Union» lancée par le Groupe OCP, leader mondial dans la production et l’exportation des phosphates, a organisé, ce jeudi 19 mai 2022, un webinaire dont les quatre panélistes ont tenté, sur près d’une heure, d’exposer et d’analyser les différents aspects liés à la question cruciale de la gestion de l’eau à travers «un modèle agricole» préservant cette précieuse ressource.

Les invités de choix de ce webinaire ont procédé à une mise en relief – une mise en relation – d’une problématique hydrique qui se pose avec insistance tout aussi bien en Europe qu’en Afrique, dans ses deux aspects eau et assainissement, reconnus comme droits par l’Onu mais non assurés dans certains Etats.

Abdoulaye Sène

Abdoulaye Sène, Secrétaire exécutif du Forum mondial de l’eau

Premier intervenant, Abdoulaye Sène, Secrétaire exécutif du Forum mondial de l’eau, a planté le décor en rappelant les enjeux posés lors du 9ème Forum de l’eau de Dakar (le forum des réponses, dira-t-il) qui avait suggéré la mise en place d’un groupe dur sur la sécurité de l’eau. Appelé «Panel international de haut niveau sur l’eau, ce groupe prône la mobilisation de 30 milliards de dollars par an pour aller dans le sens des recommandations des experts qui voient en l’eau une ressource stratégique qu’il faut sécuriser et économiser. Rappelant certaines «bataille de l’eau», comme celle qui a failli tourner à la confrontation directe entre l’Ethiopie et l’Egypte, opposée à la construction du «Barrage de la Renaissance», puis à son remplissage, sans entente entre ces deux pays et le Soudan, il dira que l’enjeu géopolitique de l’eau est important là où la ressource est rare ou partagée mais qu’il faut que la coopération entre Etats transcende les conflits pour une bonne gestion de cette ressource.

Cette coopération se pose également comme nécessité, quand on sort du cadre strict de l’Afrique pour envisager son rapport à l’Europe sur une question à enjeu planétaire. Elle tient compte cependant de situations entre l’Europe et l’Afrique, et au sein de l’Afrique elle-même mais avec une approche commune privilégiant d’agir sur la demande (les usages multiples de l’eau) en procédant à un ordre des priorités.

André Bernard

André Bernard, Président de la Chambre régionale d’agriculture de Province Alpes Côte d’Azur, Président de l’AIRMF et vice-président des Chambres d’agriculture de France (APCA

Ainsi, la bonne gestion du cycle de l’eau invite à éviter les gaspillages et à peser le pour et le contre, même quand il s’agit de mettre les progrès techniques au cœur des stratégies agricoles.  

Participation, coopération, solidarité

Les principales problématiques, au vu de la situation sur les deux continents, reposent la question des usages de l’eau. Pourtant, André Bernard, Président de la Chambre régionale d’agriculture de Province Alpes Côte d’Azur, Président de l’AIRMF et vice-président des Chambres d’agriculture de France (APCA), voit le problème autrement quand il dit que «dans un morceau de pain sec, il y a de l’eau», autrement, ce qui compte c’est la finalité de l’usage, sa rationalité. Sa prépondérance sur des investissements qui ne relèvent pas souvent de la nécessité ou même des questions de survie, notamment en Europe.

Fatima Ezzahra Mengoub, Senior Economist au Policy Center for the New South (PCNS), souligne la nécessité de recourir aux nouvelles technologies dans les régions où l’eau manque (Afrique du Nord, Sahel…), contrairement aux régions (Afrique centrale) où la ressource est abondante. Mais, précise-t-elle, il faut tenir compte des contextes et ne pas oublier que les pratiques traditionnelles ne sont pas à négliger pour autant.

Partant de ce principe, la ville doit davantage participer à l’économie de l’eau (importance de l’économie circulaire : ré-usage des eaux usées pour des besoins agricoles, notamment maraichers). Une solidarité entre la cité et le monde rural qui, en termes de développement durable, traduit la question essentielle des politiques publiques de l’eau. En Afrique, elle relève de la faiblesse des investissements qui font que 6% seulement des terres cultivées sont dans le domaine de l’irrigué ! Ainsi, les moyens technologiques peuvent cacher «une discrimination dans l’accès à l’eau» et les solutions basées sur la nature, notamment dans l’assainissement, constituer une alternative.

La coopération comme «modèle de gestion agricole économe de l’eau» trouve en l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), dernier récipiendaire du Prix Mondial Hassan II pour l’eau, est un bon exemple à suivre dans d’autres parties de l’Afrique. La solidarité hydrique entre les pays de l’OMVS que sont le Sénégal, la Mauritanie, le Mali et la Guinée fait naître de belles perspectives. On estime, en effet, que Nouakchott pourrait être approvisionnée à 100% en eau à partir du fleuve Sénégal, et la ville de Dakar à 60% grâce aux aménagements hydrauliques de l’OMVS.

David Blanchon, enseignant-chercheur à l’Université Paris-Ouest Nanterre la Défense et au Gecko Laboratoire de géographie évoque cette coopération à un niveau supérieur puisque, dit-il, «tous les grands fleuves (Nil, Niger, Sénégal, Congo, Zembèze, etc.) sont «copropriétés» de plusieurs Etats et, grâce aux conventions sur les bassins versants, la coopération a pris le dessus sur les risques de conflits». L’on craint cependant que le remplissage du réservoir de 74 milliards de m3 du barrage de la Renaissance ne fasse baisser le niveau du débit du Nil avec des conséquences fâcheuses en termes de sécurité collective pour les pays qui ont en partage l’eau de ce fleuve.

Ainsi, l’eau est un enjeu de premier plan aussi bien en Europe qu’en Afrique. Si le stress hydrique ne constitue aucune menace, à court terme, pour certains pays où il relève des situations «naturelles » à gérer comme on peut, il est tout de même vu comme une menace quand il concerne toute une zone voire tout un continent. A titre d’illustration, en Afrique du Nord les disponibilités en eau douce par habitant ont baissé de plus de 30 % durant les 20 dernières années et sur les 1,1 milliard d’habitants que compte l’Afrique subsaharienne, 400 millions de personnes ne disposent pas d’une source sûre d’approvisionnement en eau potable. Si le monde atteint ses 9 milliards d’individus prévus à l’horizon 2050, il faut agir, dès maintenant, pour que les solutions de production et de préservation de cette source de vie suivent cette croissance démographique dont l’Afrique est le principal berceau.

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