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Accueil - Banque & finance - Assemblées annuelles 2026 | Brazzaville : la BAD siffle la fin de la dépendance et exige un «New Deal» financier pour l’Afrique

Assemblées annuelles 2026 | Brazzaville : la BAD siffle la fin de la dépendance et exige un «New Deal» financier pour l’Afrique

Drissa TraoréPar Drissa Traoré28 mai 2026 Banque & finance
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C’est un discours de rupture qui fera date dans les annales de la finance panafricaine. Réunis au Centre international de conférences de Kintélé à Brazzaville, les gouverneurs et partenaires du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) ont assisté à un véritable manifeste pour l’autodétermination financière du continent.
Sidi Ould Tah, Président de la Banque africaine de développement

À l’ouverture des travaux de la 61e édition des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, son président, Sidi Ould Tah, a bousculé les codes. Face aux chefs d’État et aux décideurs réunis en République du Congo, il a appelé à une rupture doctrinale : l’Afrique doit cesser de quémander l’aide internationale pour enfin mobiliser sa propre épargne et imposer sa souveraineté économique.

Brazzaville, 25 mai 2026, photo des officiels à la cérémonie d’ouverture de la 61e édition des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement

C’est un discours de rupture qui fera date dans les annales de la finance panafricaine. Réunis au Centre international de conférences de Kintélé à Brazzaville, les gouverneurs et partenaires du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) ont assisté à un véritable manifeste pour l’autodétermination financière du continent.

Dans une conjoncture internationale asphyxiante marquée par le tarissement de l’aide publique au développement, l’explosion des taux d’intérêt mondiaux et des crispations géopolitiques fragmentant les marchés, Sidi Ould Tah a choisi l’offensive. Son constat est sans concession : l’Afrique dispose des leviers de sa propre richesse, mais elle reste prisonnière d’un logiciel financier obsolète. Devant un parterre de chefs d’État d’Afrique centrale, parmi lesquels le Congolais Denis Sassou N’Guesso, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le ton a été donné d’entrée de jeu. Pour la BAD, le temps du constat sur le « potentiel » africain est définitivement révolu et l’heure est désormais à la captation et à la sécurisation des flux financiers domestiques.

Les trois plaies du développement : radiographie des paradoxes africains

Pour étayer sa démonstration, le président de la BAD a exposé une grille de lecture articulée autour de trois anomalies macroéconomiques majeures qui freinent l’émergence du continent.

– Le piège de la marginalisation commerciale : alors que le continent abrite près de 18 % de la population de la planète et détient un tiers des réserves minérales mondiales sous son sol, sa part dans le commerce mondial stagne cruellement à 3 % ;

– l’épargne dormante : Le déficit annuel de financement pour le développement africain dépasse la barre des 400 milliards de dollars. Pourtant, ironie du système, les institutions financières et les marchés domestiques du continent couvent plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs et d’épargne locale qui ne demandent qu’à être injectés dans l’économie réelle ;

A lire également -  Cedeao | Investissement : sous le signe de la résilience, le Forum de 2027 prend son envol à Lomé

– la frilosité des capitaux étrangers : l’Afrique offre des rendements sur investissement parmi les plus compétitifs au monde. Malgré cette attractivité théorique, elle capte moins de 1 % des investissements directs étrangers (IDE) à l’échelle mondiale.

Pour Sidi Ould Tah, l’enjeu ne réside donc plus dans la quête de ressources extérieures, mais bien dans l’ingénierie interne capable de transformer ces richesses latentes en moteurs de croissance, créateurs d’emplois pour les millions de jeunes Africains.

De la banque de projets au bouclier anti-risque : la métamorphose de la BAD

Face à cette asymétrie, la BAD opère une mue stratégique majeure. L’époque où l’institution se contentait d’aligner des chèques pour des infrastructures publiques est révolue. Sous l’impulsion de sa nouvelle gouvernance, la banque panafricaine ambitionne de devenir un puissant «catalyseur» de capitaux privés. L’objectif étant d’utiliser les fonds de la BAD comme un levier d’attraction en atténuant les risques politiques et de change qui effraient les marchés d’impact. C’est une révolution de langage et de méthode. Les grands bailleurs de fonds internationaux ne cherchant pas simplement des chantiers ou des usines à financer, ils exigent des véhicules financiers sécurisés, standardisés et liquides. En d’autres termes, l’Afrique doit apprendre à packager ses projets pour les rendre bancables sur la scène internationale.

Cette mue s’accompagne d’un avertissement solennel sur le modèle productif africain. Le modèle extractif, consistant à vider le sous-sol de ses matières brutes pour réimporter des produits manufacturés à forte valeur ajoutée, est condamné par l’histoire. Pour Ould Tah, la souveraineté ne s’articulera que si les chaînes de valeur s’enracinent localement par l’industrialisation.

Le plaidoyer de Brazzaville : pour une gouvernance mondiale plus équitable

Le Président Dénis Sassou Nguesso de la République du Congo et Sidi Ould Tah

Ce virage doctrinal a immédiatement trouvé un écho politique fort chez l’hôte de l’événement, le président congolais Denis Sassou N’Guesso. Ce dernier a fermement plaidé pour une refonte globale du système financier multilatéral, né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qu’il juge inadapté aux réalités du continent. «Il nous appartient de faire de nos ressources naturelles un moteur de transformation locale. Il nous appartient aussi de faire du financement du développement un outil de souveraineté, de justice sociale et de prospérité partagée», a-t-il martelé. Mettant en avant la feuille de route « Congo 2063», axée sur la diversification économique, le chef de l’État congolais a salué le rôle pivot joué par la BAD dans le désenclavement énergétique, agricole et routier de son pays. Il a toutefois rappelé que la bonne gouvernance publique restait le corollaire indispensable pour rassurer et ancrer durablement les investisseurs privés.

A lire également -  Lomé | Règlements transfrontaliers : Ecobank mise sur le yuan pour capter les flux commerciaux sino-africains

Solidarité interafricaine : l’émergence d’une Afrique co-investisseuse

Au-delà de la rhétorique des discours, les Assemblées annuelles de Brazzaville ont accouché d’une preuve concrète de ce changement de paradigme : les résultats de la 17ᵉ reconstitution du Fonds africain de développement (FAD), le guichet concessionnel de la BAD dédié aux pays à faible revenu.

Ce round de table a permis de lever une enveloppe historique de 11 milliards de dollars. Mais la véritable surprise est politique et symbolique avec l’engagement de 24 nations africaines qui ont décidé de mettre la main à la poche pour abonder ce fonds à hauteur de 183 millions de dollars. Parmi elles, 20 pays participaient pour la toute première fois de leur histoire en tant que donateurs.

Ce geste marque un basculement psychologique crucial. L’Afrique est en train de s’affranchir de son statut historique de simple receveuse d’aide pour endosser celui de co-investisseuse de son propre destin. À Brazzaville, on peut dire que les dirigeants africains ont envoyé un message fort au reste du monde qui est que  la souveraineté économique de l’Afrique ne s’achètera pas à crédit à l’étranger, elle se construira d’abord de l’intérieur.

L’Afrique en chiffres : le paradoxe

  •  Population mondiale : 18 % ;
  •  Réserves minières mondiales : 30 % ;
  •  Part du commerce international : 3 % ;
  •  Épargne et actifs domestiques : 4 000 milliards de dollars US ;
  • Part des IDE mondiaux captés :  moins de 1 %.

 

Par Drissa Traoré, Correspondant Permanent - Burkina Faso
 214 Africa 50 Banque Africaine de Développement Union AfricaineRépublique du Congo Denis Sassou Nguesso Sidi Ould Tah Assemblées annuelles Dette Financement IDE Matieres premières

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