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Berté Ibrahiman, DG de l’ONEP de Côte d’Ivoire. Entretien.

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« Le taux d’accès à l’eau potable en Côte d’Ivoire ne dépasse pas 70% »

  • Les problématiques liées à l’accès à l’eau potable en Côte d’Ivoire sont criantes, résultat d’une décennie de crise politique qui a vu les investissements dans le secteur se rétracter
  • Les infrastructures existantes ne supportent plus une pression démographie de plus en plus importante du monde rural vers les villes
  • Le gouvernement actuel, appuyé par des bailleurs de fonds, lancent plusieurs grands chantiers pour trouver des solutions durables à la question de l’eau potable
Ibrhiman Berte

Ibrhiman Berté, Directeur général de l’ONEP

AFRIMAG : Qui est l’Onep et quelles sont ses attributions ?

Berté Ibrahiman : Je pense que connaitre d’abord une structure comme l’Office national de l’eau potable (Onep) de Côte d’Ivoire permettrait de mieux cerner son fonctionnement. L’Onep est une structure étatique mise en place pour régler les problèmes liés à l’approvisionnement en eau potable. Ses missions sont simples et consistent à mettre à la disposition des populations, de l’eau potable en quantité et en qualité. L’Onep est également l’entité qui se charge des investissements afférents aussi bien en milieu rural qu’urbain. Il faut noter cependant qu’elle n’est pas le seul acteur de la place. La Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (Sodeci) est l’autre opérateur dont la mission est d’exploiter les investissements réalisés par l’Onep dans les infrastructures.

Cela dit, outre la mission de mobilisation et de gestion de fonds, l’Onep remplit également la fonction de régulation et d’arbitrage entre consommateurs et opérateurs privés tels que la Sodeci sans oublier le rôle de gestionnaire de patrimoine et d’ingénierie.

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Auriez-vous une idée du niveau de la population ivoirienne correctement approvisionnée aujourd’hui en eau potable ?

Dans les campagnes, le taux d’accès à l’eau potable atteint les 65%. En milieu urbain ce ratio tourne autour de 70%. La capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan, ne dépasse pas non plus ce seuil.

Quelles explications pourriez-vous donner sur ces fréquentes pénuries d’eau dans certaines communes d’Abidjan ?

Les déficits d’approvisionnement en eau potable de la population abidjanaise se situent à plusieurs niveaux dont le manque d’investissement depuis plusieurs années. Ensuite, Abidjan connait ces dernières années une pression démographique sans précédent que les infrastructures actuelles ne peuvent pas supporter. Les choses commencent cependant à changer depuis l’avènement au pouvoir de l’actuel président de la république. Des investissements structurants sont en train d’être réalisés pour rompre avec les pénuries d’eau.

Les besoins quotidiens en eau potable de la population abidjanaise sont estimés à 600.000 m3. De cette quantité, nous ne produisons aujourd’hui que 400.000 m3 par jour. Avec les investissements que nous réalisons aujourd’hui, la différence, soit 200.000 m3, est à notre portée d’ici la fin de l’année 2014. Dans ce dessein, il faut compter avec le projet d’investissement dans la nappe phréatique de la région de Bonoua pour produire 80.000 m3 d’eau par jour et les travaux entrepris au niveau de la station (A terme, 45.000 m3 par jour) d’approvisionnement de Yopougon. D’autres programmes d’investissement majeurs qui vont couvrir les 30 grandes régions du pays démarreront courant 2015 dans le secteur de l’eau potable.

A combien chiffrez-vous ces investissements ? D’où viendront les financements?

Le volet financement est incontournable si on veut prendre à bras le corps la problématique de l’eau potable en Côte d’Ivoire. A l’initiative du ministre des infrastructures, Patrick Achi, une table ronde a été organisée mi-2013 avec la participation des bailleurs de fonds européens et arabes. Il était question de mettre à plat les carences du secteur de l’eau potable pour pouvoir quantifier son financement, et le montant estimé pour mettre un terme aux déficits du précieux liquide est évalué à 155 milliard de FCFA, soit 23,80 millions d’euros. Pour drainer ce fonds, des partenaires institutionnels comme la Banque islamique de développement (BID), le fonds saoudien, la Banque nationale d’investissement (BNI) et la Banque mondiale pour ne citer que ceux-là se sont engagés auprès de nous.    

Il y a trois ans votre ministre de tutelle, celui des infrastructures, avait déclaré que les problèmes d’eau potable en Côte d’Ivoire, à Abidjan en particulier seraient résolus à la fin de l’année 2014. A quatre mois de cette échéance, pourriez-vous confirmer ce pari vu la difficulté de la tâche ?

Mieux encore, cette déclaration du ministre ivoirien des Infrastructures économiques, Patrick Achi, a été confirmée le 7 août passé par le président de la République de Côte d’Ivoire lors de son discours à la Nation à l’occasion de la fête de l’indépendance du pays. Donc, tout porte à croire que cet objectif sera atteint. Et tous les projets que j’ai cités sont en cours d’achèvement. Ce sont notamment les rétablissements des ouvrages vétustes et la continuité des services.

A vous entendre le gouvernement est décidé à respecter son calendrier. Mais quels sont les problèmes qui peuvent encore se dresser devant vous pour vous éloigner de la date buttoir ?

La difficulté majeure que nous rencontrons dans la mise en œuvre des programmes, c’est surtout d’ordre environnemental et social. Nous nous heurtons très souvent à des populations qui refusent de comprendre le bien fondé des investissements que nous réalisons pour changer leur vie. Ces populations quittent difficilement les lieux pour nous permettre d’effectuer les travaux de forage ou de construction de châteaux d’eau. D’ailleurs, les bailleurs de fonds interpellent les pouvoirs publics, et conseillent de faire une étude environnementale avant tous travaux pour éviter d’éventuels conflits avec les populations.

Quels sont les projets à court, moyen et long termes pour le pays en matière d’accès à l’eau potable?

Le court terme concerne l’ensemble des projets qui concourent au rétablissement de la continuité des services en matière d’eau potable. Pour la ville d’Abidjan, le délai retenu est la fin de l’année 2014. Les autres chantiers d’approvisionnement en eau potable sur l’ensemble du territoire national seront finalisés au plus tard en 2025.  

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