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Chronique de Côte d’Ivoire : Abidjan, l’envers du décor.

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Image de USAID Africa Bureau (Water pump provided by USAID) [Public domain], via Wikimedia Commons

Image de USAID Africa Bureau (Water pump provided by USAID) [Public domain], via Wikimedia Commons

Le petit Manhattan d’Afrique, la perle des lagunes, la ville lumineuse. Voilà des superlatifs dont certains affublent Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Et oui, jamais métropole en Afrique subsaharienne n’a exercé autant de fascination sur ses visiteurs.

Mais au-delà de ces propos dithyrambiques à l’endroit de cette ville qui fait la fierté des Ivoiriens, se cache une réalité moins présentable. A Abidjan, les perles ont été remplacées par le manque d’eau. Et si vous avez besoin d’eau, il vous faudra passer le lendemain, parce que c’est une vraie sinécure dans cette ville où un tiers de la population n’est en effet pas régulièrement alimentée en eau potable.

En effet, dans les villas cossues et autres immeubles de haut standing où trône fièrement la réussite des nouvelles classes sociales, l’eau source de vie manque cruellement. Et comme pour assurer une certaine «équité » entre les différentes couches socioculturelles du pays, les quartiers précaires qui abritent les populations les plus vulnérables ne sont pas aussi épargnés par cette pénurie d’eau qui dure depuis un certain temps.


Ainsi donc, l’accès à l’eau potable est devenu préoccupant à Abidjan la capitale économique de la Côte d’Ivoire, occasionnant un vrai supplice pour de nombreux ménages. Une situation qui n’est pas loin de virer au drame tellement il est difficile aujourd’hui à Abidjan et dans sa banlieue de voir couler le précieux nectar de son robinet. Et ce ne sont pas les habitants de Yopougon, la grande commune populaire au nord de la capitale économique, qui diront le contraire. Surtout ceux des sous-quartiers Maroc, Ananeraie, Niangon, Gesco.

Abidjan, un gros village

Il n’est pas rare de voir les riverains de ces quartiers parcourir plusieurs kilomètres pour se procurer de l’eau potable. Ce qui donne des allures de gros villages, avec le tableau de femmes, de jeunes femmes et d’hommes chargés de cuvettes et bidons qui arpentent les rues tôt le matin ou au crépuscule en quête du précieux liquide.

« L’enfer se trouve à Yopougon », ironise une habitante du quartier Ananeraie, un bidon d’eau sur la tête, le corps totalement trempé, un rictus aux coins des lèvres qui cache mal une colère latente.

Dans ces quartiers, le train-train quotidien est partagé par la recherche du liquide vital. Et même si les réalités varient d’un quartier à l’autre, la communauté de destin reste le même face au manque d’eau. Et pourtant, la nappe phréatique est suffisamment pourvue. Les pluies n’ont jamais fait défaut ici. Alors quelles sont les causes réelles de cette situation et quelles pourraient être les solutions pour soulager les ménages qui ne savent plus à quels saints se vouer ? Pour certains observateurs, la vétusté des infrastructures expliquerait en partie les déboires des Abidjanais.

La démographie galopante d’Abidjan pose problème

A force de s’étendre, Abidjan se confond aujourd’hui à Bingerville, Anyama, Songon et dans peu de temps, à Dabou. Or les infrastructures ne suivent pas, provoquant du coup la surexploitation des canalisations et forages.

En 1960, l’on comptait 400 abonnés avec un réseau de 200 km et 3000 branchements nouveaux par an, pour une localité desservie. Mais à ce jour, il y a plus de 400 localités desservies pour environ 8000 km de réseau et plus de 380.000 abonnés en zones urbaines, avec en prime, plus de 30.000 nouveaux branchements par an.

Ce chiffre regroupe le total des ménages desservis, à l’exclusion des zones rurales que la SODECI (société d’eau de Côte d’Ivoire) ne couvre pas.

Cependant ce ne sont pas tous les ménages qui s’abonnent. Certains préférant se greffer sur d’autres abonnés avec l’usage de sous-compteurs… pour des raisons évidentes de manque de moyens financiers et le coût élevé des abonnements pratiqué par la SODECI.

Mais qu’est-ce qui peut expliquer cette vétusté?

Les crises militaro-politique successives que la Côte d’Ivoire a traversées ont relégué aux calendes grecques les travaux de réhabilitation et de maintenance des infrastructures. La corruption, avec la délivrance irraisonnée des permis de construire, multipliant des constructions anarchiques, serait également un facteur. Toutes seront raccordées à un réseau très largement sous dimensionné accentuant la pression sur ce dernier.

Le monopole de la SODECI qui favorise le laxisme des agents, n’est pas fait pour arranger les choses. Le tollé provoqué par le déversement de matières fécales dans les ménages de Yopougon, il y a environ deux ans, en est la parfaite illustration. Ils auraient par erreur (?) raccordé les conduits d’eau à autre chose.

Les abonnés font également état de résiliation de fourniture d’eau le week-end, au mépris de toutes les lois protégeant le consommateur.

Acces à l'eau potable

L’accès à l’eau potable reste un problème majeur en Afrique

Le manque d’eau, un véritable problème de santé publique

Le manque d’eau potable à Abidjan pose un véritable problème de santé publique. Certains, pour relever un tant soit peu leur niveau de vie, proposent à la consommation des uns et des autres, un peu partout dans la ville, de l’eau en sachet ou des jus en bouteille, conditionnés on ne sait trop comment. Une enquête des autorités a par exemple révélé que de nombreux sachets d’eau vendus dans la ville proviendraient de puits ou même de la lagune Ebrié, d’où les mesures d’interdiction frappant la vente de jus en sachet ou en bouteille et la commercialisation non réglementaire de l’eau en sachet. Ce qui peut provoquer des maladies liées à l’eau ou à l’environnement insalubre telles que : le choléra, les maladies diarrhéiques, le paludisme, la poliomyélite, la typhoïde, la dengue…

Ce qui fait que l’espérance de vie des enfants de ces zones ne dépasse pas 15 à 16 ans.

Face à cette situation alarmante, les habitants demandent aux personnes de bonne volonté de leur venir en aide pour réhabiliter les infrastructures afin de leur permettre d’avoir accès à l’eau potable et, ainsi, de réduire les maladies et la mortalité, notamment des enfants plus fragiles aux maladies transmises par l’eau non potable. Ces enfants représentent plus de 25% de la population concernée.

On est espère que ce cri du cœur des populations sera entendu par les autorités elles qui avaient promis que le calvaire des ménages abidjanais pourrait prendre fin d’ici 2013, avec l’existence de nombreux projets visant à leur garantir l’accès continu à l’eau potable. On attend toujours la réalisation de cette promesse.

Cependant il faut saluer qu’à Angré, quartier de la commune de Cocody, autrefois fortement touché, la construction d’un réservoir de 5000 mpar le fonds de développement de l’eau sur fonds propres à hauteur de 10 milliards de francs CFA a grandement atténué le calvaire des populations auparavant privées d’eau, pendant des périodes s’étalant sur deux ou plusieurs semaines.

Le problème de l’accès des ménages à l’eau potable doit constituer le cheval de bataille des gouvernants, afin de relever le niveau de vie de ceux-ci, tout en réduisant de manière drastique les risques de contamination aux germes des maladies hydriques.

C’est tout le monde qui y gagne.

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