À cinq mois du lancement officiel, la prochaine campagne cacaoyère en Côte d’Ivoire suscite déjà de sérieuses inquiétudes. Les conditions climatiques défavorables et la baisse anticipée de l’offre renforcent la pression sur un marché mondial déjà tendu
En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, les préparatifs de la campagne 2025/2026 s’annoncent sous tension. Selon des informations rapportées par Reuters le 5 juin, les acteurs du secteur redoutent une nouvelle campagne déficitaire, à l’image des deux précédentes.
«Nous pensions que la mauvaise récolte de 2023/24 était un cas isolé, mais nous constatons que c’est à nouveau le cas cette année, et nous observons déjà les mêmes signes pour 2025/26,» a confié à l’agence un responsable d’une société exportatrice basée à San Pedro, sous couvert d’anonymat.
Cette inquiétude reflète un climat d’alerte généralisé chez les négociants internationaux, qui suivent de près l’évolution des conditions de production.
Une météo peu clémente dans le Sud cacaoyer
Les prévisions météorologiques ne rassurent guère. Sodexam, l’agence ivoirienne de météorologie, anticipe une pluviométrie déficitaire entre avril et mi-novembre 2025 dans le sud du pays, principal bassin cacaoyer. Ces conditions risquent de compromettre le bon démarrage de la campagne, prévue pour octobre.
Face à cette incertitude, les opérateurs se tournent déjà vers des ventes anticipées à un rythme inédit.
Des sources proches du Conseil du Café-Cacao (CCC), également citées par Reuters, indiquent que 650 000 à 700 000 tonnes de contrats d’exportation ont déjà été vendues par anticipation pour la campagne 2025/2026. Un niveau exceptionnellement élevé à ce stade de l’année, motivé par la crainte d’un troisième déficit de production consécutif.
Le CCC prévoit d’ailleurs de limiter les ventes contractuelles à 1,3 million de tonnes, contre 1,7 million en temps normal. Une stratégie prudente visant à ajuster les engagements aux capacités réelles de production, et à éviter tout défaut de livraison.
Des prix mondiaux sous tension
La perspective d’un nouveau recul de l’offre ivoirienne intervient dans un contexte de marché mondial déjà tendu. Les prix du cacao évoluent depuis plus d’un an à des niveaux historiquement élevés. Le 4 juin, la tonne de cacao a clôturé à 9 948 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE), soit près de trois fois le prix enregistré au 2 janvier 2024 (3 704 dollars).
Cette flambée des prix, alimentée par les déficits successifs de production en Afrique de l’Ouest, pourrait se poursuivre si les récoltes ivoiriennes ne s’améliorent pas dans les mois à venir.

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