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Christian Adovèlande, Président de la BOAD dévoile sa feuille de route

” Nous adoptons une stratégie de diversification des sources de financement “

 

La situation de la BOAD (Banque Ouest-africaine de développement), sa stratégie financière avec l’ouverture de son capital au marché international et son ambition pour devenir un acteur majeur dans le développement du tissu économique des pays de l’UEMOA (Union monétaire ouest-africaine) avec le cofinancement de projets aussi bien publics que privés ainsi que son engagement au profit d’un développement durable respectant l’environnement ont été au centre de cette interview exclusive accordée par Christian Adovèlande, Président de la BOAD à AFRIMAG.

 

Christian Adovèlande

Christian Adovèlande

AFRIMAG : Après les Etats et la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’ouest), la BOAD ouvre son capital aux places financières internationales. Elle prévoit ainsi de lever au moins 500 millions de dollars US à travers l’émission d’un Eurobond sur les marchés financiers internationaux avant la fin de l’année 2015. Comment expliquez-vous cette nouvelle approche ?

Christian Adovèlande : Depuis deux décennies, le marché régional constitue la source privilégiée de mobilisation de ressources pour le financement des activités de la BOAD. Depuis 1993, elle a mobilisé près de 1000 milliards de FCFA (1€ = 655 FCFA) sur ce marché. Toutefois, compte tenu de l’importance des besoins de financement des pays de l’UEMOA qui ambitionnent de devenir des pays émergents, les ressources mobilisées par la Banque sur le marché régional et auprès des partenaires demeurent insuffisantes pour contribuer significativement au financement du développement de ses Etats membres.

Dans ces conditions, la Banque a décidé d’un recours, à titre complémentaire, aux ressources du marché financier international. Cette approche s’inscrit dans le cadre de la stratégie de diversification des sources de refinancement de la Banque. Le marché financier international lui permettra de lever des fonds en volume et à des conditions avantageuses pour le financement des projets du secteur marchand. A cet effet, la Banque compte réaliser prochainement une émission sur le marché financier international. Les ressources levées serviront au financement des besoins inhérents aux objectifs du Plan stratégique 2015-2019 de la Banque, notamment les projets d’investissement productif et d’infrastructures d’envergure. Il n’en demeure pas moins que la BOAD continuera d’œuvrer au renforcement de sa présence et à la consolidation de sa position d’émetteur de référence sur le marché régional, lequel permet de mobiliser directement des ressources en monnaie locale.

Y-a-t-il un lien entre cette nouvelle approche et les bonnes notes reçues par la BOAD auprès des agences de notation Moody’s (BAA 1) et Fitch (BBB)- parmi les plus élevées accordées à des institutions africaines ?

La notation de la BOAD s’inscrit dans le cadre du processus de modernisation de la Banque, de renforcement de sa gouvernance et de son image, en comparaison avec ses pairs, et dans la perspective d’un accès au marché financier international, pour la diversification et la sécurisation des sources de financement de l’institution. En effet, l’obtention d’un rating lui permet d’accéder directement aux ressources du marché financier international dans des conditions favorables. Sur le marché international, les investisseurs exigent une note financière pour évaluer le profil de risque des émetteurs.

Au terme d’une évaluation par les agences Moody’s et Fitch, la BOAD s’est vu attribuer des notes dans la catégorie ‘’investment grade’’, laquelle correspond à un ‘’risque de qualité’’. Moody’s a attribué à la BOAD la note «Baa1», qui correspond à la quatrième meilleure note accordée par cette agence à des entités africaines notées par elle. La BOAD est ainsi classée après la Banque africaine de développement (AAA), des pays comme le Botswana (A2) et l’Africa finance corporation (AFC) (A3). L’agence Fitch, quant à elle, a attribué la note « BBB ». Cette note correspond à la deuxième meilleure note attribuée à des entités africaines notées par cette agence. La BOAD vient ainsi juste après la Banque africaine de développement, notée AAA.

Christian AdovèlandeLa BOAD a entrepris également ces dernières années d’ouvrir son capital et d’accueillir de nouveaux investisseurs privés africains et internationaux. Qu’est-ce qui justifie cette ouverture à des pays qui ne sont pas de la sous-région ouest-africaine ?

Dans le cadre de ses orientations stratégiques, la Banque a notamment retenu d’accroître la part des actionnaires non régionaux dans son capital. L’objectif à terme est de faire passer cette part, d’environ 7% actuellement, à un niveau plus significatif. Cette ambition relève de la volonté de l’institution, d’une part, de diversifier davantage son actionnariat à de nouveaux pays ou institutions disposant d’un rating de qualité, dans la perspective d’un renforcement de la qualité de crédit de la Banque et, d’autre part, de renforcer ses fonds propres en vue d’accroître ses capacités de financement.

Cette démarche vise aussi à renforcer sa gouvernance institutionnelle et à permettre de mobiliser d’autres types de ressources en faveur de la BOAD et de ses Etats membres, telles que les emprunts et l’assistance technique. Outre de nouveaux Etats, la Banque poursuit parallèlement les réflexions en ce qui concerne l’ouverture de son actionnariat à d’autres types d’investisseurs.

Parmi ces pays, on parle de l’Afrique du Sud, du Maroc et du Nigeria, voire du Brésil et de l’Angola. Où en êtes-vous dans les discussions avec ces pays dans le cadre d’une prochaine ouverture du capital afin de mobiliser plus de fonds propres?

Des démarches ont été effectivement initiées auprès de plusieurs pays d’horizons divers, y compris africains. Cependant, comme vous le savez bien, le démarchage de nouveaux actionnaires est un long processus et requiert une préparation minutieuse. Le Maroc a récemment rejoint l’actionnariat de la Banque en 2013 faisant de lui le 17ème actionnaire et le premier pays africain non régional dans l’actionnariat de la Banque. Il n’est donc pas exclu que d’autres pays non africains ou d’Afrique deviennent à moyen terme des actionnaires de notre institution.

L’objectif pour nous est de contribuer au développement de relations d’affaires avec des partenaires de qualité, de mobiliser davantage de ressources au profit de nos Etats membres et de renforcer l’intégration africaine.

La BOAD est censée financer le développement des huit pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Avec le lancement dans la plupart de ces pays des plans pour “l’Emergence”, que fait la BOAD pour accompagner cette nouvelle stratégie?

La BOAD a été créée par les Etats membres de l’UEMOA pour répondre à leurs besoins en matière de financement du développement. Son rôle est donc de soutenir ses Etats membres dans la réalisation de leur ambition d’émergence. C’est pourquoi, dans le cadre de son Plan stratégique 2015-2019, la BOAD affiche son ambition d’être « une banque de développement forte, pour l’intégration et la transformation économiques en Afrique de l’Ouest ». Cette vision a été déclinée en quatre orientations principales autour des grandes priorités des pays de l’Union, à savoir notamment l’accélération de l’intégration régionale, le soutien à la croissance inclusive et l’accompagnement des entreprises et des Etats. La stratégie de la Banque pour le quinquennat à venir constitue pour l’institution un repère. Son action s’inscrira dans ce cadre en vue de mieux accompagner ses Etats membres qui aspirent tous à l’émergence économique. Ainsi, la BOAD compte s’investir davantage dans le financement de projets structurants dans la région et le renforcement des capacités de transformation des ressources naturelles (produits agricoles, miniers, etc.), tout en renforçant son activité de conseil au profit des Etats et du secteur privé.

Par ailleurs, elle a activement participé à différentes tables rondes organisées par ses Etats membres pour le financement de leur programme d’émergence. Les engagements pris dans ce cadre sont en cours de mise en œuvre.

Selon les experts, les besoins réels de cette sous- région avoisineraient 3000 milliards de F CFA par an. Peut-on avoir une idée sur ce que propose la BOAD aux pays de cette sous-région de l’UEMOA par an en termes de ressources ?

Les besoins de la région sont énormes, aussi bien dans le domaine des infrastructures que de la lutte contre la pauvreté. Parallèlement, les ressources disponibles sont insuffisantes pour y faire face. C’est pourquoi, dans sa stratégie de financement, la Banque privilégie le cofinancement de projets. Elle s’investit aussi dans la création de conditions pour attirer dans l’Union, des capitaux extérieurs ou des investissements directs étrangers. Cette stratégie permet ainsi à l’institution d’avoir un effet de levier plus important de ses concours et d’être un véritable catalyseur de financements dans la sous-région.

Pour vous donner un ordre de grandeur, depuis le début de ses activités opérationnelles, l’institution a consenti des financements de plus de 3.600 milliards FCFA (1€ = 655 FCFA) qui ont permis de drainer dans la région plus de 10.800 milliards FCFA (1€ = 655 FCFA). Différents mandats d’arrangement de financement ont également contribué à la mobilisation de 878 milliards FCFA (1€ = 655 FCFA) de ressources pour la réalisation de divers projets d’investissements productifs et la réhabilitation d’infrastructures dans les domaines tels que le transport, l’énergie, la téléphonie mobile, la transition numérique et l’hôtellerie. Des services de conseils aux Etats et à leurs démembrements, ainsi qu’à des entreprises ont par ailleurs permis à la Banque de soutenir et de faire aboutir des opérations de restructuration, de privatisation ou de mise en concession, etc… Dans le but de mieux protéger les intérêts de nos Etats membres et de leur apporter le conseil juridique et financier nécessaire à la structuration et à la bonne réalisation des projets en mode «partenariat public-privé», la Banque a créé en son sein, sous la forme d’un organisme expert, une Unité régionale de développement des projets en partenariat public-privé (URDPPP). Cette Unité travaille en étroite collaboration avec les cellules PPP ou entités équivalentes des États membres.

La BOAD a renforcé ces dernières années sa collaboration avec le secteur bancaire privé. Pourquoi ?

Comme vous le savez, l’environnement bancaire de notre Union a connu ces dernières années de profondes mutations avec notamment l’émergence de grands groupes bancaires et des opérations d’acquisition opéré dans le secteur.

Ces changements structurels permettent à la BOAD de renforcer et de diversifier son partenariat pour plus d’impact sur l’économie régionale. En effet, ses nouveaux acteurs disposent de surface financière importante et peuvent intervenir en cofinancement ou par syndication sur des projets d’infrastructure d’envergure. Cette synergie est bénéfique pour l’économie de l’Union.

La mise en œuvre de la mesure de relèvement du capital social minimum des établissements de crédits de l’UEMOA a constitué un point important de la collaboration de la BOAD avec le secteur bancaire. Ainsi, en renforçant leurs ressources stables, l’institution a donc permis à certaines banques de répondre aux nouvelles exigences de fonds propres réglementaires et à la demande de services financiers spécialisés dans l’Union. L’institution a également renforcé son appui aux banques et établissements financiers, à travers notamment la mise à disposition de ligne de crédit pour le refinancement des PME/PMI, le financement des opérations de court terme dans le respect du principe de subsidiarité, le refinancement des crédits hypothécaires avec la création de la Caisse régionale de refinancement hypothécaire de l’UEMOA ((CRRH-UEMOA), et la promotion de la finance inclusive.

Est-ce que cela veut dire que la BOAD ne va plus accorder des crédits à court terme au secteur privé ?

Bien au contraire, la Banque va renforcer ses financements à court terme sur la base du principe de subsidiarité et dans une logique de complémentarité avec le système bancaire régional.

Pour mémoire, c’est à la faveur de l’actualisation, en décembre 2009, de sa déclaration de politique générale, que le financement d’opérations à court terme a été autorisé par le Conseil d’administration de la BOAD. Ces opérations portent essentiellement sur le financement des campagnes agricoles, des importations d’hydrocarbures, des importations d’intrants agricoles et l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires de première nécessité : riz, sucre, huile, lait… Ces opérations nécessitent des montants élevés, et le recours à la BOAD par les banques locales pour renforcer leurs lignes s’impose, parfois, pour boucler le schéma de financement de ces transactions d’envergure. Dans cette dynamique, la Banque joue ainsi pleinement son rôle en contribuant directement au tour de table des prêts ou indirectement en octroyant des lignes de refinancement à court terme aux banques. Soulignons qu’à date, les financements cumulés d’opérations à court terme dans l’espace UEMOA de la BOAD s’élèvent à 202,5 milliards FCFA tous secteurs confondus. Forte de ce niveau d’engagement relativement significatif, la BOAD s’adapte progressivement afin que ses procédures soient en meilleure adéquation avec les exigences de célérité du financement des cycles d’exploitation des entreprises. Parallèlement, des actions sont également engagées pour mobiliser des ressources moins onéreuses pour financer ses transactions sur courte maturité.

Aujourd’hui, en plus de financer ses secteurs traditionnels (infrastructures, industrie, transport, sécurité alimentaire …), la BOAD a obtenu une accréditation auprès du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) pour bénéficier d’un financement de l’économie verte. Qu’est-ce que cela apportera concrètement à votre institution ?

D’abord un aperçu de ce que cela a apporté à la BOAD : le processus d’accréditation qui a démarré depuis 2011, a déjà permis à la BOAD d’élever ses normes fiduciaires, ses normes environnementales et sociales de même que celles d’intégration du genre au niveau des standards internationaux. La BOAD peut ainsi se féliciter d’avoir désormais les mêmes normes que les grandes institutions internationales, ce qui contribue à accroître sa crédibilité. Par ailleurs, l’accréditation au FEM lui permettra de mobiliser des ressources financières dédiées à l’environnement dans la sous-région. L’objectif visé par la BOAD est de faire bénéficier, notamment aux pays de la zone UEMOA, l’essentiel des ressources disponibles pour financer les projets environnementaux retenus comme priorités par les Etats et faisant partie d’un des domaines de concentration du FEM. Il s’agit de la biodiversité, du changement climatique, des eaux internationales, de la dégradation des sols, de la couche d’ozone et des polluants organiques persistants. Quand on sait que les problématiques environnementales dans la sous-région ouest-africaine ont un lien avéré avec ces domaines de concentration, cela donne tout son sens à l’accréditation.

Enfin, la Banque poursuit ses efforts pour obtenir l’accréditation d’un autre Fonds non moins important : le Fonds Vert pour le Climat dont on sait qu’il devrait être abondé à hauteur de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. Cela permettra à la Banque de mobiliser non seulement les ressources de dons mais aussi les ressources concessionnelles au bénéfice des Etats ouest-africains. En tout état de cause, le Plan stratégique 2015-2019 de la BOAD définit deux axes importants, en ce qui concerne l’environnement : renforcer le leadership de la Banque dans la sous-région sur les questions environnementales ; et promouvoir le financement de projets d’investissement, dans le domaine de l’environnement et du développement durable.

Banque & Finance Boad Christian Adovelande

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