La Banque centrale du Congo affirme que l’essentiel des dollars importés en 2025 échappe au système bancaire. En toile de fond : soupçons de blanchiment, financement de groupes armés et pression croissante des sanctions américaines.
Le chiffre a fait l’effet d’une déflagration dans les milieux financiers congolais. Lors d’une conférence de presse tenue le 28 avril, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a révélé que sur les 10 milliards de dollars américains en espèces importés dans le pays en 2025, près de 8,5 milliards auraient aussitôt quitté le circuit bancaire formel.
« Nous avons fait une étude au niveau de la Banque centrale du Congo. En 2025, nous avons importé pour 10 milliards en dollars américains de cash. (…) Les dépôts n’ont augmenté que d’environ 1,5 milliard de dollars », a déclaré le gouverneur, avant de lancer : « Où sont donc passés les 8,5 milliards que nous avons importés dans notre économie ? »
Une interrogation qui ressemble davantage à un avertissement qu’à une véritable question.
Le spectre du financement des groupes armés
Selon le gouverneur, une partie des dollars importés servirait également au financement de groupes armés actifs dans l’Est de la République démocratique du Congo. L’ancien conseiller économique du président Félix Tshisekedi affirme notamment que certaines rébellions rémunèrent leurs combattants en devise américaine, sans disposer elles-mêmes de capacités d’importation de cash.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de forte instabilité sécuritaire dans les provinces orientales, riches en minerais stratégiques comme le coltan ou l’étain, où plusieurs groupes armés continuent d’opérer malgré les offensives militaires et les initiatives diplomatiques régionales.
La BCC serre la vis sur les devises
Face à cette situation, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCC a adopté, le 9 avril, une série de mesures radicales. La Banque centrale s’est ainsi réservé l’exclusivité de l’importation physique des billets en monnaies étrangères.
Autre décision majeure : l’interdiction des transactions en espèces en devises étrangères à compter du 9 avril 2027. Une réforme ambitieuse qui vise à renforcer la traçabilité des flux financiers et à limiter la circulation incontrôlée du dollar dans l’économie congolaise.
Le risque des sanctions américaines
Pour André Wameso, l’enjeu dépasse désormais la seule stabilité monétaire. Lors de sa conférence de presse, le gouverneur a insisté sur les risques que fait peser cette circulation opaque du cash sur les relations financières internationales de la RDC.
Plusieurs responsables de groupes rebelles étant sous sanctions américaines, Kinshasa pourrait être accusée de laisser circuler des dollars au profit de personnes visées par Washington. Une situation susceptible d’entraîner des restrictions d’accès au système financier international en dollars.
Le pays reste d’ailleurs fragilisé depuis son inscription, en 2022, sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), qui a compliqué les relations entre les banques congolaises et leurs correspondants étrangers.
«Toutes ces mesures sont donc aussi prises pour aider notre pays à respecter les sanctions américaines», a affirmé André Wameso, assurant par ailleurs que les États-Unis soutiennent les décisions de la BCC «à 100 %.»
Washington muscle sa stratégie dans les minerais critiques
Derrière la pression américaine se dessine également une bataille stratégique autour des minerais critiques de l’Est congolais. Washington considère désormais les sanctions financières comme un levier de sécurisation de son accès à ces ressources indispensables aux industries de défense et aux technologies de pointe.
En août 2025, John K. Hurley, sous-secrétaire américain au Trésor chargé de la lutte contre le terrorisme et du renseignement financier, avait averti que les États-Unis n’hésiteraient pas à sanctionner les groupes entravant l’accès des Américains et de leurs alliés aux minerais stratégiques de la région.
Moins d’un an plus tard, l’administration américaine a franchi un nouveau cap en sanctionnant l’ancien président Joseph Kabila, dans un climat de tensions diplomatiques et sécuritaires croissantes autour de l’exploitation des ressources minières congolaises.





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