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Covid : l’Afrique du Sud dans le cercle restreint pour la conquête des vaccins à ARN messager

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Les progrès réalisés par l’Afrique du Sud dans le domaine de l’ARNm constituent le fondement de son autonomie, a indiqué vendredi 11 février  le chef de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, au premier jour de sa visite de deux jours dans ce pays, pour suivre le dossier du centre de transfert de technologie des vaccins à ARN messager (ARNm).

L’Afrique du Sud, qui milite pour un accès équitable aux vaccins anti-Covid, s’est lancée dans la conception d’un premier vaccin africain à ARNm, pour mettre fin à la dépendance du continent vis-à-vis des pays riches. 
«Le centre mondial d’ARNm est conçu pour servir les pays en développement et devrait leur permettre non seulement de fabriquer leurs propres vaccins à ARNm, mais aussi de choisir les vaccins qu’ils souhaitent produire», indique un communiqué de l’OMS.
Pour l’agence sanitaire mondiale de l’ONU, ce hub mondial de l’OMS pour l’ARNm est «un pas important dans la multiplication de la production vaccinale, en partageant la technologie et en s’appuyant sur les capacités et l’expertise scientifique qui existent déjà en Afrique du Sud ».
«La pandémie a mis en évidence la nécessité d’accroître la production locale de vaccins dans le monde, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire», a déclaré au Cap, en Afrique du Sud, le siège de Afrigen Biologics and Vaccines, le Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS.

Afrigen ou la revanche contre les big Pharma

Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus dans les locaux Afrigen Biologics and Vaccines au Cap en Afrique du Sud

Dans le laboratoire d’Afrigen, petite entreprise de biotechnologies, les scientifiques peuvent célébrer une première victoire. Ils sont parvenus à créer, en toute petite quantité, leur propre version du vaccin à ARN messager contre le Covid de Moderna. Et ce, malgré le refus de la société pharmaceutique et d’autres géants du secteur de leur venir en aide. Une réussite obtenue avec l’aide de chercheurs de l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg, et à partir du séquençage mis en ligne par l’Université Stanford. L’entreprise américaine a promis de ne pas faire appliquer ses droits de propriété intellectuelle le temps de la pandémie. 
Afrigen a été choisi par l’OMS, en juin dernier, pour piloter un projet de transfert de technologie et permettre aux pays à revenus faibles et intermédiaires de produire, à terme, des vaccins à ARN messager. Pour l’instant en phase de recherche, ce vaccin devrait être testé à partir du mois prochain sur des animaux et sur des humains d’ici la fin de l’année.

Vaccin de deuxième génération 

La ligne d’arrivée est encore loin. Selon le coordinateur de l’OMS Martin Friede, il faudra «jusqu’à 3 ans» avant que la production puisse être lancée, si l’initiative n’est pas soutenue par des sociétés pharmaceutiques. Le laboratoire cherche de plus à développer un vaccin de deuxième génération qui n’aurait pas besoin d’être stocké à basse température, ce qui pourrait mieux répondre aux problèmes d’infrastructures des pays concernés.

Le hub espère que des entreprises viendront soutenir ces démarches, afin d’accélérer l’étape des essais cliniques et de parvenir à développer le vaccin le plus adapté. «Quelques entreprises de biotechnologies sont prêtes à partager leurs connaissances», a ajouté Martin Friede lors d’une conférence de presse, sans préciser de noms, ce qui permettrait d’obtenir un vaccin approuvé en «12 à 18 mois».

Indépendance à long terme 

«Ce que nous proposons, ce n’est pas une solution sur le court terme, et nous n’allons pas résoudre le problème de la production de vaccins cette année avec cette initiative. Mais sur le long terme, c’est la seule façon de rétablir une certaine équité», précise Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS. L’organisation mondiale n’en est pas à son premier coup d’essai, puisqu’en 2007, elle facilitait déjà le transfert de technologie du vaccin contre la grippe auprès de six pays en développement.

Cette fois-ci, la pandémie de Covid a mis en lumière le manque de production en Afrique , où 99 % des vaccins utilisés sont importés. Moderna et Pfizer ont chacun promis d’ouvrir une usine sur le continent, mais la localisation reste encore à déterminer. De plus, des doses de vaccin contre le Covid sortent déjà des usines sud-africaines Biovac et Aspen mais elles sont seulement assemblées et conditionnées sur place.

Cette situation devrait bientôt changer puisque Biovac sera la première unité de production africaine à recevoir le savoir accumulé par ce hub et sera formée pour fabriquer de A à Z le futur vaccin mis au point chez Afrigen. D’autres projets, comme l’usine lancée au Cap par le milliardaire Patrick Soon-Shiong , visent aussi à aider le pays à développer sa production, et pourraient collaborer avec le hub.

Espoirs pour la tuberculose, le paludisme et le Sida

Financé en partie par la France, l’Allemagne et la Belgique, ce projet de l’OMS, qui se chiffre à près de 90 millions d’euros, ne répondra donc pas aux besoins actuels. Il entend porter ses fruits sur le long terme pour permettre aux pays à revenus faibles et modérés de ne plus dépendre des importations de vaccin des pays riches, lors des prochaines pandémies. L’Union africaine a désormais pour objectif de voir le continent produire lui-même 60 % de ses vaccins d’ici 2040. D’autres pays sont également intéressés, et deux institutions au Brésil et en Argentine ont déjà été sélectionnées pour être formées par le hub. 
« Si ceux qui reçoivent la technologie la font évoluer et développent de nouvelles inventions, nous serons en mesure de récupérer ces nouveaux savoirs et de les diffuser entre tous, pour en faire un bien public », s’enthousiasme Charles Gore, de l’organisation de santé publique Medicines Patent Pool (MPP), qui participe au projet. D’autant que la technologie de l’ARN messager est porteuse d’espoirs pour développer des vaccins contre d’autres maladies qui frappent les pays pauvres, telles que la tuberculose, le paludisme, ou le Sida. Des vaccins qui pourraient peut-être un jour être produits sur place, si les bons choix sont faits dès aujourd’hui.

L’Afrique du Sud redoute une 5e vague avec l’hiver austral en mai 

«Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge et nous risquons d’être touchés par de nouvelles variantes du coronavirus et par une cinquième vague qui coïnciderait avec notre saison d’hiver, ce qui aggraverait notre saison de grippe et de rhume », a déclaré le ministre sud-africain de la santé, Joe Phaahla.
La pandémie a fait officiellement plus de 402 millions de cas dont 5.770.023 morts dans le monde depuis fin décembre 2019, selon le décompte établi vendredi par l’OMS.  A la date du 7 février 2022, plus de dix milliards de doses de vaccin avaient été administrées dans le monde dont la majorité dans les pays riches.
Selon l’OMS, en raison des commandes faites par les pays riches, l’approvisionnement mondial limité en vaccins a entraîné d’énormes disparités dans l’accès au vaccin Covid-19 pendant la majeure partie de l’année 2021. Une situation qui a laissé en rade des milliards de personnes – en particulier dans les pays en développement – sans protection contre les variants. 
                                                               Avec OMS et Les Échos 

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