La perspective d’une COP32 organisée à Addis-Abeba constitue un moment charnière pour le continent africain. Au-delà des enjeux environnementaux, cette conférence pourrait marquer une redéfinition profonde de la place de l’Afrique dans l’économie mondiale de la transition écologique.
Longtemps considérée uniquement comme une victime du dérèglement climatique, l’Afrique entend désormais s’affirmer comme un acteur stratégique des solutions globales : minerais critiques, potentiel solaire, marchés carbone, agriculture régénérative, biodiversité et croissance démographique font du continent l’un des centres de gravité de la géopolitique climatique du XXIe siècle.
Une COP africaine sur le sol africain
Le choix d’Addis-Abeba n’est pas anodin. Capitale diplomatique du continent et siège de l’Union africaine, la ville symbolise une volonté croissante de coordination panafricaine sur les grands enjeux globaux. Cette COP pourrait permettre aux États africains de parler d’une voix plus structurée sur les questions de financement, d’adaptation et de souveraineté économique.
Le financement climatique au cœur des tensions Nord-Sud
Le principal sujet de friction restera celui des financements climatiques. L’Afrique représente une part marginale des émissions mondiales de gaz à effet de serre mais subit de plein fouet les conséquences du changement climatique : sécheresses, insécurité alimentaire, stress hydrique, érosion côtière ou encore multiplication des catastrophes naturelles. Les États africains réclament donc une réforme profonde de l’architecture financière internationale, avec davantage de subventions, un accès simplifié aux fonds climatiques et une opérationnalisation crédible du mécanisme de pertes et dommages.
L’adaptation comme priorité stratégique
Contrairement aux économies développées, l’Afrique place l’adaptation au cœur de son agenda climatique. La question n’est pas uniquement celle de la décarbonation mais aussi celle de la résilience des sociétés : sécurisation des systèmes agricoles, gestion de l’eau, infrastructures résilientes, santé climatique et protection des populations vulnérables. Le continent refuse une approche uniforme de la transition écologique qui ignorerait les réalités du développement.
Les minerais critiques : un enjeu de souveraineté
La COP32 pourrait également devenir un moment clé du débat sur les minerais stratégiques nécessaires à la transition énergétique mondiale : cobalt, lithium, graphite, manganèse ou terres rares. L’Afrique cherche désormais à dépasser son rôle historique de simple exportateur de matières premières. L’enjeu est celui de la transformation locale, de l’industrialisation et de la création de chaînes de valeur africaines capables de générer emplois, innovation et souveraineté.
Les marchés carbone et les risques de dépendance
Les marchés carbone constituent à la fois une opportunité et une source d’inquiétudes. Les écosystèmes africains représentent un potentiel considérable de captation carbone, mais de nombreuses voix alertent sur les risques de financiarisation excessive de la nature, d’accaparement foncier et de marginalisation des communautés locales. La COP32 devra donc aussi être celle d’une réflexion sur l’équité, la gouvernance et la justice climatique.
Une nouvelle bataille géopolitique mondiale
Derrière les négociations climatiques se joue également une compétition d’influence entre grandes puissances. États-Unis, Chine, Union européenne, pays du Golfe et puissances émergentes considèrent désormais l’Afrique comme un espace stratégique pour la transition énergétique mondiale. La maîtrise des ressources, des infrastructures énergétiques et des futurs marchés verts devient un enjeu géopolitique majeur.
Le droit au développement et la transition juste
De nombreux États africains refusent une transition imposée qui limiterait leurs capacités d’industrialisation et d’accès à l’énergie. Le continent défend une vision pragmatique de la transition, combinant développement des renouvelables et recours temporaire au gaz comme énergie de transition. La notion de ‘transition juste’ prend ici une dimension économique, sociale et souveraine.
La COP32, test historique
La COP32 pourrait devenir soit la conférence de la mise en œuvre concrète des engagements climatiques, soit celle d’une aggravation de la fracture Nord-Sud. Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse largement la seule question environnementale : il s’agit de savoir si le continent sera relégué à la périphérie de l’économie verte mondiale ou s’il deviendra l’un des principaux moteurs de la transition écologique du XXIe siècle. Addis-Abeba pourrait ainsi incarner le moment où l’Afrique cesse d’être uniquement un terrain d’impact climatique pour devenir un véritable acteur de la transformation globale.




![Tribune | COP32 à Addis-Abeba : l’Afrique à l’heure du basculement climatique et géoéconomique [ Par Pierre-Samuel Guedj ] Longtemps considérée uniquement comme une victime du dérèglement climatique, l’Afrique entend désormais s’affirmer comme un acteur stratégique des solutions globales : minerais critiques, potentiel solaire, marchés carbone, agriculture régénérative, biodiversité et croissance démographique font du continent l’un des centres de gravité de la géopolitique climatique du XXIe siècle.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Cop.jpg)
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