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Diadié Sankaré, P-DG de SAER : « L’épanouissement et la croissance passent par le privé »

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« L’épanouissement et la croissance passent par le privé »

 

Diadé Sankaré, P-DG de SAER

Diadé Sankaré, P-DG de SAER

* Diadié Sankaré est de ceux qui ont décidé de troquer la sécurité qu’offre une fonction de responsabilité dans l’administration contre une prise d’initiative dans le privé

* Il nous offre une analyse pertinente de la situation dans laquelle se trouvent les entreprises de son pays, notamment les facteurs limitant leur développement

* L’Afrique, dit-il, doit aller vers la création d’entreprises industrielles pour la transformation de ses matières premières

AFRIMAG : Après avoir occupé de hautes fonctions dans l’administration malienne, vous êtes aujourd’hui un chef d’entreprise à qui tout réussi. Qu’est-ce qui vous a poussé à aller dans le privé ?

Diadié Sankaré : En 1992, une rencontre fortuite, mais hautement salutaire, a réveillé en moi l’envie de travailler dans le privé. En effet, fonctionnaire de mon état et directeur d’hôtels, j’ai rencontré une délégation canadienne en mission de prospection au Mali. Il s’est trouvé que le chef de cette mission était un cadre d’une société d’ingénierie de construction canadienne (SNC Lavalin).
Après quelques minutes d’échanges, le chef de la mission – qui était le directeur Afrique- m’a dit crument : « vous perdez votre temps en travaillant comme salarié. Vu votre jeunesse et votre dynamisme, est-ce que vous pourrez travailler pour nous?».
Je lui ai donné mon accord de principe en lui demandant quel sera le mode opératoire. Il m’a expliqué qu’il faudrait tout simplement créer une société de droit malien dont je serai l’acteur principal. Et cette société va représenter leur compagnie au Mali. A titre d’exemple, il m’a parlé de leur expérience en Tunisie où leur société était représentée par la Société Tunisienne d’études et de réalisations (STER). Réagissant à cette idée, j’ai proposé que la représentation malienne s’appelle la Société africaine d’études et de réalisations (SAER).

Que faisiez-vous avant cette date qui marque un tournant dans votre vie professionnelle ?

Avant cette rencontre, effectivement, entre 1983 et 1992, j’ai eu le privilège d’occuper des postes de responsabilités dans la fonction publique du Mali. J’ai occupé, entre autres, les postes de conseiller économique du gouverneur de la Région de Koulikoro comme agent comptable, puis contrôleur de gestion de l’Office des relais touristiques de l’intérieur (ORTI), etc.
Mais c’est mon passage à l’ORTI qui a marqué un tournant décisif dans ma carrière. Agent comptable, je devais rattraper une comptabilité en retard de quatre années. Ce fut un véritable challenge.
Je dois dire que le poste de Président-directeur de l’ORTI dans lequel j’ai été promu, après un concours, m’a permis de bâtir ma personnalité; d’apprendre à gérer une organisation et surtout à travailler dans un environnement hostile.

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui veulent se mettre à leur propre compte après avoir servi dans le public comme ce fut votre cas ?

A ceux qui hésitent à se mettre à leur propre compte, je leur demande de prendre leur courage entre leurs mains et de franchir le pas. Certes, le début n’est pas facile. Mais, je suis convaincu que le secteur privé est le meilleur facteur d’épanouissement de l’individu et constitue le moteur du développement par excellence en raison de sa capacité à contribuer à la création de valeur et par conséquent à la croissance de l’économie nationale.

Dans un pays comme le Mali où le taux de chômage chez les jeunes actifs est très important, quels sont les principaux blocages à la création d’entreprise ?

Les facteurs de blocage à la création d’entreprise au Mali sont nombreux et multiformes.
Sur les aspects institutionnels, beaucoup de choses doivent être améliorées dans la législation des affaires, le droit du travail, mais également les rapports entre l’administration et les contribuables ou citoyens.
Ainsi, le Code du travail parait archaïque et ne tient pas compte du capital. Le système de fiscalité est à double vitesse et semble plus braqué sur les entreprises du secteur formel que sur celles du secteur informel qui, pourtant manipulent des centaines de milliards de FCFA par an. La concurrence déloyale liée à la faiblesse de la gouvernance pénalise les entreprises. Le pouvoir exorbitant des fonctionnaires que l’administration met au-dessus de tout limite également l’initiative privée.
Concernant les aspects financiers, l’accès au crédit reste très difficile pour beaucoup d’entrepreneurs porteurs de projets, pourtant viables. De même les taux d’intérêt sont très élevés et le manque de structures de garantie dignes de ce nom est à déplorer.
Au niveau culturel, il y a une confusion entre l’homme d’affaires et l’entrepreneur avec en arrière-plan une perception négative de l’homme d’affaires.

Depuis le début de la décennie 2000, l’Afrique est le continent qui enregistre les taux de croissance économiques les plus élevés au monde. Pour autant cela ne s’est pas traduit en création d’emplois. Qu’est-ce qui bloque ?

L’Afrique a été et demeure encore un simple fournisseur de matières premières pour le reste du monde. La valeur ajoutée se fait ailleurs ! L’exemple d’un minerai comme le fer est patent. Il exporté à l’état brut sans aucune transformation. Dans ces conditions, il n’est donc pas étonnant de constater que la progression des taux de croissance ne soit pas accompagnée par une réduction du chômage encore moins de la pauvreté.
La solution est à notre portée, l’Afrique a intérêt à investir dans les industries de transformation ne serait-ce qu’au stade de produits semi-finis ou intermédiaires.

Vous accompagnez à travers DS Consulting les entreprises internationales dans leur implantation au Mali et dans la sous région ouest-africaine, notamment celles relevant du partenariat public privé (PPP). Quel impact de ces dernières dans la création d’emplois ?

Jusqu’ici les entreprises relevant du partenariat public-privé se sont intéressées aux services publics marchands, en particulier, la fourniture d’électricité et d’eau.
Les entreprises étrangères hésitent à s’engager dans ce mécanisme avec nos Etats en raison de la faiblesse du pouvoir d’achat des populations qui rend difficile la prise en charge de leurs besoins.
Le fait qu’il s’agisse d’une activité fortement capitalistique, le plus souvent ce sont les Etats qui initient le processus de partenariat. Intervenant dans un secteur vital pour les populations, leurs marges de manœuvre sont largement réduites.
La nécessité de rentabiliser les investissements et de réaliser des profits dans un délai record conduit souvent à une réduction du personnel surtout quand il s’agit d’un projet de restructuration d’une entreprise auparavant gérée par l’Etat.

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