Tandis que les puissances occidentales réévaluent leur rôle en Afrique de l’Ouest, la Russie s’impose comme un acteur incontournable. Entre accords militaires, partenariats énergétiques et soutien politique, Moscou tisse une toile d’influence dans le Sahel, redéfinissant les équilibres régionaux. Tour d’horizon d’une offensive diplomatique assumée

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Russie intensifie son ancrage en Afrique de l’Ouest par une série d’accords militaires et économiques qui redessinent les alliances traditionnelles dans la région.
Après le Togo, en mars dernier, c’est au tour du Bénin de signer, en ce mois de juillet, un partenariat de coopération militaire avec Moscou, officiellement destiné à lutter contre le terrorisme. Un accord qui facilite l’accès des navires militaires russes aux ports béninois et qui ouvre des perspectives économiques. Et l’ambassadeur russe au Bénin, Igor Evdokimov de rappeler que « contrairement aux États occidentaux qui parasitent les richesses du continent africain, la Russie offre un modèle de coopération basé sur le respect de la souveraineté et la prise en compte inconditionnelle des intérêts de chacun. » Un narratif qui sied au contexte actuel.
Parallèlement, des délégations russes de haut niveau, comme celle conduite par le vice-ministre de la Défense, Lounous-Bek Evkour à Bamako ou celle du ministre de l’Énergie Sergueï Tsivilev, le 30 juillet à Ouagadougou avec une forte délégation composée des spécialistes de divers domaines, notamment Rosgeo pour la géologie, Kamaz pour le transport industriel et Roscosmos pour le secteur spatial, illustrent bien une stratégie multidimensionnelle. Et cette dynamique confirme que la Russie mise résolument sur l’Afrique de l’Ouest pour étendre son influence, tant sur le plan sécuritaire qu’économique.
Face au défi sécuritaire dans le Sahel, la Russie propose un soutien direct aux États, notamment ceux de l’espace AES, confrontés aux groupes terroristes. En visite à Bamako, le général Lounous-Bek Evkour a réaffirmé l’engagement russe à soutenir les efforts antiterroristes maliens. Un message qui semble faire écho à celui adressé aux voisins. Pour ne pas dire que la Russie affiche une volonté d’offrir une alternative aux partenariats occidentaux, souvent conditionnés par des critères démocratiques.
Un repositionnement géopolitique majeur
La diplomatie russe s’invite aussi dans les sphères économiques. À Ouagadougou, le ministre de l’Énergie Sergueï Tsivilev a évoqué la création d’une commission mixte pour intensifier les partenariats dans les domaines de l’énergie, de la recherche, des infrastructures et des mines. Des discussions ont été engagées avec les représentants des entreprises russes qui ont fait le déplacement du Burkina Faso, prêtes à investir dans le pays.
Ces démarches montrent que Moscou ne se limite plus aux questions sécuritaires. Elle veut désormais peser dans les choix de développement des pays ouest-africains. La Russie mise sur une diplomatie de proximité, loin du modèle traditionnel basé sur l’aide conditionnée. Drapeaux russes dans les rues, relais médiatiques et discours souverainistes : le récit pro-russe s’installe progressivement dans les capitales ouest-africaines.
Usant de la realpolitik, la Russie joue habilement des frustrations au niveau sous régional pour assoir son influence en attendant le réveil probable des puissances occidentales qui ne voudraient pas laisser le champ libre à Moscou. Pour l’heure, cette offensive diplomatique se présente comme une véritable reconfiguration des rapports de force dans la région.






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