Si un continent a bien besoin du transport aérien, c’est bien l’Afrique. Les distances à parcourir sont importantes et les infrastructures au sol relativement faibles et souvent en mauvais état. Raison supplémentaire pour les aspects sécuritaires car ce continent est encore traversé par de nombreuses luttes intestines. J’ajouterai que le taux de croissance africain est l’un des plus élevés au monde et que sa population très jeune est avide de progrès. Bref, tout se conjugue pour que le transport aérien y trouve une place comme nulle autre part ailleurs dans le monde

Et pourtant, ce secteur d’activité est encore loin de sa maturité. Les causes en sont multiples. D’abord la résistance des Etats à l’ouverture de leur espace aérien afin de protéger leur compagnie nationale. Les conventions signées ne sont pas respectées en dépit des déclarations triomphales qui marquent la fin des réunions. Ensuite un manque flagrant de capitaux. Le transport aérien est un gros demandeur de fonds propres et les Etats, pour la plupart propriétaires de leur transporteur national freinent pour financer les équipements. Et puis il faut bien mentionner la corruption qui règne dans nombre de pays ce qui limite l’accès de l’argent au bon endroit.
Compagnies liquidées, en difficulté ou en rémission difficile
Il faut bien dire que jusqu’à une période récente, les échecs ont été plus nombreux que les réussites. Des compagnies pourtant importantes ont disparu, en particulier Air Afrique la première multinationale qui n’a pas résisté aux cadeaux faits aux personnels politiques des États membres. South African Airways, le grand opérateur du sud du continent, a dû déposer son bilan avant de se reconstruire péniblement. Tunisair a beaucoup de peine à se remettre en bonne forme car gérée par des dirigeants désignés par le pouvoir politique sans que leur compétence ait été vérifiée. De très nombreux opérateurs ont tout simplement disparu : Air Mali, Air Gabon, Air Sénégal, Air Seychelles pour n’en citer que quelques-uns. Voilà un tableau bien triste, et pourtant …
Ethiopian Airlines montre la voie
Pourtant le transport aérien africain se relève et pas qu’un peu. Quelques leaders entrainent le développement. Au premier rang de ceux-ci Ethiopian Airlines, fondée en 1945, construite par l’américain TWA sur des standards internationaux et qui a toujours gardé son indépendance quelles que soient les alternances politiques de l’Ethiopie bien qu’appartenant entièrement à l’Etat. Remarquablement dirigée depuis des années par plusieurs Présidents, elle a construit un outil opérationnel remarquable à partir d’une stratégie de «hub.» C’est pour le moment le transporteur en pointe qui se développe non seulement en propre mais en construisant un réseau de filiales dont le togolais Asky Airlines est le meilleur fleuron.
D’autres se réveillent aussi et plutôt fortement. C’est le cas de Royal Air Maroc. La compagnie a d’abord subi de plein fouet une concurrence féroce car le pays a signé un accord d’Open Sky avec l’Europe ce qui a entrainé une déferlante des transporteurs «low costs européens. Pour réagir elle a créé elle aussi une plaque tournante entre l’Europe et l’Afrique à Casablanca et après une difficile période d’adaptation cela marche. A tel point qu’elle a considérablement renforcé sa flotte qui compte maintenant 67 appareils.
De son côté, Egyptair renouvelle ses équipements. La plus ancienne compagnie africaine, elle a été créée en 1932, a passé des commandes pour 33 nouveaux appareils. Elle est certes encore un peu handicapée pour capter des marchés européens par son interdiction de l’alcool à bord, mais tout peut évoluer rapidement. Même Kenya Airways, longtemps à la traine est en train de redresser en réalisant un profit de 42 millions de dollars US ce qui n’était pas arrivé depuis des années, sans parler d’Air Algérie en voie de renouvellement de sa flotte.
Et puis on voit apparaître de nouveaux venus comme Rwandair. Cet opérateur du centre de l’Afrique ne cache pas ses ambitions. Après avoir développé un réseau moyen-courrier à partir de sa base de Kigali, il étend ses activités vers l’Europe avec des appareils de grande capacité.
Les gouvernements semblent comprendre ce que peut leur apporter le transport aérien. La libéralisation du ciel est en marche, elle prendra du temps mais elle se fera. Reste à améliorer les infrastructures, ce qu’a décidé de faire l’Ethiopie avec la construction d’un nouvel aéroport de standard mondial ou même le Rwanda dont le nouvel aéroport sera opérationnel en 2028. Certes il reste encore à améliorer de nombreuses plateformes, en particulier Casablanca très proche de la saturation mais le pli est pris. La croissance du transport aérien africain sera un moteur majeur du développement de ce continent.




![Édito | Aérien : le réveil de l’Afrique [Par Jean-Louis Baroux] Et pourtant, ce secteur d’activité est encore loin de sa maturité. Les causes en sont multiples. D’abord la résistance des Etats à l’ouverture de leur espace aérien afin de protéger leur compagnie nationale. Les conventions signées ne sont pas respectées en dépit des déclarations triomphales qui marquent la fin des réunions. Ensuite un manque flagrant de capitaux. Le transport aérien est un gros demandeur de fonds propres et les Etats, pour la plupart propriétaires de leur transporteur national freinent pour financer les équipements. Et puis il faut bien mentionner la corruption qui règne dans nombre de pays ce qui limite l’accès de l’argent au bon endroit.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/02/Ethiopian-Airlines-1-1.jpg)

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