En marge de VivaTech 2025, qui a eu lieu à Paris du 11 au 14 juin, Rose Pola Pricemou, ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, a décliné la stratégie numérique du gouvernement guinéen. Il s’agit d’une stratégie progressive, inclusive et sectorielle. Décryptage !
AFRIMAG : Quelle est votre vision du numérique pour la Guinée ?
Rose Pola Pricemou : Ma vision du numérique pour la Guinée est celle d’un levier de transformation profonde, inclusive et souveraine. Le numérique ne peut plus être perçu comme un simple outil : il doit devenir un pilier stratégique au service de la gouvernance, de la justice sociale, de la compétitivité économique et de l’unité nationale.
Sous l’impulsion du Chef de l’État, le Général Mamadi Doumbouya, nous avons l’ambition de positionner le numérique comme un moteur de notre émergence. Cela signifie connecter les citoyens, moderniser les services publics, soutenir l’innovation locale, tout en renforçant notre souveraineté technologique. Nous voulons des infrastructures numériques robustes, des compétences nationales valorisées, et une gouvernance numérique qui nous ressemble.
AFRIMAG : Quelle stratégie et quelles priorités ont été mises en place ?
Rose Pola Pricemou : Nous avons construit notre stratégie autour d’une approche progressive, inclusive et multisectorielle. Elle repose sur cinq axes majeurs. D’abord, le développement d’infrastructures numériques, à travers l’extension du réseau backbone national, qui atteindra 6 000 km, et la finalisation d’un Centre national de données à Koloma, dont la mise en service est prévue d’ici fin juillet 2025. À cela s’ajoutent nos projets d’interconnexion avec tous les pays voisins, dans l’objectif clair de faire de la Guinée un nœud régional de connectivité.
Ensuite, nous plaçons l’inclusion numérique au cœur de notre action. Grâce aux hubs numériques régionaux, à des programmes d’alphabétisation numérique et à des partenariats, notamment avec ICDL (International Certification of Digital Literacy, ndlr), nous accompagnons les femmes, les jeunes et les populations rurales vers une meilleure appropriation des outils numériques.
La modernisation de l’administration constitue un autre pilier. La plateforme Telemo permet la généralisation des services publics en ligne et la digitalisation des procédures administratives clés, comme celles liées aux marchés publics, aux finances ou à l’état civil.
Sur le plan de la sécurité, nous avançons sur la création d’une Autorité nationale de protection des données personnelles et mettons en place un centre national de réponse aux incidents de cybersécurité (CERT/SOC).
Enfin, nous soutenons activement notre écosystème tech. Pour la première fois, la Guinée a été présente avec un stand à VivaTech. À travers l’ANSUTEN, nous multiplions les appels à projets, les dispositifs d’incubation et les financements d’amorçage. Le projet de Technopole national est d’ailleurs en phase de structuration avancée.
AFRIMAG : Quelle articulation avec le programme Simandou 2040 ?
Rose Pola Pricemou : Le programme Simandou 2040 est un projet visionnaire et structurant. Il ne s’agit pas seulement de valoriser l’un des plus grands gisements miniers au monde, mais de transformer toute une région en moteur de croissance économique. L’objectif est ambitieux : multiplier par quatre le PIB national et le PIB par habitant d’ici 2040, avec des retombées concrètes en matière d’emploi, de développement des infrastructures et de services.
Le numérique est un catalyseur central de cette ambition. Il permettra d’assurer la connectivité des zones traversées par les infrastructures du projet, de digitaliser les procédures d’investissement et de gestion foncière ou environnementale, et de créer autour des pôles logistiques de véritables zones économiques numériques. C’est ainsi que nous ferons du corridor Simandou un corridor de développement durable et intégré, tiré par l’innovation.
AFRIMAG : Comment le numérique s’inscrit-il dans la réalisation des ODD ?
Rose Pola Pricemou : Le numérique est une force transversale essentielle à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable. Il permet d’améliorer l’accès à une éducation de qualité grâce à l’interconnexion des universités à travers le projet UnivConnect. Il favorise l’autonomisation des femmes, notamment celles en milieu rural, via des programmes spécifiques d’initiation au numérique. Il stimule l’entrepreneuriat, l’emploi et l’innovation, et contribue à renforcer les institutions publiques en rendant les services administratifs plus accessibles et transparents.
Notre approche repose sur une intégration systématique du numérique dans tous les secteurs : santé, agriculture, infrastructures, gouvernance, éducation… Car aucun développement durable n’est envisageable aujourd’hui sans une transformation digitale assumée.
AFRIMAG : Quels messages avez-vous portés à VivaTech 2025 ?
Rose Pola Pricemou : À VivaTech, j’ai tenu à porter un message de confiance, d’ouverture et de détermination. J’ai affirmé que la Guinée est prête à bâtir des partenariats solides autour de son ambition numérique, en particulier dans le cadre du programme Simandou 2040. Nous avons organisé un country case inédit, en partenariat avec Afritechlab, pour démontrer tout le potentiel de notre écosystème.
J’ai rappelé que la Guinée refuse d’être en marge de la révolution digitale. Elle veut en être un acteur fort, structurant, en s’appuyant sur les réformes que nous avons déjà engagées, nos infrastructures en développement, mais surtout sur notre jeunesse talentueuse. La Guinée est aujourd’hui un pays d’opportunités pour les investisseurs technologiques, les institutions et les partenaires qui veulent co-construire un avenir numérique africain.
Nous avons également mené une diplomatie numérique active, avec des rencontres bilatérales, des échanges concrets avec des pays africains et européens, des entreprises internationales, des fonds d’investissement et des startups.
AFRIMAG : Quelles startups vous accompagnaient ?
Rose Pola Pricemou : Nous avons eu l’honneur d’être accompagnés par une délégation dynamique composée de onze startups guinéennes : Findaara, Mansa Talents, Zaly Merveille, Billet Facile, EasyLinkGN, Suite.Africa, Guinuty, Mamdoo App, Afric Innovation, Gbana Print et Yolan.
Chacune de ces startups incarne une facette du génie entrepreneurial guinéen. Elles ont pu présenter leurs solutions innovantes, rencontrer des partenaires, et surtout renforcer leur visibilité à l’international. Leur présence à VivaTech symbolise notre conviction : l’innovation «made in Guinea» a toute sa place sur la scène mondiale.
Entretien réalisé par Pierre-Samuel Guedj
![Édito | Ça bouge dans le transport aérien [Par Jean-Louis Baroux] Le meilleur exemple est encore fourni par Emirates. Elle vient de publier ses résultats pour l’exercice 2025 / 2026 qui s’est terminé au 31 mars de cette année. Les résultats sont impressionnants. Bien que le nombre de passagers soit en diminution de 1% avec 53,2 millions de passagers tout de même, le chiffre d’affaires progresse de 2% à 35,7 milliards de dollars et surtout le profit net atteint un niveau jamais égalé de 5,4 milliards de dollars.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Djara-320x158.jpg)




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